Dans les couloirs feutrés de l’Institut protestant de théologie (IPT) ou sur les bancs de la faculté de Strasbourg, l’ambiance est au travail rigoureux, mais le compte n’y est pas. Si la France a franchi en 2025 le cap des trois millions d’étudiants dans l’enseignement supérieur, la « niche » de la théologie protestante, elle, semble stagner. L’enjeu n’est pas seulement académique. Il est vital pour l’EPUdF et l’Uepal puisque ces facultés forment leurs futurs ministres.
Le discernement de la Commission des ministères
La Commission des ministères (CDM) n’est pas une direction des ressources humaines, elle est l’instance souveraine de discernement. Son rôle ? évaluer l’aptitude d’un candidat à exercer le ministère. Au sein de l’EPUdF, après un master 2 professionnel (bac+5), le candidat entre en « proposanat ». « Le proposanat est une période deux ans au cours de laquelle les proposants sont en pleine responsabilité dans une paroisse ou Église locale, mais toujours sous la responsabilité de la CDM, explique la pasteure Dominique Imbert, présidente de la CDM. C’est encore un temps de formation et de discernement pendant lequel un membre de la CDM les accompagne. »
« Pour une dizaine de ministres admis chaque année depuis 2013, en moyenne, une quinzaine partent en retraite », poursuit Dominique Imbert. En 2026, près de 15 % des paroisses de l’EPUdF n’ont pas de pasteur résident, obligeant les ministres voisins à plus d’entraide. Mais attention, la surcharge de travail des pasteurs en place, souvent proches du burn out, pourrait rendre le métier moins attractif pour les jeunes hésitants.
L’évolution du profil des ministres
« Le profil des ministres a beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années, ajoute Dominique Imbert. Ce ne sont plus en majorité des jeunes issus de familles protestantes, ni venant du scoutisme unioniste, mais des personnes souvent en reconversion professionnelle, issues d’autres Églises ou de l’athéisme ou venant d’autres pays. » Parmi eux on compte des cadres, des enseignants ou des soignants qui, à la quarantaine, choisissent de répondre à cet appel. Ces profils posent deux défis à la commission : la durée du ministère, forcément plus courte, et la mobilité, rendue souvent difficile, le conjoint ayant lui-même une situation professionnelle ne lui permettant pas de bouger tous les 6 à 10 ans. « Il est important de réfléchir et d’agir pour mieux faire connaître le ministère auprès des jeunes, rappelle Dominique Imbert. De forts moments d’Église comme le Grand Kiff leur donnent l’opportunité de rencontrer des pasteurs qui sont pour eux autant de témoins du ministère. »
© N. Boutié
La diversification des ministères
Face à l’urgence, le synode national de Sète de mai 2025 a pris des décisions historiques pour assouplir le modèle « pastoro-centré ». L’idée maîtresse ? Ne plus tout faire reposer sur une seule personne. Le nouveau ministère de diacre permettra à des personnes d’exercer des missions spécifiques : animation de réseaux jeunesse, action sociale, aumônerie, etc. Pour elles est prévue une formation théologique de deux ans, en alternance, qui devrait voir le jour en septembre 2027.
En Alsace et en Moselle, le statut est différent. Les pasteurs sont rémunérés par l’État. Si cette sécurité matérielle protège l’Uepal d’une précarité financière, elle ne la protège pas du manque de candidats. Le vivier de la faculté de Strasbourg, bien que prestigieux, ne suffit plus à couvrir les besoins des consistoires.
La baisse des vocations pastorales oblige le protestantisme à une mue profonde. Si le manque de pasteurs est une réalité douloureuse pour les paroisses « orphelines », il force aussi les laïcs à reprendre leur place. L’Église de demain sera sans doute moins verticale, moins dépendante d’une figure unique, et plus riche d’une pluralité de ministères partagés.
