L’éthique de la Bible

Les croyants viennent vers la Bible avec leurs questions : spirituelles, existentielles ou éthiques. Ils sont avides de réponses sur des sujets sociétaux contemporains comme la fin de vie, la GPA, le clonage… Mais l’éthique de la Bible consiste bien souvent à décaler nos questions.

Depuis la nuit des temps, Dieu entend les suppliques, les prières, les cris et les questions des croyants. Au sein du christianisme, comme dans d’autres religions, certains pensent que Dieu répond à ces questions. Pour les protestants, attachés à la Bible, les réponses ne peuvent venir que de l’Écriture. Martin Luther, au tout début en tout cas, invitait les croyants à lire par eux-mêmes les textes bibliques pour y trouver le sens qu’ils recèlent et les chemins de leur vie. La clé ouvrant à leur compréhension était simple : le Christ, sa vie, sa mort et sa résurrection. Tout était compris à la lumière de ce canon dans le canon. Mais les choses ne s’avérèrent pas si évidentes que cela. Les réformateurs eux-mêmes s’affrontèrent sur bien des points. Certaines disputes demeurent jusqu’à aujourd’hui. C’est le cas de la question de l’égalité hommes-femmes. Sur cette question éthique, certains textes comme Genèse 1-3 sont cités par les tenants et les opposants de l’égalité. De quoi en perdre son latin !

 

Plutôt que de nous fournir des réponses, souvent la Bible nous questionne

 

(© CC0-Creative commons)

 

 

 

Une épaisseur

 

Vouloir trouver des réponses éthiques dans la Bible est problématique en soi. D’abord, parce que, comme le rappelle Thomas Römer à tous ceux qui sont tentés par une récupération éthique de ces textes, « la Bible n’est pas tombée du ciel, ces textes ont été rédigés dans des circonstances historiques bien différentes de celles de notre époque. » Ensuite, c’est problématique, car ces textes, à l’image du Pentateuque, sont des textes de compromis. Ils réunissent en « un même texte fondateur des perspectives théologiques divergentes sans imposer une seule lecture de ces divergences, mais laissant au lecteur le soin et la liberté de son interprétation. » Il n’est donc pas possible d’en tirer une vérité éthique, imposable à tous. Enfin, il est problématique de demander des réponses à des questions éthiques que la Bible ne se pose pas, comme c’est le cas de beaucoup de questions éthiques actuelles…

 

 

Des questions

 

Pour autant, comme l’avait fort bien noté Jean Calvin, la Bible a partie liée pleinement avec l’éthique. Même si sa pensée a permis de structurer de manière éthique le développement économique et politique de Genève, l’éthique de Calvin, fortement biblique, est d’abord une éthique de la métamorphose, de la sanctification du croyant par le Christ. Si la Bible n’est pas là pour répondre aux questions que l’homme se pose, elle ne cesse de lui poser les questions qu’il ne se pose pas : « où es-tu ? » ; « qu’as-tu fait de ton frère ? » ; « où sont leurs dieux ? » ; « qui dites-vous que je suis ? » ; « que cherches-tu ? »… Et lorsque Jésus donne des indications éthiques, elles ne sont pas toujours des invitations à une reproduction comportementale. Ainsi, dans sa réponse finale, donnée au légiste venu s’enquérir auprès de lui de qui était son prochain (Luc 10), Jésus dit : « Va et fais de même ! » Il n’est pas dit : « fais ce que j’ai fait », mais « fais semblablement ». Invente ta pratique éthique au gré des situations et des temps. C’est à une véritable poésie éthique que le croyant est invité par Jésus.

 

 

 

 

 

 

 

Pour aller plus loin :

 

Thomas Römer, Les Cornes de Moïse : Faire entrer la Bible dans l’histoire, Fayard, 2009, 68 p.

 

 

 

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