Montbéliard, une terre de réforme

Le protestantisme s’implante dans la région de Montbéliard dès les débuts de la Réforme. Contrairement à la Suisse voisine, où la Réforme naît d’un large mouvement populaire, son adoption à Montbéliard résulta d’une décision politique : le comté était alors rattaché au Wurtemberg, dont le prince choisit d’introduire la nouvelle foi.

Les idées réformatrices sont diffusées dès 1524 par Guillaume Farel, appelé brièvement à prêcher au château et sur la « Pierre à poissons ». Puis Pierre Toussain, arrivé en 1535, organise durablement l’Église protestante : il fonde des écoles ouvertes aux garçons comme aux filles et, en 1539, la première Sainte Cène protestante est célébrée officiellement dans l’ancienne église Saint-Martin.

La Réforme s’installe sans violence. Moines et prêtres ont le choix : adopter la nouvelle doctrine ou quitter la région ; tous optent pour le départ. Les changements vont être profonds : suppression de la messe, disparition des images, discipline morale plus stricte ; d’où une adhésion lente de la population. Avec le temps, la Réforme favorise le développement de l’instruction, l’apprentissage de la lecture et une plus grande autonomie intellectuelle. La présence permanente de pasteurs dans les villages joue également un rôle décisif.

Au fil des siècles, le protestantisme marque fortement le territoire. On y compte près de quatre-vingts temples. Il influence aussi la vie économique et sociale locale. Le temple Saint-Martin reste un symbole majeur : il s’agit du plus ancien édifice protestant encore en activité en France.

Éducation et solidarité sont des aspects majeurs : après Pierre Toussain, le pasteur Oberlin crée au XVIIIe siècle les « salles d’asile », ancêtres des écoles maternelles. Très tôt apparaissent aussi des dispositifs d’entraide, comme les « boîtes pour pauvres», dont l’esprit se prolonge aujourd’hui dans de nombreuses œuvres sociales protestantes. Sur le plan religieux, Montbéliard se distingue par sa diversité : officiellement luthérien, il a toujours été influencé par la pensée de Calvin, d’où un équilibre original entre plusieurs courants de la Réforme.

Aujourd’hui les traces sont visibles dans la culture locale, mais la transmission entre générations s’affaiblit. Le défi reste pourtant le même qu’au temps des Réformateurs : lire l’Évangile avec intelligence, refuser les certitudes toutes faites, et annoncer une foi vivante, en paroles et en actes, au service de la société.

La maison Pierre Toussain, un des instigateurs de la Réforme dans le Paus de Montbéliard, siège de la région Est-Montbéliard

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