À la découverte de la région des trois frontières

Après un voyage en Alsace, carrefour de l’Europe, en 2015, le groupe ET SI est parti une semaine à la rencontre des peuples des trois frontières, dans le coude ou le genou du Rhin (dixit les Allemands) qui fait là, une grande boucle. Le périple a débuté à Mulhouse où le groupe a été accueilli par Patrice et Jany.

Notre périple a commencé à Bâle sous un fin crachin suisse. Bâle médiévale gardant une petite partie de ses remparts, Bâle et l’imprimerie, Bâle et la Réforme, Bâle ville de musées, Bâle et sa cathédrale dans laquelle nous avons pu lire l’épitaphe d’Érasme qui y est enterré.

 

Au confluent des trois rivières

 

Au Kunstmuseum, Alain commente les tableaux dont ceux de Holbein le Jeune. Lorsque celui-ci quitta Augsbourg, sa ville natale, pour Bâle, il se lia d’amitié avec Erasme, et en réalisa plusieurs portraits. Mais son premier grand chef-d’œuvre, Le corps du Christ mort, révèle une extraordinaire étude anatomique que sa froideur glacée rend d’autant plus effrayante. Le musée Tinguely nous conduit de surprises en surprises, L’unique chose stable c’est le mouvement – partout et toujours, dit l’artiste. Surprise déroutante !
Nos pas nous amènent ensuite à Linn surplombée d’un vénérable tilleul à grandes feuilles au tronc creux ; il aurait été planté dans une fosse commune vers 1669 à la fin de la terrible épidémie de peste. Plus de dix mètres de circonférence et une hauteur de plus de 25 mètres, que de légendes sur cet arbre magnifique !

 

Le tilleul de linn © Bernard Trocmé

Nous sommes allés en Argovie, au confluent des trois rivières Reuss, Limmat et Aar, en passant par la charmante bourgade de Brugg, puis le château des Habsbourg, premier siège de la future famille impériale.
La maison des Habsbourg également appelée la maison d’Autriche fut l’une des maisons royales les plus puissantes d’Europe. Le trône du Saint-Empire romain germanique a été occupé de manière continue par les Habsbourg de 1438 jusqu’à 1806. L’empire austro-hongrois fut gouverné par la famille Habsbourg-Lorraine jusqu’en 1918. Indifférents au concept d’état-nation, les Habsbourg lui ont préféré celui de monarchie supranationale dans laquelle la fidélité au souverain constituait le lien fondamental entre les peuples. L’avantage de ce système était de ne les identifier à aucune culture ni à aucune nation privilégiée, mais de respecter les langues vernaculaires, les cultures, souvent les religions, les autonomies des peuples ; le droit à la différence des minorités.

 

L’Allemagne et ses édifices

 

Et maintenant en route pour l’Allemagne ; Bad Säckingen, ville frontalière avec la Suisse, au bord du Rhin, construite autour d’un monastère bénédictin du IXe siècle, elle passa en 1173 aux mains des Habsbourg et resta autrichienne jusqu’en 1805. Nous avons pu admirer la cathédrale gothico-baroque Saint-Fridolin du XIVe siècle, et le pont couvert en bois, le plus ancien d’Europe et aussi le plus long (200 mètres), qui repose sur des piliers en pierre. Les vélos se font une joie de le traverser et font retentir leurs sonnettes aux oreilles des touristes qui l’arpentent en tout sens.
Nous ne pouvions manquer de traverser la Forêt-Noire, et d’apercevoir dans la brume le lac Titisee d’origine glaciaire, en passant par Todtmoos et son église peinte extérieurement, puis Sankt Blasien avec une église aux dimensions imposantes (33,5 mètres de diamètre) surmontée d’un dôme exceptionnel, le troisième d’Europe après la basilique Saint-Pierre de Rome et les Invalides de Paris.
Enfin Heidelberg, séduisante au bord du Neckar, l’un des foyers de la Réforme qui a accueilli Martin Luther. La ville est l’ancienne résidence des comtes palatins, ville universitaire qui compte aujourd’hui plus de 28 000 étudiants dont 19% d’étrangers ; ville romantique dominée par les ruines imposantes de son château et qui a inspiré nombre de poètes dont Goethe.

 

Une bibliothèque humaniste

 

Dernier pays, la France. À la Renaissance, Sélestat atteint son apogée. C’est une ville qui a un certain poids en Alsace et dans le Saint-Empire romain germanique grâce à son école latine fondée en 1452 ; foyer de l’humanisme rhénan, l’école latine de Sélestat forme de grands humanistes dont les plus célèbres sont Beatus Rhenanus, Martin Bucer, Jacques Wimpheling. Erasme lui-même sera subjugué par le bouillonnement intellectuel de la ville au XVIe siècle et lui dédiera un poème.
L’élève le plus célèbre de l’école latine de Sélestat, Beat Bild dit Beatus Rhénanus, poursuivit ses études en Sorbonne sous l’égide de Lefèvre d’Étaples. Il œuvra comme correcteur d’imprimerie chez Estienne, ce qui vaut à la bibliothèque de conserver encore dans ses collections un bel ensemble d’éditions parisiennes de cette époque. À l’heure actuelle, la bibliothèque humaniste conserve toujours près de 670 volumes de ce savant, soit un peu plus de 2 500 titres ce qui permet à Sélestat de conserver la bibliothèque d’un humaniste presque dans son intégralité, alors que les bibliothèques des savants de cette époque ont presque toutes disparu. La valeur exceptionnelle de cette collection lui a valu d’être inscrite au registre Mémoire du monde de l’Unesco.

 

Un bouquet de couleurs

 

Maurice nous a présenté le plan incliné d’Arzwiller sur le canal de la Marne au Rhin, ouvrage unique. Mis en service en 1969, cet ascenseur à bateaux facilitait la traversée des Vosges et permettait aux péniches d’éviter dix-sept écluses.
Sarrebourg, l’apothéose avec la chapelle des Cordeliers, de l’extérieur le vitrail de 12 mètres de haut de Chagall nous interpelle par sa monumentalité ; mais lorsque l’on entre, c’est une véritable merveille qui s’expose à nous. Quel saisissement devant cet éblouissant bouquet aux couleurs éclatantes… émerveillement, joie pure, ravissement pour nos yeux devant cet arbre de vie porteur de paix, nourri de l’intimité de Marc Chagall avec la Bible, qui est pour lui la plus grande source de poésie de tous les temps. On est béat, on ne bouge plus, on contemple, on est dans l’admiration totale. Le couple primordial s’intègre dans l’arbre de vie en liant l’amour et la paix. L’Ancien Testament et le Nouveau Testament sont réconciliés : la joie et l’espérance subliment la Paix, message du maître ; sûrement l’un des plus beaux souvenirs de ce périple !

 

Le vitrail de Chagall vu de l’intérieur © Daniel Bonami

Quel beau voyage nous avons encore fait ! Merci à Jean-Marc pour avoir composé notre itinéraire, à Bernard et Denise pour avoir planifié notre voyage, à Christian pour les explications géographiques et géologiques ainsi que l’histoire du vin, à Alain pour la description des tableaux et du vitrail, à Danielle et ses pensées du jour, à Maurice et à tous les participants, à Raymonde pour ce délicieux repas alsacien qui a clôturé le voyage après notre culte à Strasbourg, paroisse du Bouclier. Ambiance chaleureuse, échanges, bienveillance du groupe, c’est un plaisir toujours renouvelé de voyager avec ET SI.

 

 

 

 

 

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