Entretien avec Louis Albert de Broglie

Le jardin traduit un rapport au monde. Lieu d’inspiration, lien avec la terre ou occasion de retour sur soi, il dévoile notre relation avec l’immensité du monde vivant. Entrepreneur amoureux de la terre, le prince Louis Albert de Broglie en évoque quelques enjeux.

Pragmatiques, visionnaires, spirituels, ses jardins lui ressemblent. «?Le monde du vivant est un mystère diversifié à l’infini. En prendre conscience est une découverte de chaque instant?», témoigne Louis Albert de Broglie. Lorsqu’il reprend, il y a trente ans, le château de La Bourdaisière en Indre-et-Loire, celui-ci est cerné de jardins médiévaux parfois clos, tout un symbole. Il les ouvrira pour faire naître un Conservatoire de la tomate, riche de six cents variétés, et des parterres de dahlias. «?La première mission de l’humain est d’ouvrir les yeux sur ce qui l’environne et de prendre conscience de cette immensité?», poursuit-il.

 

(© Deyrolle)

 

 

 

L’importance du vivant

 

De l’observation de la nature qui porte l’homme découle une envie de la préserver et de la partager. «?Il est inconcevable de laisser à nos enfants un monde abîmé par nos activités, martèle le maître des lieux, alors que nous savons régénérer les écosystèmes et la biodiversité, innover et comprendre les mécanismes du vivant?». Il le montre en créant des microfermes en permaculture, expérimente des techniques préfigurant une société décarbonée. Pour lui, en stimulant l’imaginaire, l’observation du monde nourrit l’action. Le jardin personnel peut devenir innovant, partagé et s’inventer ailleurs jusqu’à apporter le monde du vivant dans la société et les villes d’aujourd’hui. Concrètement, le concept de cité fertile est déjà en projet à Versailles pour créer un écosystème qui favorise la biodiversité et réponde à tous les critères environnementaux et sociétaux. Il devient possible de vivre la ville en se reconnectant à la nature.

 

 

 

Transmettre

 

La vision déployée par l’entrepreneur se nourrit d’une enfance entre ville, fermes, laiterie et senteurs du potager. Initié par un jardinier amoureux de la terre, Louis Albert admire, sent et ressent son environnement. Sa venue à La Bourdaisière relève du coup de foudre sensoriel. Qu’il s’agisse d’un petit jardinet ou de l’immensité du monde, il y a une forme d’émotion à retourner, pétrir et travailler le vivant, à prendre conscience des interactions entre les actes humains et la biodiversité. «?Nous avons la responsabilité de transmettre cette découverte de l’infinie variété du monde et la conscience de ce que la terre donne. Cette richesse ne se marchande pas ni ne peut être brevetée?», insiste-t-il. Le rapport à la terre est une conversation intime, fragile.

 

 

 

Éduquer à la terre

 

Pour lui la nature est une aventure toujours inattendue, où chacun peut jouer un rôle. En reprenant la maison Deyrolle, éditrice des planches murales de générations de salles de classe, le prince écologiste se fait pédagogue : «?Nous créons des planches sur la biodiversité. J’ai la conviction qu’aider des enfants à dévoiler leur potentiel d’observation, de compréhension et d’émerveillement devant leur environnement leur permet d’en devenir acteurs?». Au ton de sa voix, on sent l’importance de l’éducation à la terre, plutôt qu’une éducation de la terre. Certains jardiniers tentent de maîtriser un jardin clos par le sécateur, d’autres l’ouvrent, s’émerveillent et adaptent leur vie à l’altérité d’un monde vivant.

 

 

 

S’ajuster au vivant

 

Le rapport à son environnement est avant tout un rapport à soi-même. Lieu d’évasion pour celui qui rêve d’un ailleurs ou d’un futur, lieu d’introspection et de ressourcement, le jardin marque aussi la force du présent et aide à se reconnaître tel qu’on est. «?Passer des semaines seul dans une rizière permet aussi d’être heureux?», témoigne Louis Albert de Broglie. Dans l’osmose frugale entre l’homme et son environnement se joue le sens d’une vie centrée sur l’essentiel. «?Le paradis ne se cherche pas, il s’accueille et se découvre », poursuit-il. « Je vis le jardin comme un havre de paix et d’observation, un comprimé de vie, un ajustement à l’essentiel?».

 

 

 

 

 

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