Le ministère d’aumônier hospitalier : Écouter, car c’est aimer !

Accompagner, écouter, permettre l’émergence de la parole. Sans prosélytisme aucun, il s’agit là, pour André Piazza, de la définition même du ministère d’aumônier hospitalier.

Il est toujours intéressant de faire un saut dans l’histoire pour mieux comprendre un sujet. Ainsi pour évoquer l’aumônerie, peut-on rappeler que comme son origine sémantique le montre, « aumône », il s’agissait au Moyen Âge d’un don charitable fait aux pauvres, avant que ce terme ne soit appliqué à des établissements accueillant pèlerins, malades pauvres, vieillards.

 

L’aumônier est là pour le malade, pour celui ou celle qui dans sa souffrance cherche en premier lieu une possibilité de dire

 

L’aumônier était celui qui donnait donc l’aumône, devenant au fil du temps quasiment un chapelain, puis un prêtre chargé d’un ministère auprès de fidèles situés hors paroisses.

 

Une formation adéquate

 

En France, c’est la Loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État qui assurant la « liberté de conscience » à tous les citoyens, garantissant la liberté du culte, institua la présence de représentants des religions auprès des institutions publiques comme les hôpitaux, et bien entendu les crédits nécessaires à ces missions, gérés aujourd’hui directement par les établissements publics hospitaliers. L’installation de la laïcité a conforté cette présence, reconnaissant en quelque sorte l’importance du travail de l’aumônier à l’hôpital.

 

André Piazza@CHU-Rouen

Aujourd’hui, avec les différentes lois et l’impulsion donnée à l’humanisation des hôpitaux, comme lieux de vie, avec la nécessité de prendre en compte toutes les dimensions de l’être humain pour mieux faire face à sa maladie, l’aumônier intervient également comme participant à une équipe de soignants, qui doit donc recevoir une formation adéquate, et désormais également un diplôme universitaire. Cela passe aussi par l’importance attribuée par les institutions religieuses, comme le Fédération protestante de France, à ce ministère, donc à l’accompagnement des malades.

 

Permettre la parole de l’autre

 

Car c’est de cela qu’il s’agit : accompagner, écouter, permettre la parole de l’autre, loin de toute forme de prosélytisme religieux, d’évangélisation forcée. L’aumônier est là pour le malade, pour celui ou celle qui souvent dans sa souffrance, ses questionnements, sa colère, sa solitude et sa peur, cherche en premier lieu une possibilité de dire ; dire ses craintes, ses problèmes souvent familiaux où le pardon a toute sa place, et bien sûr, mais cela n’est pas toujours exprimé, ses interrogations sur le sens de sa vie, sur la mort, sur Dieu.

 

La culpabilisation est encore souvent de mise : Qu’ai-je fait pour mériter cela ? C’est l’empreinte du Dieu rétributeur, du Dieu qui juge et punit, celui que malheureusement pendant des siècles certaines théologies ont représenté.

 

Écouter, c’est s’ouvrir avec confiance au Seigneur

 

C’est aussi là la mission de l’aumônier que de dire tout l’amour qu’est le Seigneur, la grâce qu’il nous accorde, indépendamment de nos œuvres, l’accompagnement jusque dans la souffrance du Christ qui s’est fait homme, celui qui permet la parole, celle du malade qui s’exprime, celle du Seigneur qui écoute et soutient.

 

Travailler en équipe

 

Être aumônier c’est aussi bien entendu permettre d’accompagner à la prière quand le patient le désire, assurer le culte dans l’hôpital, travailler avec l’équipe des visiteurs à rencontrer, sur sollicitation du malade, de sa famille ou des soignants celles et ceux qui sont en attente d’écoute, travailler aussi en lien avec les autres aumôneries présentes, de toutes confessions. Bien entendu, comme sur l’agglomération rouennaise, il y a des spécificités selon les lieux de soins ; être aumônier au CHU de Rouen et au Centre hospitalier du Rouvray (hôpital psychiatrique) ne comporte pas exactement les mêmes démarches internes. Il va sans dire qu’accompagner des malades en HP (hôpital psychiatrique) passe obligatoirement par l’entremise des soignants, aptes à juger de l’opportunité de la rencontre, au-regard des situations psychiques de chaque patient. Mais la logique est la même, œuvrer à écouter l’autre, dans toute sa dimension, dans l’importance de ses propos de souffrant, même s’ils nous semblent incohérents de prime abord.

 

Écouter, c’est aimer ! C’est peut-être alors s’ouvrir avec confiance au Seigneur : Ta parole est une lampe pour les pas, une lumière pour mon sentier.

 

 

 

 

 

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