Qui s’assied où, et sur quoi ?

La façon dont sont disposés les sièges dans une assemblée et la qualité de leur confort n’est pas neutre. Faire que chacun soit bien assis pour pouvoir être attentif, bien voir et bien entendre, se sentir à égalité avec les autres fidèles et les prédicateurs correspond à un choix théologique pas toujours facile à respecter.

Au début de la Réforme, la disposition qui réunissait les fidèles autour du prédicateur reflétait parfaitement la pratique égalitaire de l’écoute et de la prédication de la Parole et s’inscrivait bien dans le principe du sacerdoce universel. Les effectifs s’étoffant, un autre modèle s’imposa. Rehaussant la chaire, il éloigna l’auditoire du prédicateur. Pour augmenter encore la capacité de l’édifice, des tribunes furent construites en amphithéâtre, parfois sur plusieurs étages comme à Charenton, afin que les fidèles n’aient aucun obstacle entre eux et le prédicateur. Ce système a été reconduit aux XIXe et XXe siècles.

 

Lasalle (c) hélène Guicharnaud

La fin des jubés

 

L’absence d’obstruction fut remarquée et soulignée par les contemporains. Elle évitait les obstacles en supprimant les bas-côtés et leurs colonnes, ou le jubé qui séparait clergé et fidèles. Cet agencement inédit eut d’ailleurs une répercussion sur l’aménagement liturgique catholique : en réponse au succès des églises protestantes, le concile de Trente décida que le chœur, bien séparé jusqu’alors, devait désormais être visible des fidèles. Remplacés par les chaires à prêcher, les jubés furent, pour la plupart, déplacés ou détruits aux siècles suivants.

 

Les enjeux du confort

 

Les sièges ont aussi leur histoire, leur agencement dépendant du plan de l’édifice et de la théologie. Contrairement au culte catholique, des sièges fixes furent affectés à l’assemblée. Les bancs primitifs purent être dotés de dossiers et même — luxe suprême ! – de coussins. On comprendra cette recherche d’un confort relatif quand on saura que les prédications pouvaient durer plusieurs heures. Aussi, dans son arsenal de mesures coercitives, en 1672 l’administration royale interdit ce maigre appui afin de rendre l’écoute des prêches inconfortables !

 

Aujourd’hui, les chaises individuelles ont tendance à remplacer les bancs collectifs. Ces derniers, au XXe siècle ont pu être augmentés de strapontins, comme au temple de l’Annonciation à Paris.

 

 Nouvelle séparation

 

Pourtant, cette égalité dans le confort de l’écoute était illusoire. Les synodes de Charenton (1644) et de Loudun (1659) confirmèrent l’affectation de certains bancs aux personnalités locales comme aux anciens. Cette disposition survit de nos jours avec la présence de sièges strictement destinés aux conseillers presbytéraux (nos contemporains anciens) comme à Nanteuil-lès-Meaux ou à l’Oratoire du Louvre. Les conseillers occupent alors la place privilégiée, face à la chaire. Un enclos, légèrement surélevé par un emmarchement, les isole du reste de l’assemblée tout en les désignant. Des stalles peuvent remplacer ou doubler la formule de l’enclos et le pasteur être destinataire d’un siège particulier.

 

Autre configuration : sur une petite estrade, table de communion, chaire et siège du pasteur, espace souvent matérialisé par une balustrade que la pratique actuelle tend à ôter dans le but de supprimer toute barrière — fût-elle psychologique — entre le pasteur et l’assemblée et d’attester du sacerdoce universel, élément fondamental de la religion réformée.

 

 

 

 

 

 

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