Après tout, qu’a-t-on besoin de savoir de plus ? À soixante-douze ans, Louis Chedid résume. Onze chansons, sept ans après son dernier album studio. Il n’y a là que des mots simples, droits, sans effort d’ébéniste ou de forgeron, sans souci du chef-d’œuvre ou du flamboiement. Il ne parle que de lui, c’est-à-dire de nous : « Mon enfant intérieur, Redevenir un être humain, Dis-toi que t’es vivant, J’ai toujours aimé aimer… » Ce qu’il exprime, ce ne sont pas seulement des convictions humanistes, dépouillées du vacarme et des paillettes du show-business ; il semble passer le témoin, laisser quelques maximes réduites à tant de netteté qu’elles en semblent candides.
Et il a la politesse de ses complexes. Fils d’une poétesse et d’un scientifique, il a toujours insisté sur la légèreté et la fragilité du travail d’un artiste de variété. Alors sa sagesse de vieux moine s’habille de danses et d’ivresses. Un peu de Brésil, un peu de souk, un peu de vieux Cuba et de jeune été pour dire tout ce qu’il croit. Une surface chatoyante pour une troublante profondeur.

Louis Chedid, PIAS, 28 février 2020.
