Les protestants en Polynésie

Christiane Vernier, de l’Église protestante unie d’Angoulême et Nord-Charente, est partie en Polynésie française en septembre à la rencontre des protestants. Elle nous fait part de ses impressions.

Plongée pour presque quatre semaines à 17 000 km de la France, le dépaysement est total. Cent dix-huit îles forment la Polynésie française dont la plus importante est Tahiti. Ce ne sont que des sommets émergés de volcans édifiés à partir du fond de l’océan et qui sont aujourd’hui éteints. La végétation luxuriante est exceptionnelle, le lagon, grâce à la protection du récif-barrière, présente des eaux calmes et peu profondes où dominent des teintes allant du bleu profond aux diverses tonalités de verts, des parfums, des couleurs et des sourires sur tous les visages. J’ai eu aussi l’occasion d’aller sur l’île Tahaa, située à 220 km de Tahiti et rattachée à Raiatea par son lagon. Cette île en forme de fleurs et entourée de minuscules motus (petits îlots) aux plages lumineuses et au sable blanc et fin. On l’appelle aussi l’île de la vanille. Un savoir-faire artistique est nécessaire pour cultiver cette épice exquise.

 

L’arrivée des missionnaires

 

Dès 1797, le 5 mars les missionnaires de la London Missionnary Society arrivent à Tahiti. Des styles musicaux polynésiens élaborés par le biais des chants chrétiens voient le jour et s’installent au cœur des habitudes culturelles. Le protestantisme est aujourd’hui florissant et articule langue de Molière et langues locales (tahitien entre autres). Il y a environ 15 000 protestants en Polynésie répartis sur les îles sous le vent, les îles australes et Tahiti. La majorité se rattache à l’Église protestante maohi. Cette Église est de confession réformée (calviniste). Elle est autonome depuis 1963, et a pris son nom actuel en 2004 (avant elle s’appelait Église évangélique). Les femmes aujourd’hui peuvent y être pasteures depuis une décision synodale de 1995. L’Église protestante maohi a su prospérer, danser et rayonner sous les cocotiers du pacifique sud. Une religion venue d’ailleurs, mais adoptée par les Tahitiens et transformée jusqu’à en faire une religion spécifiquement maohi. Les Himene (hymne) en sont la plus belle marque. Il suffit de faire le tour d’une île pour s’apercevoir que les missionnaires ont eu à cœur de s’installer sur le territoire maohi ! Partout… partout des églises adventistes, témoins de Jehova… Des grandes, des petites, des baroques, des coloniales. Impossible de sous-estimer l’impact de l’établissement de la chrétienté sur la société maohi. Pendant plus d’un millier d’années, les insulaires vénérèrent leurs dieux maohi. En tête, Taaroa, le créateur du monde, suivi par des dieux secondaires, mais néanmoins importants, tel Oro, le dieu de la guerre, ou Tané, le dieu de la beauté. Les anciens respectaient les « Tupapau », les esprits (Mana) des choses ou des revenants… tout un culte qui rythmait leur vie. Les missionnaires anglais puis français les font renoncer à leurs idoles. Ils changent leurs mœurs.

 

Le culte aujourd’hui

 

Le temple de Paofai est le plus important des édifices protestants de l’île de Tahiti. L’ancien temple devenu trop petit, un nouveau est édifié en 1981. À l’office du dimanche, l’on entend des hymnes magnifiques qui pénètrent d’émotion. Ces fidèles sont vêtus de leurs habits du dimanche : robes blanches pour les femmes, coiffées de magnifiques chapeaux en fibres végétales.
Cutle en tahitien à l’église de Paofai © Christiane Vernier

 

Les hommes sont vêtus de leurs plus beaux costumes. Vous aurez du mal à comprendre, car la langue est le tahitien.
Le temple protestant de Béthel, implanté aussi à Papetee, fut longtemps la paroisse des étrangers, anglais puis français, il fut créé en 1819 afin d’organiser un culte en langue anglaise. Cette paroisse fut prise en charge à partir de 1886 par des missionnaires français. Béthel est aujourd’hui essentiellement composée de Français et de Maohis. On peut donc assister au culte en langue française, il suit l’ordre liturgique de notre Église.
L’arrivée du centre d’essai atomique à Mururoa a apporté des changements profonds dans la vie du territoire. L’Église a été amenée à intervenir officiellement pour la défense des terres, de l’environnement et le maintien de l’identité maohi.

 

Les diaconesses de Reuilly

 

La communauté est présente en Polynésie. Des sœurs ont œuvré en tant qu’infirmières et diaconesses à la léproserie de Orofara à Tahiti. Depuis 1992, des sœurs sont installées à Punarea. Les sœurs Suzel et Thérésa, avec les amis Coco et Corinne Chang, ont commencé cette belle aventure de « construction et d’engagement ». Elles ont dû quitter Tahiti, quitter les fonctions occupées par chacune ; le service de comptabilité pour l’une, la direction du Foyer des jeunes filles de Paofai pour l’autre et la responsabilité de la librairie de l’Église protestante maohi. L’aventure de « construction et d’engagement » a donc commencé par un « quitter » ; elles ont été soutenues et accompagnées par l’Église protestante maohi et la communauté en métropole. La situation géographique de Punarea est tout à fait idéale ; éloignée de la société de consommation, elle est plongée dans un environnement végétal luxuriant et verdoyant qui demande de l’énergie et pose l’humain face à cette nature et à lui-même. La communauté des sœurs de Punarea a créé un lieu d’accueil, de prière qui s’exprime par l’espace et le temps accordés à l’humain, un lieu qui fait aller à l’essentiel, juste à recevoir tout simplement. La communauté est ancrée depuis toujours dans l’Église protestante maohi, ce que confirme le pasteur Maraea Taarii président de l’Église protestante : « … dans l’Église, vous avez une place bien particulière, vous êtes à la frontière ».

 

L’école pastorale

 

« Terereatau », ce nom donné pour la nouvelle école pastorale rappelle que durant 202 ans elle s’est déplacée d’île en île et en particulier, elle est restée de longues années à Tahiti (1927 à 2015). Des missionnaires français ont mis en place cette école. Plusieurs évangélistes et pasteurs autochtones ont été formés, puis envoyés en mission en tant qu’ambassadeurs du Christ, partout dans les îles du Pacifique. L’école pastorale a été dirigée notamment par le pasteur Charles Vernier de 1937 à 1951.
Chapelle de l’école pastorale © Critstiane Vernier

 

À partir de 1973, des responsables maohi ont pris le relais jusqu’en 2015, qui fut la dernière année de l’école à Hermon (Papetee). Suite à une décision synodale, l’école s’est installée sur l’île de Tahaa et a été inaugurée en 2016. Ce centre à Hürëpiti rassemble en un même lieu l’école pour la formation des théologiens et des responsables de l’Église, l’université de l’agriculture et de la pêche. C’est un environnement de paix avec les ressources de la terre, du ciel et de l’eau. Six bâtiments ont été construits pour héberger les élèves pasteurs et leur famille ainsi que les professeurs, deux maisons pour les cours, une bibliothèque et une chapelle. Le cycle d’études est de quatre ans. La grandeur de l’œuvre témoigne de la foi du peuple qui s’est levé pour répondre à son Seigneur. Le Conseil supérieur exhorte les élèves pasteurs à vivre pleinement leur période de formation pour qu’ils deviennent des responsables capables de conduire le peuple dans la vie, le bonheur et la paix.

 

© Christiane Vernier

 

Culte en tahitien à l’église de Paofai

 

L’église protestante réformée de Tahaa © Christiane Vernier

 

 

 

 

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