Baptême d’Emmanuel en 2017 © DR
Emmanuel est né en Iran il y a presque quarante ans, au sein d’une famille musulmane. Mais, au moment de son service militaire, la lecture de certains passages violents du Coran finit par le détourner de toute religion. Un jour, un ami arménien, chrétien, lui apporte une petite bible. Nous sommes fin 2013 et il commence à la lire. « J’ai ouvert la Bible et lu le livre de la Genèse. Ma première question a été “pourquoi est-on là, sur la Terre ?”, témoigne-t-il. Puis je suis allé dans le Nouveau Testament. Ma deuxième question fut : où est Dieu ? Après quelques mois, j’ai choisi de donner mon cœur à Jésus. »
Emmanuel cherche ensuite à se faire baptiser. C’est trop risqué en Iran, alors il se rend à trois reprises aux Pays-Bas, où il a des amis chrétiens. Mais, la troisième fois, il ne peut rentrer dans son pays car les autorités ont trouvé des preuves de sa conversion au christianisme… Il se rend en Allemagne, puis en France. Transi de froid à Paris, il gagne rapidement Nice, suivant le conseil de ses amis ! C’est ensuite par des familles d’accueil du réseau Welcome qu’il entre en contact avec l’Église protestante unie de Vence.
« J’ai compris que c’était une Église ouverte sur le monde, explique-t-il. C’est pour cela que j’ai choisi l’Église protestante unie. » En octobre 2017, il est baptisé à Vence par le pasteur Christian Barbéry. Il s’y investit au point d’être aujourd’hui membre du conseil presbytéral et délégué au synode régional de son Église locale. Parallèlement, il reconstruit sa vie en France. Emmanuel obtient le statut de réfugié fin 2019 et occupe aujourd’hui un emploi stable dans le secteur de la grande distribution. En 2023, en Géorgie, il s’est marié avec une Iranienne, qui a pu le rejoindre à Nice l’année dernière. Il est heureux mais il s’inquiète pour sa famille restée en Iran. Ce qu’Emmanuel espère pour son pays, c’est la démocratie, enfin.
Un conte spirituel
J’étais une personne riche, avec une belle maison et des voitures de luxe. Je faisais le tour des fêtes, avec toujours beaucoup de filles autour de moi. Cela a duré des années et puis, un jour, j’en ai eu marre.
Dans un garage, je vois alors une 2CV qui me donne envie d’aller faire un tour. C’est une voiture magique, qui s’allume toute seule dès que tu penses à elle. Elle s’allume donc mais le garage est plein de déchets et elle ne peut en sortir. J’enlève les déchets pour lui faire un chemin. Nous sortons mais, cette fois-ci, ce n’est pas moi mais elle qui conduit. Je suis un passager, sur le côté, et je peux beaucoup mieux voir ce qu’il y a autour de nous. Cette 2CV ne m’emmène pas au casino mais se dirige vers les montagnes. Elle traverse de petits villages où je rencontre des gens que je ne pouvais pas rencontrer avant et qui me montrent une autre façon de vivre. C’est là que j’apprends ce qu’est vraiment l’amour. Cette 2CV joue le rôle de Jésus. Ses phares sont comme le Saint-Esprit qui illumine notre chemin.
Nous finissons par arriver devant une rivière. La 2CV veut passer, bien qu’il y ait un pont un kilomètre plus loin. Il est très dangereux de traverser une rivière en voiture, on risque d’être emporté par le courant. Alors je prends peur. Je peux décider de descendre de la voiture ou d’y rester. Je choisis de faire confiance. Car quelque chose m’attend peut-être en face, dans la ville. Quelque chose que je risque de rater en passant par le pont. Cette chose, c’était mon mariage.
Emmanuel
© Lothar Spurzem – Wikimedia Commons
