Worms et Mansfeld

Le pasteur Éric Deheunynck nous propose de découvrir le monde de Luther à travers des lieux de mémoire1. Il s’agit en général des lieux de vie du réformateur, mais le monde de Luther ne se limite pas à sa seule personne… Martin Luther avait une famille, des amis, des protecteurs, des adversaires… C’est donc une plongée dans l’univers de Martin Luther que l’auteur nous propose pour ce numéro d’été qui nous emmènera au-delà de nos frontières et… jusqu’en décembre.

Worms : Luther, père de la Réforme

 

 

 

Le monument de Worms © Éric Deheunynck
  Le monument de Worms à la mémoire de Luther (Lutherdenkmal) rappelle la rencontre du moine et de l’empereur lors de la diète de 1521. Luther y comparaît mais ne se rétracte pas, confirmant ainsi l’affichage des 95 thèses. Tant que ma conscience est captive de la parole de Dieu, je ne puis ni ne veux rien rétracter, car il n’est ni sûr ni salutaire d’agir contre sa conscience. Dieu me soit en aide. Amen. 
Ce monument commémore bien sûr l’acte héroïque qui aurait bien pu coûter la vie au moine augustin. Luther proteste dans les deux sens du terme. À la fois il s’oppose à certaines pratiques et affirme aussi ses propres convictions. Cependant, la création d’un tel lieu de mémoire dépasse la sphère spirituelle, mêlant en fait identité nationale, politique et religieuse.  

 

Luther y est représenté au centre, au moment où il refuse de se rétracter, Bible à la main, placé au-dessus des pré-réformateurs ses prédécesseurs. Toutefois, il est entouré de deux princes acquis rapidement à ses idées (Philippe de Hesse et Frédéric de Saxe) et des villes allemandes (Spire, Augsbourg et Magdebourg2.

 

Un héros national

 

Le mémorial fut érigé en 1868. Il est à ce jour le plus grand monument dédié à la réforme luthérienne. L’Allemagne se couvre à cette époque de monuments en hommage à Luther. Nous sommes alors dans un contexte très particulier, celui de l’émergence de l’empire allemand et celui du Kulturkampf. Ce dernier terme qualifie le conflit entre la Prusse puis l’empire allemand et la papauté. La politique de Bismarck contre le catholicisme vise à écarter Rome des questions séculières. Dans ce contexte, Luther est bien plus qu’un réformateur, il est un héros national, lui qui a fixé la langue allemande dans sa traduction de la Bible et qui a résisté à deux puissances étrangères : Rome et l’empereur.

 

Mansfeld : l’enfance de Luther

 

Martin Luther est né en 1483 à Eisleben, dans le comté de Mansfeld. Le fils de Hans et Margarete Luder est baptisé le lendemain, jour de la Saint-Martin, d’où son prénom. Mais dès 1484, Hans Luder s’installe à Mansfeld, ville économiquement dynamique et capitale du petit comté. De fait, c’est dans cette cité que Luther passa son enfance.

 

S’il est d’origine paysanne, Hans connaît à Mansfeld une ascension sociale fulgurante. Propriétaire de plusieurs fonderies de cuivre, il s’enrichit, puis devient bourgeois et magistrat. Martin fait ses études à l’école latine3 de Mansfeld (1491-1497), juste à côte de l’église Saint-Georges. Selon une inscription, le chœur gothique de ladite église est érigé à partir de 1493… Le petit Martin vit donc l’église en (re)construction. Devenu adulte et réformateur, il y prêcha deux fois en 1545. En bons termes avec le comte de Mansfeld, Albrecht VII, il aurait prêché également d’une fenêtre du château.

 

Un nouveau musée

 

De la maison Luther, avec ses 25 m de façade (aujourd’hui Lutherstrasse), il ne reste guère que les fondations. Le premier musée dédié à la famille ouvert en 1885 fut, de fait, installé dans une maison voisine. En 2014 un bâtiment volontairement moderne est érigé sur place et accueille un nouveau musée présentant 230 pièces, en particulier les dernières trouvailles archéologiques4 et des documents relatifs à la famille Luther. L’exposition permanente Je suis un enfant de Mansfeld est consacrée à l’enfance de Martin Luther.
Ce dernier lieu de mémoire s’ajoute à la fontaine construite dans la cité en 1913. Elle est alors conçue comme un mémorial avec trois bas-reliefs y racontant la vie de l’enfant du pays : Luther quittant Mansfeld, Luther affichant ses thèses, Luther prêchant. Deux médaillons y représentent les parents du réformateur, portraits inspirés de l’œuvre de Lucas Cranach.
 
Vue de la Lutherstrasse, avec à gauche le premier musée,
à droite le musée moderne © Éric Deheunynck

 

Lieux de mémoires en Allemagne © Éric Deheunynck

(1) En 1996 les grands lieux de mémoire dédiés à Luther sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité avec la justification suivante : Le Comité a décidé d’inscrire le bien proposé sur la base des critères culturels, considérant la valeur universelle exceptionnelle du site qui est un témoignage unique de la Réforme protestante qui fut l’un des événements les plus importants du monde dans l’histoire religieuse et politique. Les monuments commémoratifs constituent aussi des exemples exceptionnels de l’historicisme du XIXe siècle.

 

(2) C’est à Spire que le mot protestant est employé pour la première fois pour qualifier les partisans de la religion évangélique, et à Augsbourg que fut rédigée la confession de foi luthérienne. Magdebourg est représentée comme la ville martyre, allusion au sac de la ville en 1631 qui vit disparaître 25 000 habitants sur 30 000.

 

(3) Le petit Martin y apprit le latin, le chant et les fondamentaux de la foi chrétienne.

 

(4) Vaisselle, bijoux et verres de Bohême.  

 

 

 

Luthers Elternhaus, 26-29 lutherstrasse Mansfeld : ouvert tous les jours d’avril à octobre, de 10h à 18h ; ouvert du mardi au dimanche de novembre à mars, de 10h à 17h.

 

 

 

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