L’engagement des Églises

« Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance » (Deutéronome 30.19). Cette invitation de Dieu après le don de la Loi ne résonne-t-elle pas face à la crise actuelle du vivant ? S’engager pour relever les défis écologiques, c’est choisir la vie : œuvrer pour l’existence et le bien-être des êtres humains, animaux et plantes aujourd’hui ; préparer le chemin à celles et ceux qui suivent demain.

Telles sont bien la hauteur et la gravité de l’enjeu. Car nous sommes arrivés à un carrefour dont l’une des routes mène à des millions de morts, à des montagnes de malheurs et à la sixième extinction de masse des espèces. Telle est aussi l’opportunité. Car la « vie », dans la bouche de Dieu, ce sont le souffle en abondance, la jouissance digne des biens de la création, la justice, la paix et la joie.

 

 

Une menace et une promesse

 

L’enjeu écologique est lourd de dangers, mais il constitue aussi la perspective de vies bonnes. Sous ce double horizon de la menace et de la promesse, des chrétiennes et des chrétiens, personnellement ou en communauté et en tant qu’Église, se sont engagés depuis des décennies.

 

 

Oh, ils furent d’abord plutôt isolés, ces théologiens, laïcs, clercs ou pasteurs. Pensons aux travaux du protestant Jürgen Moltmann, dès les années 1970, ou à la première lettre encyclique orthodoxe du patriarche de Constantinople Dimitrios Ier, en 1989. Citons encore les efforts de l’intellectuel catholique Jean Bastaire. Comme chrétiens, nous rejoignons un mouvement où la société civile séculière nous a souvent précédés. C’est pourquoi le christianisme demeurera humble.

 

 

Petit à petit cependant, de manière différenciée selon les confessions et les lieux, les Églises ont redécouvert l’importance de la théologie de la Création et pris la mesure de l’enjeu actuel. Du processus conciliaire pour la Justice, la Paix et l’Intégrité de la Création du Conseil œcuménique des Églises à l’encyclique Laudato si’ du pape François, le sujet n’a cessé de monter et un large consensus théologique s’est imposé. C’est pourquoi le christianisme peut agir avec conviction.

 

 

En France, la COP21 fut un tournant. Elle fut l’occasion d’une collaboration œcuménique remarquable. Jeûne pour le climat, pétition remise à François Hollande et à l’ONU (1,4 million de signatures chrétiennes), plaidoyer auprès des négociateurs… nombreuses furent les initiatives. C’est un peu comme si le terreau, fertile, et la graine, semée, avaient été présents, et que la dynamique autour de la COP21 et le travail de l’Esprit avaient apporté la pluie qui fait croître.

 

Fête des récoltes à Dornach (© Dornach)

 

 

Une perspective d’espérance

 

Depuis, la plante a produit des fruits, dont la nouvelle commission Écologie, justice climatique de la Fédération protestante de France ou le label œcuménique Église verte. Des ouvrages sont publiés et des colloques tenus (par exemple, par l’Alliance biblique française). Des croyantes et des croyants s’engagent au quotidien, par des changements de comportement (par exemple, en mangeant moins de viande). Des paroisses agissent (par exemple, en installant des arceaux à vélo devant l’église). Le plaidoyer se poursuit (par exemple, à l’occasion de la préparation du plan climat de la France).

 

 

Il est vrai qu’il reste des résistances. On se méfie d’une question écologique politisée. On craint une divinisation de la nature et des hérésies New Age. On estime que l’enjeu est trop écrasant, le défi trop immense, pour espérer faire la différence. On considère que les Églises ont d’autres dossiers prioritaires à traiter.

 

 

Ces questions appelleraient des réponses détaillées. Disons, rapidement hélas, que l’engagement chrétien pour la Création est une contribution légitime et importante à la vie commune. Qu’il est enraciné dans la foi au Dieu « le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre », et non dans une adoration de Gaïa. Qu’il relève de l’action juste, quels qu’en soient les résultats. Et qu’il n’y a pas plus d’humanité que d’Église sur une planète morte.

 

 

Le Titanic fut fabriqué par des experts. L’arche de Noé le fut par un amateur. Notre perspective sera donc celle de l’espérance. Notre foi est ancrée dans le matin de Pâques, promesse de la possibilité de l’impossible. Oui, nous pouvons inventer une habitation consciente, saine et avantageuse de la création. Il n’y a pas de programme plus beau. Il n’y a pas de programme plus urgent et nécessaire.

 

 

 

 

 

#Dossiers #écologie et justice climatique #Réveil écologique

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