
La filmographie de Terrence Malick, depuis 45 ans, trace un itinéraire singulier, qui ne cesse de se rapprocher du Christ. Une vie cachée met en scène une figure christique réelle : Franz Jägerstätter, paysan autrichien qui refusa de prêter allégeance à Hitler et y sacrifia sa vie. Il fut béatifié en 2007.
Le film commence par l’évocation d’un jardin d’Éden et une voix off : sur des images sublimes de montagnes autrichiennes immaculées, Franz dit à sa femme « Je pensais qu’on bâtirait notre nid là-haut. » C’est Hitler qui les chasse de ce jardin d’Éden, ce que souligne l’alternance d’images paradisiaques de la campagne où vivent heureux Franz et sa femme Fani – sublimées au grand angle par le chef opérateur Jörg Widmer – et des extraits du Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl. Le contraste entre couleur et noir et blanc a valeur métaphysique : Hitler est à plusieurs reprises désigné comme l’Antéchrist. Franz fait ses classes, mais très vite marque son incompréhension de ses concitoyens : « Ils ne comprennent pas le Mal quand ils le voient. » Il récuse les arguments du prêtre de son village comme ceux de l’évêque – notamment sur l’inutilité de son sacrifice –, au nom de son « libre arbitre ».
Les deux derniers tiers du film insistent – lourdement, notamment du fait d’une musique d’inspiration religieuse assez pompeuse – sur le chemin de croix : emprisonnement, tortures physiques et psychologiques… Son village se détourne de lui et de sa famille, au point de jeter des pierres à ses petites filles. Sa femme Fani est l’autre sainte de cette histoire, soutenant son mari malgré les insultes : « Fais ce que tu crois juste », lui dit-elle lors de leur dernière entrevue. Franz s’obstine, se déclare « libre » en prison : « Quand on abandonne l’idée de survivre à tout prix, une lumière nous inonde. » Après la guillotine, sa voix demeure, qui dit à sa femme son espérance : « Je te retrouverai dans nos montagnes. »
La citation de T. S. Eliot qui donne son titre au film rend hommage à ceux qui humblement combattent à leur échelle les forces du mal, si puissantes soient-elles. Malgré ses lourdeurs, il faut saluer ce beau film, qui ose un propos métaphysique audacieux et sincère.
