Le temps d’un week-end, paroissiens et visiteurs ont pu tout d’abord redécouvrir l’étonnante histoire des vaudois, ce « Peuple-Église » héritier d’un renouveau spirituel né au xiie siècle sous l’impulsion de Pierre Valdo et de ses compagnons. Désireux de vivre leur foi dans la simplicité et la pauvreté en conformité avec le message de l’Évangile, ces croyants revendiquaient pour tout chrétien, homme ou femme, clerc ou simple fidèle, le droit de lire la Bible et de prêcher.
L’exposition installée dans les locaux de la rue Villars retraçait l’histoire de leur résistance opiniâtre. Les vaudois ont maintenu leur foi vivante en dépit des procès de l’Inquisition et de ses bûchers, des massacres collectifs comme ceux du Luberon en 1545, de l’exil vers des pays de refuge ou encore de la contrainte d’une vie communautaire recluse dans les vallées alpines du Piémont italien jusqu’en 1848.
© H. Rostan
Inauguration de l’exposition « La tragédie vaudoise en Luberon au xvie siècle », le 17 septembre au temple d’Aix.
Résistance des vaudois
Le pasteur Roberto Beltrami, dont les ancêtres fuyant les persécutions ont implanté une communauté vaudoise en Uruguay, a évoqué cet esprit d’engagement et de résistance hérité de l’histoire et qui n’a rien perdu de son actualité. Ayant adhéré à la Réforme en 1532, l’Église protestante valdo-méthodiste d’Italie n’hésite pas à poser des actes à la portée plus que symboliques. Ainsi a-t-elle choisi d’œuvrer dans le domaine social et éducatif en Sicile pour offrir une alternative à l’emprise de la Mafia. Soucieuse de son indépendance vis-à-vis de l’État, elle a décidé de consacrer la totalité des financements publics qui lui étaient attribués non pas au fonctionnement interne mais aux actions diaconales.
Madame Mireille Provansal, engagée de longue date dans le groupe local de la Cimade, a présenté son livre Du ghetto au maquis, une chronique familiale retraçant l’histoire de ses ancêtres juifs, du ghetto de Metz au XVIIIe siècle à l’émancipation offerte par la Révolution et à l’installation définitive de ses grands-parents à Nice en 1920… Le récit se poursuit par l’entre-deux-guerres, époque qui voit la montée des fascismes en Europe et se développer un contexte de racisme et d’antisémitisme toujours plus violent. Le grand-père de Mireille, Jean, décide alors d’entrer en résistance et organise le maquis de l’Ubaye. Arrêté, il sera fusillé à la veille de la libération, le 30 juillet 1944, dans la haute vallée de la Bléone.
Un spectacle jubilatoire
Jean-Marie Perinetti nous a entrainé au Grand écart avec son spectacle jubilatoire La Révocation de Lady de Nantes. L’acteur incarnant à lui seul tous les rôles avec un incroyable talent, met en scène un groupe de jeunes adolescents aux origines sociales, culturelles et religieuses les plus variées. Alors que l’histoire du protestantisme leur est totalement étrangère, la création d’une animation théâtrale – destinée à rappeler aux visiteurs du château de Fontainebleau l’acte par lequel Louis XIV avait révoqué l’Édit de Nantes en 1685 – va susciter débats, interpellations réciproques et jugements à l’emporte-pièce chargés des clichés véhiculés par la société contemporaine. Ce témoignage qui déplace et bouleverse vient questionner notre aptitude à convertir notre regard et faire siens les mots de l’auteur : « C’est bien beau de parler de tolérance, encore faut-il la faire ! Encore faut-il la vivre ! Quitte à faire le grand écart… Pour apprendre à dire nous. Pas eux, ni elles, ni ils… Nous ! »
