Une naissance bouleversante

De la naissance de Jésus jaillit l’amour de Dieu. Comment de la fragilité d’un nouveau-né, advient la puissance de Dieu dans nos vies ?

Un bébé, un petit d’Homme, est ce qu’il y a de plus fragile au monde. Il est entièrement dépendant d’adultes qui pourront prendre soin de lui pour le nourrir, le couvrir, le protéger des multiples dangers qui menacent son existence. Seul, un bébé ne peut survivre, il a besoin d’autrui.

 

C’est ainsi que Dieu fait son apparition dans le Nouveau Testament, par les évangiles de la naissance (Noël) : Dieu se manifeste par la présence d’un nouveau-né que tout menace, pouvoir politique inclus. Cela tranche sérieusement avec l’image d’un Dieu qui s’impose à l’humanité. Noël, c’est la faiblesse de Dieu qui s’impose dans l’histoire des Hommes et cette faiblesse est la véritable puissance dont nous avons besoin.

 

« La puissance de Dieu se découvre dans la profondeur des

 

liens qui se nouent lorsque l’enfant paraît dans sa

 

grande vulnérabilité. » (© shutterstock)

 

 

 

La faiblesse de l’amour

 

Les couples le savent, il ne suffit pas de s’aimer pour que l’enfant vienne au monde. L’amour n’est pas une manière de maîtriser le vivant ni d’avoir la mainmise sur le cours des événements. L’amour n’est pas un pouvoir qui assurerait le contrôle de l’histoire, mais la puissance qui nous rend capables de réagir à ce qui nous arrive, en ne sacrifiant personne. L’amour ne peut rien imposer, mais donne les moyens de faire quelque chose de ce qui nous arrive, en ajoutant de la vitalité à la vie plutôt qu’en faisant des coupes sombres.

 

L’amoureux cherche des solutions pour qu’advienne la vie la plus réjouissante, la plus solidaire, la plus juste d’un point de vue universel, mais il ne peut imposer son point de vue, ses idées, ses projets, sans quoi la liberté des autres serait anéantie. Joseph peut se replier avec Marie dans une étable, il ne peut forcer l’aubergiste à lui donner une chambre. L’amour est aux antipodes de la tyrannie qui contraint. Dieu, qui est amour, n’est pas du côté de la contrainte, mais de la faiblesse qui offre, propose, et laisse à l’autre le soin de disposer. Qui sait si l’enfant de Noël n’aurait pas dû naître des siècles plus tôt, mais qu’il avait toujours manqué, jusque-là, le oui de Marie, le oui de Joseph aussi, pour que la vie divine advienne d’une manière particulière dans la chair humaine ? J’imagine volontiers le dynamisme créateur divin à l’œuvre de manière inlassable, essayant de se frayer une voie au milieu de nos hésitations, de nos renoncements, de nos peurs, de nos refus. L’amour peut insister, avec délicatesse, il ne peut obliger qui que ce soit, il ne peut imposer quoi que ce soit.

 

 

 

Une faiblesse qui fait grandir

 

Si l’enfant qui naît est particulièrement vulnérable, ce qui dit quelque chose de Dieu, il n’est pas sans puissance. Bien au contraire, les parents le savent, le nouveau-né est capable de produire des effets extraordinaires sur le monde des adultes, dans l’univers des personnes blasées. La fragilité du nouveau-né peut créer une douceur chez des personnes qui n’en avaient jamais fait preuve. Elle peut susciter une inquiétude irréductible chez des personnes plutôt connues pour leur indifférence. Là encore, rien n’est jamais automatique : la présence d’un bébé ne garantit jamais que l’entourage deviendra plus humain – les drames familiaux l’attestent cruellement. Néanmoins, cette vulnérabilité est capable de provoquer des réactions inattendues chez des personnes émues par cet être insignifiant qui ne pèse pas lourd dans la balance du monde.

