Est-ce bien sérieux?

Est-ce bien sérieux que votre journal choisisse de consacrer ainsi son dossier du mois à la question du jeu ? Les sujets d’inquiétude, voire pour certains les occasions de désespérance, ne sont-ils pas assez nombreux pour que nous ne pensions ainsi qu’à jouer ?

Il y a encore souvent un regard moral qui pèse sur la question du jeu. Jouer, ça ne semble jamais très sérieux. Jouer semble réservé aux enfants ; les adultes eux, ne s’abaissent plus à ces futilités. Jouer est de l’ordre des choses qui tout simplement « ne se font pas ». Dès lors, pourquoi notre journal ose-t-il ainsi se consacrer à quelque chose qui ne « se fait pas » ?

 

 

 

Le jeu comporte une importante dimension pédagogique. Les mouvements de scoutisme parmi les institutions de jeunesse ne s’y sont pas trompés, faisant depuis plus d’un siècle du jeu un axe majeur de leur projet éducatif. La catéchèse également a, depuis longtemps, intégré le jeu dans sa réflexion et sa méthode. Dans le cadre de l’école biblique ou du « KT », on ne joue pas seulement pour étancher un débordement d’énergie avant de se mettre à des choses plus sérieuses. Le jeu fait partie de la façon dont les enfants et les jeunes intègrent les questions abordées et pour lesquelles ils commencent à élaborer des réponses. La pédagogue protestante de la fin du XIXe siècle, fondatrice des écoles maternelles en France, Pauline Kergomard, le reconnaissait lorsqu’elle déclarait : « Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie. »

 

 

 

Le jeu a peut-être également une dimension théologique trop souvent ignorée. La Bible ne parle pas beaucoup du jeu. Le jeu y est relégué comme une activité enfantine ou comme une activité répréhensible lorsqu’il met en œuvre le hasard, comme dans l’épisode des soldats tirant au sort la tunique de Jésus avant sa crucifixion… Mais le livre des Proverbes, au chapitre 8, ouvre une autre dimension du jeu. La Sagesse y est décrite comme jouant aux pieds de Dieu pendant que celui-ci pose les fondements de sa Création. La joie et la liberté du jeu fondent donc l’agir de la Sagesse de Dieu dans son acte créateur. Rien de plus sérieux donc, mais rien de plus léger dans le même temps…

 

 

 

 

 

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