De lumière en lumière, le temps de l’Avent nous prépare à Noël © Laure Nyhuis/unsplash
L’affirmation dissimule mal une gêne persistante. Les pasteurs renouvellent les recommandations qu’ils ont retenues de leur enseignement liturgique : Noël, l’Epiphanie, l’Avent sont d’apparition relativement récente dans l’Église ; le cycle de Noël s’est constitué davantage sous la pression des circonstances que d’un propos délibéré. Jugez-en plutôt : on cite en vrac la volonté de christianiser les rites du solstice d’hiver (la fête du « Soleil invaincu »), la reprise de vieilles coutumes païennes, l’usage de plantes telles que le buis, le genévrier et le sapin, dont la verdure persistante symbolise l’immortalité. Relevons aussi la vénération séculaire des arbres.
Des traces écrites du XVIe siècle évoquent le sapin de Noël qui décore les maisons alsaciennes. Le sentiment d’une sourde mauvaise conscience surgit même à la vue des couronnes de l’Avent qui n’auraient jamais dû quitter le foyer domestique. Que faire pour bien faire ?
Il est donc nécessaire de tirer un bilan historique de la situation. Très tôt dans l’histoire de l’Église, les chrétiens éprouvent le besoin de fêter la manifestation (l’Épiphanie) du Christ ; c’est d’abord la date du 6 janvier qui est retenue, en relation, notamment, avec l’allongement des jours ; elle est consacrée au baptême de Jésus. On y associe petit à petit la commémoration de sa naissance. Ephrem, Père de l’Église qui vit au IVe siècle, décrit cette fête nocturne comme la plus sublime de toutes les fêtes : en ce jour chaque maison est ornée de couronnes et chacun fête cette « nuit qui donna la paix à l’univers » avec la mention bien évidemment de l’étoile. L’image de la lumière manifestée en Christ afin de dissiper les ténèbres est ainsi déployée rituellement. L’élément primordial est la pensée qui préside à cette fête de la « manifestation » et non la date ; c’est ainsi qu’on a pu modifier la date de la nativité en Occident en la déplaçant au 25 décembre, pour détrôner la fête du dieu solaire dont la course s’élève à nouveau.
Une synthèse s’est opérée entre le christianisme et des éléments porteurs de sens contenu dans le paganisme : qu’on le déplore ou non, le fait est avéré. Cette logique s’est poursuivie dans l’arbre de Noël qui figure l’arbre du Paradis lors des jeux de mystères du Moyen Age dans la nuit sainte, en ouverture de la fête de Noël. De vieux cantiques, encore chantés de nos jours, sont inspirés par la joie que procure le retour à l’état paradisiaque : les portes du jardin sont à nouveau ouvertes. L’arbre de ce fait est décoré de pommes, d’hosties et de roses de papier qui évoquent le rameau d’Isaï qui refleurit au cœur de l’hiver. Nul besoin de poursuivre la démonstration…
Tout doit être mis en place pour se préparer à cette visite illuminatrice et révélatrice de Dieu. Le vieux vocable païen d’adventus désigne d’ailleurs la première visite officielle d’un personnage important lors de son avènement ou de son entrée en charge.
Nos rites, maladroits et mal dégrossis, forcément exposés à la critique dévastatrice des censeurs, traduisent les différents états d’âme d’une conscience saisie par cette visite du ciel qui fait frémir d’enthousiasme une humanité en attente.
Seule cette attente réceptive peut faire naître le Christ en nous ; alors nous pourrons orner nos demeures, et peut-être même nos temples, et les revêtir d’habits de lumière, afin de croître de de parvenir à la stature parfaite du Christ
