Témoigner auprès de ceux qu’on voudrait oublier

Cela fait maintenant plus de douze ans que j’exerce le ministère d’aumônier régional des prisons pour la Fédération protestante de France. Lorsque j’étais jeune pasteur de l’Église réformée de France, je n’imaginais pas exercer cette fonction.

L’aumônier arrive un peu sur la pointe des pieds, avec appréhension et crainte. Qu’il soit pasteur ou laïc, il est toujours un personnage un peu à part. Une conviction a fait son chemin dans mon approche : on ne se rend pas en prison pour moraliser les coupables d’infraction ni pour espérer que par une conversion miraculeuse les vies changent en un clin d’œil. L’aumônier ne culpabilise pas les détenus. Il ne pèse pas sur les consciences. Il ne tient pas une comptabilité des âmes gagnées au Christ. Mais alors que fait-il ?

 

Il vient rendre visite à des frères et sœurs en humanité, quelle que soit la banalité ou l’horreur du forfait commis. Ceux que nous rencontrons demeurent des êtres pleinement humains, créés à l’image de Dieu. On peut penser que les crimes, les viols, les meurtres ont défiguré cette image chez les infracteurs, mais il n’en demeure pas moins qu’ils sont fils et filles de Dieu. Dans l’image contradictoire des personnes, il y a encore et toujours l’image de Dieu et celle d’un homme ou d’une femme qui souffre, qui peine, qui se sait coupable et est en quête de restauration et de pardon.

 

Par la grâce, des hommes et femmes tombés, couchés,

 

peuvent se relever et retrouver l’espérance (© CC0 License)

 

 

 

Accompagner sur un chemin de vie

 

Le devoir des autorités est de punir, de sauvegarder le droit des offensés et de protéger la société. L’aumônier se situe à un autre niveau. Il propose le pardon divin et accompagne l’infracteur sur ce chemin de la vie nouvelle où il peut retrouver sa dignité. Ainsi l’aumônier tente de vivre cette réalité inscrite dans l’épître aux Hébreux : « souvenez-vous des prisonniers » (Hébreux 13.3). Il suffit de regarder la détresse, l’angoisse et le désespoir des personnes maltraitées aujourd’hui pour des raisons économiques ou politiques, pour nous sentir poussés à témoigner, par nos gestes, d’un véritable amour envers les maltraités de l’humanité quelle que soit leur religion ou leur culture, et envers ceux que notre bonne conscience morale est tentée d’oublier.

 

 

 

Être témoin d’espérance

 

L’aumônier devient le témoin de l’espoir et de l’espérance d’une vie nouvelle. Par la grâce, des hommes et femmes tombés, couchés, désespérés peuvent se relever et retrouver l’espérance. Cela seul Dieu le fait et aucun aumônier n’y parvient.

 

L’aumônier est un humble serviteur qui, sans l’œuvre secrète de Dieu dans les cœurs, ne peut rien faire. L’aumônier dit aux détenus qu’ils ne sont pas seuls au fond de leur cellule et perdus dans un procès complexe. Dieu les aime et est auprès de chacun. Beaucoup de détenus éprouvent alors le besoin d’approfondir leur vie spirituelle, de retrouver leur véritable identité enfouie.

 

L’aumônier devient alors ce témoin envoyé de la part de Dieu pour ouvrir les yeux des détenus et les aider sur le chemin de la guérison psychologique et du salut, ouvrant la voie vers une vie nouvelle. Chaque nouveau moment de la vie peut être habité de la présence et de la compassion de Dieu.

 

Dieu ne demande pas ce que nous avons été avant de nous accueillir, mais qu’il nous accueille tels que nous sommes, dans l’état où nous sommes quand nous venons à lui. Il en va ainsi des personnes en détention comme de tout homme et femme dans la vie de tous les jours.

 

Dieu accueille toujours sans réserve, l’aumônier que je suis en témoigne et le vit, même si parfois le récit de ce que j’entends et apprends peut aussi, dans un premier temps, susciter un geste de recul dans mon esprit.

 

Oui, mais voilà le Dieu de justice est aussi le Dieu de miséricorde. C’est ce qu’il faut vivre, apprendre et réapprendre tous les jours…

 

 

 

 

 

 

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