Des réponses à la violence

Les lieux et les causes de violence contre des chrétiens sont nombreux. Jean-Arnold de Clermont, président de l’Observatoire Pharos, invite à regarder chaque situation en détail et dans sa complexité pour ne pas les réduire à une « persécution antichrétienne ».

Les persécutions contre les chrétiens semblent avoir augmenté ces dernières années et notamment en 2020, année du Covid…

 

Je ne sais pas s’il y a un lien entre l’augmentation des persécutions contre les chrétiens et la crise sanitaire mondiale mais, dès que l’on parle de persécutions, il faut prêter attention à la réalité de chaque situation, toujours complexe. Ce qui augmente sensiblement, c’est la violence de groupes humains envers d’autres, parfois renforcée par une crise économique et sanitaire.

 

Par prudence il paraît préférable de parler de violence, qui est une donnée factuelle et mesurable. La notion de persécution ajoute une dimension intentionnelle qui la rend difficile à manier. Ainsi, au Nigéria, Boko Aram tente d’asservir à la fois les habitants chrétiens et les opposants musulmans. Quand des chrétiens sont massacrés au Cameroun anglophone par des « indépendantistes », sont-ils victimes pour des raisons religieuses ou politiques ? Le terme persécution évoque inconsciemment pour le lecteur un martyr au nom de la foi, ce qui n’est pas forcément le cas de toutes les violences dont les chrétiens sont victimes. Il faut donc apporter beaucoup de nuances pour rendre compte de la violence et de son intensité.

 

(© Il Vagabiondo@unsplash.com)

 

 

 

Comment s’informer, se faire une idée des situations et de leur ampleur ?

 

Ce ne sont pas les moyens qui manquent mais la difficulté de les employer. Les données, concernant la persécution des chrétiens, proviennent essentiellement de deux sources : l’ONG Portes ouvertes de sensibilité évangélique et l’organisation catholique AED (Aide à l’Église en détresse). Elles s’appuient sur des réseaux très importants d’informateurs. Leur objectif est clairement la défense des chrétiens.

 

Je plaide pour une vision moins unilatérale des situations. Ainsi, au Nigéria encore, le conflit persistant entre éleveurs peuhls et agriculteurs, pour la liberté exigée de transhumance des troupeaux des uns mettant en péril les cultures des autres, même si ces derniers sont majoritairement chrétiens, ne peut être lu comme « persécution » des chrétiens. En Indonésie, l’attentat devant la cathédrale de Makassar, le dimanche des Rameaux, est le fait d’une secte musulmane qui souhaite imposer un état islamique, mais n’est pas le fait d’une « persécution » antichrétienne, même s’il met en péril l’équilibre interreligieux du pays.

 

Si l’on souhaite s’informer, il faudra utiliser les informations d’universités locales, l’examen des lois du pays, les rapports d’entreprises privées ou d’Églises voisines, etc. La confrontation de ces informations donnera une idée plus équilibrée de la situation des violences contre les chrétiens.

 

 

 

Peut-on prévenir les violences ?

 

Parler de prévention permet un regard de long terme, qui nécessite des critères objectifs d’appréciation. L’Observatoire Pharos travaille par exemple sur la notion de pluralisme des cultures et des religions, comme un projet de société tel que la pluralité des convictions soit exprimée à travers la connaissance, le respect et le dialogue afin que chacun y trouve sa place. Le pluralisme comme projet de société est garant de paix interne et externe.

 

Nous recherchons sans cesse des indicateurs fiables du pluralisme, sachant que, suivant les pays et les cultures, cette notion revêt des couleurs différentes. Ces instruments devraient être les mêmes pour tous et mesurer précisément aussi bien les effets de la laïcité française sur la parole publique des religions, que les contraintes liées à l’Islam comme religion officielle du Maroc pour un pays dont la Constitution prévoit la liberté de religion, que l’interdiction politique de pratiquer une religion en Corée du Nord… Ce travail, porté pour l’Observatoire Pharos par de jeunes observateurs répartis dans le monde, permet déjà d’évaluer la situation de plus de soixante pays.

 

 

 

 

 

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