© Yves Le Coarer
Le feu sur le plateau de Solaure
Claude Bina, prédicatrice laïque à Luc en Diois
Comment la communauté de Die, bas-Diois et haut-Diois, a-t-elle vécu ces incendies ?
Avec stupeur, car l’ampleur des incendies a été inhabituelle, malgré l’incendie de Romeyer il y a quelques années ; mais aussi avec la volonté de ne pas sombrer dans le catastrophisme… La ville de Die a été envahie d’une épaisse fumée aux alentours du 10 juillet et l’on a vu réapparaître les masques remisés après le Covid… Mais avec soulagement aussi, côté causes, pour l’incendie de Die, car il était accidentel (dû à la foudre) ; avec de la colère, par contre, pour celui de Bellegarde, car son origine est humaine (imprudence ou malveillance ?). Avec une peur légitime, aussi, car les flammes étaient proches des maisons en certains endroits. Mais surtout avec beaucoup de tristesse, car les habitants du Diois aiment leurs montagnes et leurs forêts, ces dernières étant, par chance, mixtes (pins et feuillus), et donc moins sensibles aux incendies. Et avec la question : pourquoi n’y a-t-il plus de tranchées pare-feu dans la montagne comme c’était le cas il y a plusieurs années ?
Comment s’est-elle mobilisée ? Auprès de qui ?
Les habitants du Diois ont manifesté une grande solidarité entre particuliers : ils ont accueilli les personnes évacuées – qu’ils connaissaient ou non. Des collectes (nourriture, produits d’hygiène…) ont été organisées pour les quelques 500 pompiers mobilisés sur les feux (notamment par l’Aped, la petite Entraide du Diois), collectes qui ont connu d’emblée un grand succès puisqu’elles ont été arrêtées assez rapidement. Une dizaine d’agriculteurs ont prêté main-forte aux pompiers en transportant des citernes d’eau le plus près possible des feux. Une grande reconnaissance s’est manifestée à l’égard des combattants du feu : applaudissements, haies d’honneur au passage des camions de pompiers…
Quelles prises de conscience ont suscité les incendies ?
La conscience de la fragilité de la nature et de son caractère précieux pour les humains ; l’admiration pour sa résistance, car malgré ce drame, on remarque déjà des reprises de la végétation dans les zones touchées. Et pour les croyants, la reconnaissance et la louange envers Dieu, car il n’y a eu aucune victime, ni humaine ni animale – du moins pour ce qui est des élevages. La prise de conscience renouvelée aussi que nous sommes dépositaires – et donc responsables – du don le plus précieux qui nous a été fait : la nature.
© T. Guillot
L’action courageuse des pompiers
Yves Levin (cruciverbiste de Réveil) qui a fait partie des évacués en catastrophe, raconte :
« Vous avez 30 minutes pour quitter votre maison ! » Cette phrase prononcée par une escouade de gendarmes restera gravée dans nos mémoires. On prépare en hâte quelques affaires, les médicaments, quelques papiers semblant importants… Heureusement, la veille, un couple de nos amis paroissiens nous avait envoyé le message suivant : « Bonsoir les amis, Nous pensons à vous dans ce contexte de feu. Si vous avez besoin d’être évacués vous pouvez venir chez nous. Bon courage. Bien amicalement. »
On regarde sa maison une dernière fois et on part dans cette ambiance de Canadair, de fumée irrespirable et de communiqués contradictoires… Et c’est la tête embrouillée qu’on débarque chez nos hôtes : accueil bienveillant, et cela fait du bien de ne pas être seuls. De loin, on assiste à l’embrasement impressionnant de la montagne de Justin juste au-dessus de notre maison… La cause est perdue… Les pompiers sont débordés ! Et le miracle arrive : une pluie torrentielle tombe sur la ville pendant une bonne heure. Cet envoi du ciel termine la tragédie de 4 400 hectares ravagés en quelques jours. Le positif de l’histoire, c’est l’immense solidarité qui s’est déclenchée chez les habitants pour assister les 700 pompiers présents et l’accueil des évacués.
Lors d’une cérémonie de remerciement aux bénévoles, associations, agriculteurs, commerçants, donateurs, agents municipaux, professionnels du territoire, habitants, Marylène Moucheron, maire de Die, a salué cette mobilisation exceptionnelle : « Ce que nous avons vécu cet été, c’est plus qu’une mobilisation, c’est une démonstration d’intelligence collective. C’est une démonstration d’humanité. » Mais le Diois a eu de la chance car aucun bâtiment n’a brûlé. Bien sûr, l’impact est énorme sur la saison touristique et bien des entreprises sont en difficulté. La page va être difficile à tourner !
Huguette Maillefaud, conseillère municipale, signale que les élus ont annulé la Vogue de Châtillon (commune non touchée par les feux) par solidarité avec Die, Aurel, Barsac, Montmaur et Barnave. Quant à la présidente du CP de Die, Agnès Tartier-Coutenet, elle s’interroge sur la manière dont l’Église pourrait mieux se mobiliser à l’avenir pour accompagner de telles situations (à même de se reproduire !).
