Précisément, le christianisme a été accusé de se trouver à la racine même de la crise écologique actuelle. Le reproche tient en deux formules : « anthropocentrisme » et « désacralisation du monde ». Par anthropocentrisme, on entend la conviction que l’homme est le couronnement, le centre et le point de convergence du monde. Par conséquent, tout ce que le monde recèle a pour but de servir les projets de l’humanité. De plus, le christianisme a dédivinisé la nature et a procédé à un véritable désenchantement du monde. La nature constitue un don offert à la connaissance et au travail de l’être humain et non plus un espace habité de forces mystérieuses qui fascinent et font trembler.
Otto Schaefer, notamment dans son dernier ouvrage, La grâce du végétal, Labor et Fides, 2023, rappelle la nécessaire interdépendance qui lie l’être humain et les plantes ; ces dernières sont pourvoyeuses de vie à plus d’un titre et elles disent ainsi quelque chose de l’identité profonde de la créature humaine. Mais ce n’est pas tout : le charme et la beauté du végétal –manifestations gratuites et pourtant nécessaires de la création- expriment un aspect trop souvent négligé de la grâce de Dieu. Otto Schaefer renoue avec les grands courants de pensée qui ne s’enferment pas dans ces modèles rationalistes réduisant la nature à n’être qu’un univers des corps gouvernés par les lois d’une implacable mécanique. N’est-il pas temps de récuser cette vision des choses qui veut que l’homme s’affirme en se créant arbitrairement et se crée en dominant le monde et ses semblables ? L’esprit humain peut-il se caractériser autrement que par l’opposition ? N’y aurait-il pas une parenté à redécouvrir entre la nature et l’activité de l’homme qui impliquerait une idée de mesure et de respect ? Les chrétiens ne sont pas loin de devoir rouvrir le dossier de la théologie naturelle qui propose de connaître Dieu à partir de l’expérience du monde créé ; cette théologie naturelle a été négligée, voire combattue par tout un pan du protestantisme. Le rapport à la nature peut être autre chose qu’un rapport de force et qu’un comportement agonistique (terme qui désigne l’ensemble des conduites liées aux confrontations et aux rivalités).
Otto Schaefer ne pouvait trouver texte biblique plus éloquent que la fable des arbres de Yotam, dans le livre des Juges, au chapitre 9, qui dénonce les procédés d’un petit despote arriviste, ambitieux, sans foi ni conscience –bref, un buisson d’épines inutile, improductif et qui blesse tous ceux qui se risquent à l’approcher. Les arbres les plus utiles et les plus beaux se refusent à entrer dans la voie de la compétition et du pouvoir –voie choisie par les plus mauvais et le moins qualifiés- ils se contentent de donner toute la mesure de leurs qualités dans le souci du bien commun. L’être humain se voit en conséquence questionné sur les motivations profondes de son action. Son but est-il de s’imposer au risque de dévaster son environnement social et naturel ou d’agir à sa juste place en contribuant ainsi à conduire tout être et toute chose à son accomplissement ultime ?
Otto Schaefer renoue avec les grands courants de pensée qui ne s’enferment pas dans ces modèles rationalistes réduisant la nature à n’être qu’un univers des corps gouvernés par les lois d’une implacable mécanique.