 

 

 

Comme le blessé laissé à moitié mort au bord de la route peut prendre un Samaritain aux entrailles (Luc 10.33), un nouveau-né peut dévier la trajectoire d’une personne qui n’avait pas d’autre intention que de filer droit. Le nouveau-né est l’irruption d’une nouveauté possible dans la vie de toute personne qui le croise et qui le fait exister, qui lui permet de se tenir hors des lieux familiers, hors des zones de confort, hors des certitudes. C’est cela qui fait la grandeur d’une personne : sa capacité à se laisser étonner, déstabiliser et mettre en route vers un horizon inconnu jusque-là. Le nouveau-né révèle des aspects de notre personnalité que nous pouvions ignorer et qui constituent pourtant une part essentielle de notre identité. Ainsi est Dieu qui nous attire par la faiblesse d’une présence qui s’offre et qui ne doit rien à la force. Ce Dieu qui vient nous rencontrer dans un enfant n’a rien de la superbe des héros surnaturels car la puissance du Dieu de Jésus-Christ s’éprouve dans la profondeur de la vie. La puissance de Dieu se découvre dans la profondeur des liens qui se nouent lorsque l’enfant paraît dans sa grande vulnérabilité, dans la profondeur des promesses que nous nous faisons de chérir ce petit bout de vie qui n’a encore rien montré, rien accompli, rien prouvé et qui, pourtant, fait jaillir l’amour, par grâce seule.

 

 

 

 

 

#Actualité #Dossiers #Fragilité #Humanité #Jésus #Noël #Nouveau-né #Spiritualité

Nos titres

Échanges
Ensemble
Le Cep
Le nouveau messager
N°446 - juin 2020
Le Protestant de l'Ouest
Le Ralliement
Liens protestants
Paroles protestantes Est-Montbéliard
Paroles protestantes Paris
Réveil

Soutenez la presse et l'édition protestante

Pour aller plus loin

S’encorder à Dieu
La montagne, un refuge à défendre
S’encorder à Dieu
Dans cette cordée d’alpinistes en route vers un sommet indéfini, la corde qui les relie tous est, selon les hommes et les écarts, lâche ou tendue. Mais qu’elle soit en tension ou pas, cette corde nous rappelle que les premières ascensions de presque tous les sommets majeurs (du mont Blanc en 1786 à l’Everest en 1953) furent des œuvres collectives.
La montagne : des réalités derrière le rêve
Dossiers
La montagne : des réalités derrière le rêve
Ancienne membre du bureau fédéral de la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM), Marie-Laure Tanon nous rappelle l’attractivité de la montagne, nous alerte sur ses dégradations et évoque les moyens de sa préservation.
La montagne dans la Bible
La montagne, un refuge à défendre
La montagne dans la Bible
Elle est présente presque partout ; il s’y passe un nombre incroyable d’événements fondateurs : la montagne était et demeure un lieu aux multiples facettes : sa beauté et ses dangers ; sa pureté et la désolation que l’homme peut y semer. Et si la montagne de la Bible nous apprenait quelque chose de notre aujourd’hui ?
Randonnée sur le GR de l’exil des huguenots
Dossiers
Randonnée sur le GR de l’exil des huguenots
La montagne de la "transfiguration"
Prier avec et pour les trailers
Dossiers
Prier avec et pour les trailers
C’est une initiative qui a duré deux ans et a mobilisé un petit groupe interreligieux et œcuménique. L’idée est née dans la tête de notre regretté collègue, Romain Gavache, alors pasteur d’Arve-Mont-Blanc qui voyait année après année des milliers de trailers venir participer aux différentes courses liées à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB).
Environnement : la gratitude seule
Dossiers
Environnement : la gratitude seule
C’est une devise qu’ont adoptée de nombreux randonneurs : « Ne laisser aucune trace ». Transmettre la joie de contempler la montagne sans lui nuire, c’est la mission des accompagnateurs de moyenne montagne.
Bible en montagne : un double ressourcement
Dossiers
Bible en montagne : un double ressourcement
Depuis 2012, chaque année, protestants et catholiques se retrouvent à Vars, dans les Hautes-Alpes, pour un séjour autour de la Bible. Une Parole qui met en marche !
Des séjours pour prendre de la hauteur
Dossiers
Des séjours pour prendre de la hauteur
Qu’ils soient organisés par des associations ou par les régions, les camps alliant Bible et montagne offrent toujours une occasion de grandir.
Vosges-Meurthe : Saint-Dié, Raon-L’étape, Senones et Baccarat
Les racines protestantes de la région Est-Montbéliard
Vosges-Meurthe : Saint-Dié, Raon-L’étape, Senones et Baccarat
Un peu de géographie : notre paroisse, située sur les contreforts des Vosges dans le bassin de la haute Meurthe, est constituée des paroisses de Saint-Dié des Vosges et de Raon-Senones-Baccarat.