On passe d’une double logique ancienne, à une logique nouvelle.
La première logique ancienne est celle de la protection du « petit troupeau » ; la foi chrétienne de tradition protestante se transmet de génération en génération, de parents à enfants en se protégeant soit des catholiques, soit de l’athéisme. Le temple est alors le lieu de rassemblement de la communauté. La seconde logique ancienne est celle du témoignage implicite qui veut que par son action sociale, économique, culturelle, politique, le fidèle transmettre des valeurs dites « protestantes ».
La logique nouvelle est celle du témoignage explicite, à savoir parler ouvertement et en public de sa foi, dans une tradition luthéro-réformée différente de la tradition évangélique, en passant par la réflexion et non l’émotion. Le temple devient ainsi un des moyens de témoigner explicitement de sa foi.
À quoi sert un temple ?
Mais en quoi un temple est-il utile ? Pourquoi doit-il être beau ? La question s’est posée à David, elle se pose à nous aujourd’hui. Trois bonnes et une mauvaise raison(s) sont envisageables.
Il s’agit d’abord d’honorer Dieu en lui bâtissant une demeure digne. Dieu est digne de toute gloire et c’est lui rendre gloire que de venir l’honorer dans un beau et grand bâtiment.
Il s’agit ensuite de donner à la communauté des croyants un lieu de culte pour se réunir. Le temple est pour la communauté un point de repère, un lieu de stabilité dans une société en mouvement permanent. Bâtir un temple, rénover un temple, c’est rappeler la fidélité de Dieu qui reste proche des siens.
Il s’agit également de rendre Dieu plus visible. Le temple est fait pour être vu de l’extérieur. En bâtissant un temple, on construit une image de Dieu, de la religion et de la communauté qui se rassemble en ce lieu. Un temple induit une théologie particulière. Songeons à ce qui est écrit sur les façades de certains temples et réjouissons-nous de ne plus seulement y lire « Église réformée ». Pour nos contemporains le mot « réformé » veut dire bon pour la réforme, c’est-à-dire inutile, prêt à être détruit. Mais réjouissons-nous d’y lire « Église protestante unie », ce qui sous-entend un lieu d’unité qui permet de rendre visible une réalité invisible, à savoir la présence de Dieu au sein du monde.
Il s’agit enfin (et c’est la mauvaise raison !) d’assigner Dieu à résidence. C’est en effet peut-être inconsciemment que nous construisons des temples pour y installer Dieu, pour l’avoir toujours sous la main. Cela reviendrait à faire une maison ou l’homme aurait l’illusion de mettre Dieu sous clé, de le contrôler. Cela reviendrait à estimer que l’Église institution serait plus puissante que Dieu lui-même. C’est pour cette raison que les premiers réformateurs, Calvin en tête, ont imposé la fermeture des temples en dehors des cultes pour éviter les superstitions qui consistent à croire que Dieu y est présent à tout moment.
Les bâtiments prennent-ils trop de place ?
Aujourd’hui, à tous les échelons de responsabilité de l’Église protestante unie, la question des bâtiments prend beaucoup de place, sans doute trop de place ! Je vois trois situations possibles : vendre ou désaffecter un temple ; construire un nouveau temple ; transformer un temple.
Là où une communauté ne se réunit plus que pour célébrer de rares obsèques ou des cultes épisodiques, le temple doit être désaffecté ou vendu. Cette situation se trouve essentiellement dans les terroirs, même si d’autres situations existent (dans certaines grandes villes où le regroupement des lieux est nécessaire ; dans les lieux touristiques où les touristes protestants pratiquants sont souvent aussi en vacances du culte dominical). Il faut accompagner les derniers protestants du lieu, souvent d’ailleurs des protestants peu ou pas pratiquants qui n’hésiteront pas à s’opposer ; il faut proposer une autre vie d’Église, un fonctionnement par ecclésiole, se rapprocher de l’Église catholique qui propose des chapelles. Pour les communes qui récupèrent des temples affectés en 1905, pourquoi ne pas inciter à une utilisation qui permet aux populations locales de mieux vivre ensemble ? Il faut enfin accompagner la communauté dans le deuil du temple, un culte d’action de grâce est nécessaire, avec des gestes symboliques, comme le transfert de la Bible ou des plats et coupes de Sainte Cène dans un autre lieu.
Les exemples contemporains de construction de temple sont peu nombreux mais ils existent ; ce fait doit nous réjouir et nous encourager et nous demander si ce qui est possible ailleurs, ne l’est pas chez nous.
La rénovation d’un temple est la situation la plus courante. Bon nombre de nos temples ont été construits avant les années 1850, majoritairement au xixe siècle en une période faste où le protestantisme se réimplantait partout en France. La priorité était simple : un temple plus ou moins vaste pour accueillir le culte dominical et le catéchisme en semaine. Sont ainsi apparus des temples le plus souvent rectangulaires, avec une chaire en hauteur pour bien entendre la prédication du pasteur le dimanche, des bancs pas trop confortables pour éviter de s’assoupir, une absence de décorum interne. De l’extérieur, le bâtiment n’attire pas le regard, une porte toujours fermée, sauf pendant l’heure du culte, et un panneau d’informations une fois sur deux pas à jour.
Réfléchir avant de rénover
La rénovation nécessite une double réflexion : de l’extérieur, quelle image souhaite-t-on donner de la communauté qui s’y rassemble ? À l’intérieur, comment le rendre le plus fonctionnel possible ?
De l’extérieur : un temple qui annonce avec précision qu’une communauté chrétienne de tradition protestante luthéro-réformée se réunit, un bâtiment qui n’a pas l’air abandonné, aux murs propres, aux abords entretenus, avec des informations lisibles et claires, un accès pour les personnes handicapées, un lieu ouvert (et pas seulement pour le culte !). À l’intérieur : des espaces modulaires pour permettre la multiplicité des types de rencontres ; des commodités accessibles ; des documents à portée de main à emporter.
Ainsi, le temple est une des vitrines de la vie de la paroisse. Il faut donner envie d’y entrer, mais cela ne suffit pas, c’est la qualité de l’accueil des membres de la communauté qui est l’essentiel. Pour les fidèles, le temple doit être un lieu où l’on vient avec plaisir. Il faut donc à nouveau que les responsables soignent l’accueil et veillent au bon entretien.
L’utilisation du temple évolue : le temple doit rester ce que voulait en faire nos réformateurs, mais, dans le même temps, il doit s’ouvrir à d’autres possibles.
