Les voies du bronze

Entre le troisième et le deuxième millénaire, la maîtrise de la métallurgie du bronze permet des innovations et des changements majeurs. En Europe les sociétés changent. Une exposition fait le point sur l’évolution de nos connaissances sur cette période cruciale de notre histoire.

Fondé au siècle dernier, le musée d’Archéologie nationale situé dans le château de Saint-Germain-en-Laye abrite tous les trésors de la Préhistoire en France et nous permet de mieux comprendre les populations qui vivaient sur le territoire français jusqu’à l’arrivée des Romains. Il bénéficie d’un renouvellement permanent des connaissances grâce en particulier au développement de l’archéologie préventive. Ces vingt dernières années, 1 300 fouilles ont été menées un peu partout en en France, ce qui a amené les chercheurs à de nombreuses découvertes du plus grand intérêt. C’est ainsi que l’idée d’une exposition s’est imposée, pour mettre en valeur les objets et les nouveaux savoirs développés autour de la période qui s’étend de 2300 à 800 av. J.-C. 

 

La roue creuse et à rayons est une formidable invention qui allège les chars et favorise la mobilité. Utilisée comme motif, elle symbolise aussi le Soleil sur de nombreux objets de culte ou d’apparat. Roue de Fa, en bronze (Aude, 1100-900 av JC)

 

 

Un carrefour de cultures 

 

Si le travail du cuivre était pratiqué depuis longtemps, la découverte qu’un alliage était possible avec de l’étain a été révolutionnaire. Cette invention a donné naissance au bronze (en général 85 % de cuivre pour 15 % d’étain) et rapidement entraîné le développement de routes commerciales pour acheminer les métaux dans les centres de production. Les sociétés se structurent et s’organisent, marquant leurs territoires. Les constructions de tumulus ancrent un chef – une lignée – sur des terres, les traces de fossés ou de haies montrent une nouvelle organisation des communautés. Le nouveau matériau est plus dur et résistant et se laisse couler relativement facilement dans des moules en terre cuite aux formes les plus variés. Pour les armes et les outils, le bronze est résistant, malléable et en cas de choc ou d’usure il peut être à nouveau fondu, réutilisable à l’infini. 

 

 

Sous le signe du Soleil 

 

Pour ces populations rurales, qui développent l’agriculture et le commerce, des rites religieux se mettent en place. La teinte dorée du bronze, sa capacité à capter la lumière le rend particulièrement adapté pour les objets de prestige, notamment cultuels. Gravés, polis ou ciselés, les objets peuvent porter de nombreux symboles plus ou moins magiques, destinés à protéger les hommes qui les utilisent. On observe de nombreuses représentations du Soleil et des astres en général sous forme de disques, de cercles concentriques ou même de spirales. En Scandinavie le Soleil est souvent représenté tiré par un cheval le jour, sur un bateau la nuit. En Europe centrale, on le rencontre aussi sous la forme d’une roue à rayons, une invention qui a permis d’alléger les chars, beaucoup plus performante que les roues pleines.  

En ce qui concerne les rites funéraires, la crémation l’emporte à la fin de la période. Les restes obtenus par ce rite de purification par le feu sont soigneusement déposés dans des urnes ou des fosses, accompagnés d’objets personnels.  

Le parcours de l’exposition, assez original, contribue à nous rendre plus compréhensibles ces populations. Leur univers familier (habitat, routes commerciales, univers social et religieux) sont évoqués dans le musée, mais un espace extérieur a aussi été aménagé. Des plantes communément cultivées à l’époque ont été semées et des événements sont organisés pour faire revivre des rites oubliés comme la fête des moissons ou celle du solstice.  

À défaut de traces écrites sur l’âge du bronze, c’est tout un cadre de vie qui est reconstitué avec le plus grand soin.

 

Les Maîtres du Feu, jusqu’au 15 juin au musée d’Archéologie nationale, château de Saint-Germain-en-Laye. Tlj sauf mardi de 10 h à 17 h. 

 

 

Des vitraux pour Notre-Dame 

À la suite d’un appel d’offre qui a été très disputé et discuté, c’est l’artiste Claire Tabouret qui a été choisie pour remplacer une partie des vitraux de Viollet-le-Duc à Notre-Dame de Paris. Il s’agit de six baies dans le bas-côté sud de la nef, pour lesquelles elle a créé des maquettes grandeur nature, actuellement exposées avec les esquisses et les dessins préparatoires au musée du Grand Palais à Paris. Il est exceptionnel qu’un projet d’une telle ampleur concerne un bâtiment aussi ancien et emblématique. Malgré toutes les critiques, le procédé n’est pas nouveau puisque les cathédrales ont toujours connu des aménagements et modifications au fil des siècles. Une telle commande peut permettre aux croyants de voir leur lieu de culte comme un bâtiment toujours vivant et non comme un musée figé dans le temps. 

L’ensemble de l’exposition rend accessible le processus de création, autour du thème de la Pentecôte choisi par l’archevêque de Paris. Claire Tabouret dit voir été très inspirée par « cette idée d’harmonie, d’hommes qui parviennent à se comprendre malgré la diversité de leurs langues, cette folle espérance ; j’ai eu envie d’y participer. » 

Anne-Marie Balenbois 

 

À voir au Grand Palais jusqu’au 15 mars. 

#Culture #Histoire

Éditions Olivétan

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