Le wokisme, réveil ou menace ?

Ce verbe irrégulier (wake, woke, woken, éveiller), nous l’avons appris sans savoir qu’à notre majorité il deviendrait une source intarissable de conflit dans le débat philosophico-politique.

Ceux qui n’aiment pas le concept disent, comme Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale, qu’il divise et qu’il est une menace pour l’unité républicaine. D’autres l’aiment bien.

 

Se réveiller…

 

Quoi de plus mobilisateur que de se réveiller ? Chez nous, chrétiens, on parle de réveil pour dire des périodes de l’histoire où la foi prend un nouvel élan. Notre « À Toi la gloire » a été écrit dans ce mouvement et se réveiller, c’est aussi ressusciter.

 

Alors, revenons aux sources. Martin Luther King, dans une prédication de 1965, disait aux étudiants de l’université Oberlin (dans l’Ohio) de rester « éveillés » « pendant la grande révolution » et d’« être une génération engagée ». Et le mot a rebondi plus tard avec le mouvement Black Lives Matter et le meurtre de George Floyd.

 

Définition du Petit Robert de la langue française : « wokisme [wokism] : nom masculin, 2020, de woke anglicisme (souvent péjoratif). Courant de pensée d’origine américaine qui dénonce les injustices et discriminations ; mouvement, pensée woke ».

 

Quand Blake Lives Matter relance le wokisme (© Pixabay)

 

 

 

… et faire bouger les choses

 

Les termes « woke » et « wokisme » sont donc péjoratifs, dit Le Robert. Forcément, il sont principalement utilisés par les détracteurs de ce mouvement de réveil. La droite conservatrice a fait du woke sa tête de turc. Quand on est woke, on se réveille, on veut faire bouger les choses. Être woke, c’est reconnaître qu’on a au fond de nous un vieux fond raciste et xénophobe, que les hommes mâles sont un peu quelque part machistes, qu’hommes et femmes hétéro-genrés ont un côté homophobe, qu’il y a au fond de nous des restes de colonialisme, que face au réchauffement climatique on a des difficultés à changer de comportement et qu’on partira quand même en vacances en avion à l’autre bout du monde1. Le reconnaître, c’est déjà se réveiller dans une confession qui augure d’une conversion en profondeur.

 

Je suis woke et fier de l’être !

 

 

 

  1. « De même que le péril politique actuel tient plus à la percée de l’extrême droite populiste et raciste qu’à l’émergence d’un wokisme largement fantasmatique, le péril environnemental a moins à voir avec l’activisme irrationnel d’une jeunesse éco-anxieuse qu’avec l’incurie de nos élites.»  (Stéphane Foucard, Le Monde, 9 juillet 2022)

 

 

 

Totalement absent du débat public français il y a quelques années, le terme « woke » a fait irruption dans le débat politique et médiatique à l’automne 2021.

 

En octobre, Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale, lance un groupe de réflexion dont l’un des principaux combats est de lutter contre « la culture woke ».

 

Un mois avant, Anne Hidalgo, candidate PS à la présidentielle, déclarait : « Je ne ferai pas campagne sur le “wokisme”, une vision à l’opposé de la mienne et de l’histoire de France. »  Tandis que Nicolas Dupont-Aignan, député et candidat à la présidentielle, parlait de « dérives de l’idéologie “woke”. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe, lors de l’annonce de son nouveau parti, en octobre 2021, a quant à lui dit clairement : « Le wokisme, la cancel culture et tout le tintouin peut vous tomber dessus en vous disant : vous n’avez pas le droit de dire ça. »

 

 

 

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