À côté de chaque homme pauvre, dans le monde, il y a forcément une femme encore plus pauvre. Par exemple, les jeunes filles peuvent avoir le droit d’aller à l’école, mais tant qu’elles doivent faire plusieurs kilomètres à pied pour aller chercher de l’eau chaque jour… l’inégalité demeure. Ou encore, certains pays ont des lois qui protègent les personnes, mais ces lois sont contournées par la corruption : il y a donc les lois, et la façon dont elles sont appliquées. En fait, les situations des personnes sur le terrain obligent à travailler la complexité, avec des partenaires multiples ; et les solutions locales sont à prendre au sérieux.

Les plus pauvres
Comprendre que la personne « la plus pauvre », sur notre planète, est très probablement une femme n’exclut pas les hommes pauvres. D’ailleurs, on voit que la meilleure façon de sortir les hommes de la pauvreté, c’est de se concentrer sur ce que font les femmes : les femmes pauvres, partout, sont en train de nourrir des familles, beaucoup plus que nos biotechnologies ! Or elles ne sont quasiment pas écoutées.
Une mixité de regards
L’intersectionnalité veut encore signifier que nous avons besoin de mixité dans nos façons de penser. Dans notre perspective universaliste, nous exigeons de l’autre d’avoir le même discours que nous, sinon il/elle ne peut pas siéger à notre table. Dans les recherches sur le genre, au CNRS, on met autour de la table des femmes d’Afrique du Nord, d’Afrique, de Madagascar… et pas seulement des femmes blanches, pour construire un féminisme d’aujourd’hui. Et on n’est pas seulement « interpellées » par les autres, mais on partage le pouvoir. Le vrai enjeu de l’intersectionnalité, c’est de porter le pouvoir ensemble, mais aussi analyser la société à partir de ces différents points de vue, en les faisant se croiser.
