Le carré protestant de Nîmes, un lieu d’ouverture et de dialogue

Samedi 6 juin à 11 h l’orgue du Petit Temple de Nîmes se réveille après de longs travaux. Le Carré protestant est devenu la pierre angulaire de l’ouverture sur et à la cité de l’Église protestante unie de Nîmes. À cette occasion, les membres du conseil presbytéral et les pasteurs ont rencontrés votre magazine.

À deux pas de la Maison Carrée, le Petit Temple achève sa métamorphose. Sa restauration constitue la pierre angulaire d’un projet plus vaste : le Carré protestant. Derrière ce nom se dessine une ambition qui dépasse la rénovation d’un monument historique. L’Église protestante unie de Nîmes veut faire de cet ensemble un lieu où patrimoine, culture, foi et dialogue avec la cité se rencontrent. Une nouvelle étape s’ouvre pour un édifice qui accompagne l’histoire protestante nîmoise depuis plus de deux siècles.  

 

© Carré protestant
L’impressionnante forêt d’échafaudages

D’un chantier à une vision

 

À première vue, il ne s’agissait que de sauver un bâtiment vieillissant. Comme beaucoup d’édifices anciens, le Petit Temple avait besoin d’une restauration profonde pour assurer sa pérennité. Mais très vite, la réflexion a dépassé le simple cadre patrimonial.

 

Le conseil presbytéral de l’Église protestante unie de Nîmes a choisi de faire de cette nécessité une opportunité. Pourquoi restaurer un lieu sans s’interroger sur sa vocation pour les décennies à venir ? Comment transmettre un héritage sans lui permettre de continuer à vivre ?

 

C’est de cette réflexion qu’est né le Carré protestant. L’idée consiste à relier le Petit Temple à la Maison du protestantisme afin de créer un ensemble cohérent, ouvert sur la ville et capable d’accueillir aussi bien la vie de l’Église que des manifestations culturelles, artistiques ou associatives.

 

Le nom lui-même est un clin d’œil à son implantation, au cœur du centre historique, entre la Maison Carrée et Carré d’Art. Il exprime aussi une volonté : inscrire pleinement la présence protestante dans le paysage culturel nîmois, « la petite Genève du Languedoc ».

 

© NB
Un premier temps de reconnaissance le 6 juin, avant l’inauguration officielle

Un lieu chargé d’histoire

 

L’histoire du Petit Temple raconte à elle seule une partie de celle du protestantisme français.

 

L’édifice n’a pas été construit comme temple. Il est d’abord la chapelle du couvent des Ursulines, élevée entre 1714 et 1718, à une époque où le protestantisme demeure interdit après la révocation de l’édit de Nantes. Les Ursulines participent alors à la politique de reconquête catholique menée dans une ville profondément marquée par la Réforme.

 

La Révolution française change profondément le destin du bâtiment. Saisi comme bien national, il est acquis par un notable favorable aux réformés, qui permet à la communauté protestante d’y célébrer à nouveau le culte. Au début du xixᵉ siècle, l’ancienne chapelle devient officiellement le « Petit Temple », en référence au prestigieux temple de la Calade disparu après 1685. Depuis lors, il accompagne sans interruption la vie spirituelle de générations de protestants nîmois. 

 

Cette histoire explique l’attachement particulier des fidèles à ce lieu, inscrit au titre des monuments historiques et considéré comme l’un des symboles du protestantisme nîmois.

 

© Carré protestant
Un nouvel espace modulable avec des chaises confortables

Restaurer sans figer

 

La restauration engagée ne consiste pas à remettre le bâtiment dans son état d’origine. Elle cherche plutôt à lui permettre de poursuivre sa mission.

 

L’investissement, évalué à près de 1,5 million d’euros, a mobilisé l’État, la direction régionale des affaires culturelles, la ville de Nîmes, des fondations, des mécènes et de nombreux donateurs. 

 

À l’intérieur, le temple a été profondément modernisé : chauffage au sol, mobilier modulable, amélioration de l’acoustique, éclairage, équipements audiovisuels de dernière génération et meilleure accessibilité. Les choix architecturaux ont cherché à respecter la sobriété protestante tout en offrant le confort attendu d’un lieu recevant du public.

 

Le chantier a également réservé une surprise patrimoniale avec la découverte d’une fresque ancienne, mise au jour pendant les travaux, qui viendra enrichir la connaissance historique du site.

 

© Carré protestant
La nouvelle porte qui ouvre l’espace sur la cité

Une Église ouverte sur la cité

 

Le Carré protestant traduit une conviction : une Église n’existe pas seulement pour elle-même.

 

Les cultes continueront naturellement d’être célébrés au Petit Temple. Mais l’espace a été pensé pour accueillir aussi des conférences, concerts, expositions, rencontres littéraires, débats citoyens ou manifestations artistiques.

 

Cette polyvalence ne constitue pas une rupture avec l’identité protestante. Elle s’inscrit au contraire dans une tradition où la lecture, la culture, le débat et la formation occupent une place essentielle. Le Carré protestant souhaite devenir un lieu où chacun puisse entrer, croyant ou non, pour découvrir un patrimoine, assister à une conférence, écouter un concert ou participer à un échange. 

 

À quelques mètres, la Maison du protestantisme poursuit sa mission d’accueil des associations, des œuvres, des groupes paroissiaux et des visiteurs. Ensemble, les deux bâtiments forment désormais un même ensemble au service de la vie ecclésiale et de la rencontre.

 

Une réponse aux défis d’aujourd’hui

 

À l’heure où de nombreuses Églises s’interrogent sur l’avenir de leur patrimoine, le Carré protestant propose une autre manière d’habiter les lieux.

 

Plutôt que de préserver un monument comme un simple témoin du passé, le projet entend lui donner une fonction contemporaine. Il ne s’agit pas de transformer un temple en salle de spectacle, mais de permettre à un lieu de culte d’accueillir toutes les formes de dialogue compatibles avec sa vocation.

 

Dans une société où les occasions de rencontre se raréfient parfois, les responsables du projet espèrent faire du Carré protestant un espace de fraternité, d’écoute et de réflexion, fidèle aux valeurs d’ouverture qui caractérisent le protestantisme.

 

Une nouvelle page

 

L’ouverture progressive du Carré protestant en 2026 ne marque pas l’aboutissement d’un chantier, mais le début d’une nouvelle aventure. Le bâtiment restauré devra désormais trouver son rythme, accueillir des publics variés, faire dialoguer patrimoine et création contemporaine, mémoire et espérance.

 

Au cœur de Nîmes, le Petit Temple continuera ainsi d’être ce qu’il est devenu depuis plus de deux cents ans : un lieu où une communauté célèbre sa foi. Mais il a désormais l’ambition d’être aussi un lieu où la ville tout entière peut venir rencontrer une histoire, une culture et une parole.

 

Car si les pierres ont retrouvé leur éclat, c’est bien la vie qui leur donnera tout leur sens.

#Cévennes-Languedoc-Roussillon #Nîmes
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