A la différence des précédents synodes consacrés à des thèmes dont la préparation et l’impact ne cessent d’avoir des retentissements, « La bénédiction », « La Déclaration de foi de l’Eglise protestante unie de France », le synode régional de Merville, au cours duquel aucune « grande » décision n’était à prendre, a fait figure d’étape. Comme s’il avait été une manière de se poser, de s’approprier des textes, de discuter gratuitement, de se retrouver en fraternité, de vivre un temps d’Eglise. Cet emploi du temps loin d’être surchargé n’en a pas moins été l’occasion de quelques moments forts dont voici une sélection subjective et largement incomplète.
Une nouvelle traduction pour le Notre Père
Depuis 1966, les chrétiens de France disent tous ensemble la même version de la prière de Jésus, le Notre Père. Une nouvelle traduction est entrée en vigueur dans l’Eglise catholique le 3 décembre dernier, un changement que le synode national de l’EPUdF a approuvé en mai 2016. Désormais au lieu de « Ne nous soumets pas à la tentation », il sera dit : « Ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Dans son exposé introductif, le pasteur Yves Noyer a fortement insisté sur la dimension oecuménique du Notre Père de son début jusqu’à sa fin : « Il concerne tous les chrétiens puisque nous sommes appelés à le prier et à le dire tous ensemble en nous adresse, toutes Eglises confondues à « Notre Père ». Cette prière est elle-même articulée avec le Sermon sur la montagne qui lui-même invite à la prière. Elle nous oblige les uns envers les autres, elle nous invite à prier pour tous ceux qui ne peuvent plus prier, elle nous tourne vers l’oikoumene, toute la terre habitée, elle nous met en relation avec des frères et des soeurs. »
Pour ce qui concerne la demande modifiée, aucune version française n’est jamais arrivée à en traduire exactement le sens, mais cette dernière, sans être la seule possible, est meilleure que l’ancienne qui « sous-tendait que c’était Dieu lui-même qui nous induisait en tentation. » Or, ajoutait le pasteur Yves Noyer, « nous sommes en quelque sorte protégés par ce Père qui a déjà donné la victoire sur la tentation et en même temps, nous sommes toujours appelés à prier pour résister à la tentation. »
Responsable des relations oecuméniques à la Fédération protestante de France (FPF), le pasteur Jane Stranz soulignait que l’Eglise catholique n’avait jamais cherché à imposer une nouvelle traduction aux autres Eglises et qu’en l’occurence, la FPF n’avait pas vraiment été à la hauteur de la consultation ouverte. Pas question néanmoins de se montrer rétif ou de s’inquiéter trop du chevauchement des formules dans les communautés « ne nous induis pas en tentation ; ne nous soumets pas ; ne nous laisse pas entrer ». Tout un travail d’explication s’impose pour retracer la genèse et les raisons d’un tel changement, l’important, ainsi que le soulignaient plusieurs, étant qu’au-delà des formulations, le Notre Père soit prié ensemble.
Lire la Bible
Récemment chargé par le conseil régional du projet « Lire la Bible », le pasteur Volker Krönert a expliqué quel allait être son programme de travail : tout d’abord réaliser un sondage auprès des communautés locales pour connaître l’état des lieux, mais aussi les attentes, les propositions. A partir des réponses, mais aussi à partir de ses propres idées, il proposera au printemps 2018 aux paroisses un programme d’interventions. Dans la lignée de cette intervention, Corinne Lanoir, professeur d’Ancien Testament à l’IPT Paris a insisté sur le fait que « la lecture de la Bible était un enjeu essentiel pour les années à venir. Quel statut donne-t-on au texte ? Comment l’utilise-t-on dans les débats ? » Le pasteur Jan Albert Roetman a quant à lui parlé d’une expérience menée à Lille : la lecture d’une épître (1 Jean, Tite par exemple) dans son intégralité, puis le partage de ce que l’on a reçu. « C’est simple, à la portée de tous et très enrichissant. »
Être Eglise
Les organisateurs, Mireille Richez, André Piazza et les pasteurs Richard Tauffer, Basile Zouma et Pascal Geoffroy sont revenus sur le week-end régional de formation des 14 et 15 octobre à Merville-Franceville. « Il y avait 130 adultes et 14 enfants dont la prise en charge a été très appréciée. » Ce temps dont l’accent prioritaire portait sur la mission de l’Eglise a permis à certains de sortir de leur solitude paroissiale. « De nombreux témoignages de reconnaissance nous sont parvenus de personnes qui y ont retrouvé l’élan du service. » Membre de l’équipe régionale de catéchèse, Mireille Fels soulignait qu’il s’est agi « d’un moment d’Eglise comme on aimerait en vivre plus souvent », tout en s’interrogeant : « la catéchèse ne serait-elle réservée qu’aux femmes ? » De son côté, Etienne Fels évoquait « un véritable temps d’Eglise, très différent d’une formation professionnelle. » Quelles en seront les suites ? Les premières appartiennent aux participants, appelés à rendre compte de ce qu’ils ont vécu. Les autres seront de l’ordre de mission venu du conseil régional.
Des voeux
Possibilité hors ordre du jour de faire entendre une parole, 7 voeux ont été votés. Le premier, très reconnaissant sur l’accueil des enfants lors du week-end de formation a appelé le conseil régional « à réfléchir à l’organisation systématique d’une garderie/espace enfants à l’occasion des synodes. » Très sensibilisé à la nécessité de répondre à l’urgence climatique et à la sauvegarde de la création, le synode s’est prononcé sur la mise à l’ordre du jour rapide d’un synode national sur ces questions, tout en appelant les paroisses à s’en saisir elles-mêmes sans attendre dans leur réflexion et dans leur gestion mobilière et immobilière.
Il a été aussi question dans le voeu n°5 des possibilités de mutualisation au niveau national d’un certain nombre de tâches très chronophages telles que la saisie comptable, la révision des comptes ou la négociation de contrats EdF ou autres. Les synodaux se sont également très vigoureusement élevés contre l’ampleur de l’évasion fiscale et les nécessités pour les autorités du pays « de poursuivre une politique volontariste de lutte contre l’évasion fiscale », de même qu’ils sont revenus sur la vente de migrants subsaharienne comme esclaves, « demandant au Conseil national de l’EPUdF d’interpeller les autorités compétentes de notre pays à agir en amont pour mettre fin à cette horreur. »
A noter enfin qu’il est possible de retrouver en intégralité sur le site de l’Eglise protestante unie Nord-Normandie le cahier post-synodal. Vous pouvez y découvrir le merveilleux conte-message du président du conseil régional avec son héroïne Alphonsine, les voeux et décisions ainsi que la conférence de Corinne Lanoir sur « L’Eglise événement communautaire »
