La destination d’un voyage paroissial coule souvent de source : lieu connu, commémoration historique, et direction le Désert ou les Cévennes. Pourtant notre histoire protestante ne manque pas de lieux à visiter.
En regardant la carte routière, nous sommes tombées, ma co-organisatrice et moi-même, en arrêt sur l’Ariège. Les souvenirs de l’une, la méconnaissance de l’autre, l’envie d’escalader un château cathare et… comment ça il y a un Désert à Gibel ? Vraiment ? Deux séjours de repérage nous ont permis de faire connaissance avec les conseils presbytéraux d’Ariège 1 et 2. Quel accueil fraternel, chaleureux, enthousiaste ! Ce travail d’équipe a abouti à l’élaboration d’un programme historique intense, riche en découvertes, avec des intervenants exceptionnels. La « tournée des temples » étaient née. Sur le papier : « Histoire protestante de l’Ariège », ça paraît pas ouf. Et pourtant un pasteur, dix aventuriers et trois toutous ont osé s’inscrire. Mazères, Saverdun, Calmont, Les Bordes-sur-Arize, Sabarat, Carla-Bayle, Le Mas-d’Azil, Camarade, Rieubach, Gabre, Foix, n’ont maintenant plus de secrets protestants pour notre groupe. Enfin presque, restons modestes. L’histoire de chaque temple, de chaque lieu, vient s’imbriquer dans la grande histoire de France : Jeanne d’Albret, Henri IV, Calvin ou Pierre Bayle, il y a tant à raconter !
le temple de Gabre
Lieux de mémoire
Notre périple nous conduit d’abord au temple de Mazères, où un diaporama sur l’histoire protestante du lieu nous plonge immédiatement dans ce que nous sommes venus chercher. Puis visite de l’ancien cimetière protestant, qui fait l’objet, à grand renfort d’énergie et d’huile de coude, d’une réhabilitation pour devenir un jardin apaisant, un lieu de mémoire. Le mystère du Désert du Gibel s’éclaircit : nichées au fond d’un vallon verdoyant, des assemblées se sont tenues. Nous sommes songeurs. Au moins 4000 personnes ont bravé les dangers pour vivre leur foi au fond de ce vallon. Serions-nous capables de tant de courage ? Et pour terminer quelques emplettes gourmandes : charcuterie et gâteaux, l’Ariège se vit aussi dans l’assiette ! Nous continuons sur Saverdun pour découvrir le site des anciens temple et village. Nous imaginons, avec Pierre Frayssines de l’association Mémoires de Résistants, toutes les batailles qui se sont déroulées, les résistances. Nous avons la chance d’aller à l’Institut protestant (association Hérisson Bellor), marqué par l’engagement des protestants pour les garçons orphelins ; un centre toujours actif au service de l’aide à l’enfance. Après un joyeux pique-nique partagé dans la nouvelle salle paroissiale, nos pas, ou plutôt nos roues de voiture, nous mènent au temple de Calmont où nous attend une surprise : une très jolie exposition de photos sur la nature, véritable ode écologique à la Création, du photographe animalier Daniel Ghienne. Le temple, le cimetière protestant (rue de l’Égalité bien sûr) et le fameux fronton de la halle nous voient déambuler. Nous dégustons un bon goûter au temple, l’occasion de passer une heure à chanter des cantiques ensemble. Un beau moment de partage fraternel !
le gîte Polfages
Rendez-vous chez Pierre Bayle
Nous quittons ce creuset historique pour entamer la seconde partie de notre périple. Philippe de Robert nous attend au temple des Bordes-sur-Arize pour nous faire découvrir la très belle exposition sur Napoléon Peyrat, pasteur qui a œuvré à la réhabilitation du catharisme et des Camisards, et les sortir d’un d’effacement mémoriel. Le temple de Sabarat, à 3 kilomètres, suscite une vive curiosité avec son sol en mosaïque.
Un peu plus loin la reine s’offre à nos yeux, Carla-Bayle la ravissante : un temple inscrit aux monuments historiques, une vue à couper le souffle, un café fort sympathique ! Et la maison natale de Pierre Bayle. En franchissant sa porte, nous mesurons que nous entrons dans un gros morceau d’histoire. Francis Sans de l’association Autour de Pierre Bayle nous entraîne avec passion dans la vie de Pierre Bayle et l’histoire protestante régionale, nationale et internationale. Dans la foulée, nous sommes initiés à la pensée de Pierre Bayle avec Olivier Abel qui nous explique comment aborder l’extraordinaire Dictionnaire historique et critique avec une deuxième édition qu’il ouvre sous nos yeux incrédules .
Le temple de Camarade, le plus ancien d’Ariège
Découverte du Mas-d’Azil
Notre périple autour des temples s’achève avec celui du Mas-d’Azil. L’histoire du temple et des lieux alentours nous est contée par Philippe de Robert et Jean-Christophe Sésé de l’association Mémoires aziliennes. La grotte, majestueuse, est le point central d’un siège mémorable qui a mis en échec les troupes royales. Nous apprenons aussi que Calvin a résidé au moins un an au Mas-d’Azil. En quête de sensations fortes, trois d’entre nous s’échappent pour tenter une partie du Sentier du Solitaire, à l’aplomb de la grotte. Il faut de bonnes jambes, du souffle, de l’équilibre, une bonne santé cardiaque, mais la vue est imprenable. Les autres profitent du savoir de Jean-Christophe Sésé avec une visite détaillée du Mas-d’Azil. Les temples du Mas-d’Azil, Rieubach, Camarade et Gabre, que nous visitons sur la journée, font partie de l’UNEPREF, que nous remercions pour nous les avoir ouverts. Nous ne boudons pas les quelques dolmens que l’on croise, témoins de siècles de péripéties humaines.
C’est la fin du séjour ! Samedi, journée libre, que nous reste-il à découvrir ? Le château de Montségur pour quatre marcheurs motivés. Et le reste de la troupe : achats ! On ne repart pas sans ce merveilleux fromage à l’ail noir, ni les emplettes coquettes à la chapellerie Sire. Mirepoix et sa célèbre place, Camon et ses rosiers, l’église rupestre de Vals, Foix et son château : nous trouvons aussi le temps de faire un peu de tourisme. Arrive le culte dominical à Pamiers suivi d’un repas partagé. Quelle joie de retrouver nos amis que nous avons rencontrés tout au long de cette semaine intense. Nous ne les remercierons jamais assez ; grâce à leur investissement, notre voyage est une réussite. En roulant vers l’ouest s’éloigne cette terre de guerres de religion, de pouvoir, de vengeance ; cette terre de résistance, de résilience, d’espérance, de vivre ensemble ; son histoire tumultueuse nous renvoie à notre monde actuel, entre déchirures et espoirs.
