« Nous vivons en un temps où la foi au Christ se trouve mise en danger principalement par ceux-là qui ont pour souci de la sauvegarder. Ils ont peur des changements touchant les attitudes établies au plan de la pensée et de la vie, ils tiennent les réformes pour des destructions et relégueraient volontiers le Christ dans une châsse d’or intouchable, et partant n’atteignant personne, immuable, et partant ne modifiant personne, ayant valeur éternelle et partant aussi éloigné qu’il est possible de notre réalité. »
Dorothee Sölle, Imagination et obéissance, 1968, p. 11-14.
Ces mots résument l’exigence de Sölle : refuser une foi « mise sous verre » et affronter le monde. Son christianisme est ouvert et engagé, ancré sur le terrain, et souvent très critique envers sa propre Église. Malgré des études brillantes en philologie, philosophie et théologie, et malgré une audience internationale, elle n’obtiendra pas de chaire en Allemagne et ne deviendra professeure honoris causa à Hambourg qu’en 1994.
Selon elle, le Christ appelle à une liberté qui oblige à chercher et oser son chemin dans chaque situation nouvelle : non l’obéissance, mais l’imagination. Le problème de la chrétienté serait d’être faite d’admirateurs plutôt que de disciples ; suivre le Christ est une forme sociale de la foi, ce qui la rapproche de Thomas Müntzer.
Politiquement, ses prises de position la situent résolument à gauche : pacifisme (contre la guerre au Viêtnam), féminisme, écologie, et influence de la théologie de la libération sud-américaine.
Dorothée Sölle
Sölle conteste le Dieu tout-puissant : elle dénonce le « Dieu s’occupera de tout ». Vivre en chrétien, c’est reconnaître un Dieu « dépendant » de l’homme et assumer une responsabilité collective.
Dans sa Confession de foi (1968), marquée par Bultmann, elle avertit contre le danger de se contenter de belles paroles et insiste sur notre responsabilité commune.
« L’avenir de notre terre sera ce que nous en ferons : soit une vallée de larmes, soit une cité de Dieu. »
Le péché est d’abord collectif et structurel ; il inclut ceux qui se taisent devant la misère, la souffrance, la guerre et l’injustice.
Sa théologie est née de l’histoire : issue de la haute bourgeoisie libérale, elle affronte la faillite de la génération de ses parents face au nazisme, et constate combien l’enseignement de l’histoire peut s’arrêter « avant » la Seconde Guerre mondiale. D’où, chez elle, le souci d’une parole crédible, en dialogue avec son temps.
La mystique devient alors une source d’énergie pour l’engagement. Dans Mystique et résistance, elle plaide pour une démocratisation de la mystique (non réservée à une élite) et étudie comment des mystiques, à travers les siècles, ont « résisté ».
Dans Vivre et travailler. Une théologie de la création (1984), Sölle déclare : « Nous ne sommes pas de simples récipients dans laquelle la grâce est versée ; au contraire, nous sommes des partenaires actifs d’un amour vivant. »
Son œcuménisme militant garde toute sa force. Sa conviction qu’une vie « qui ait du sens » est possible pour tous résonne aujourd’hui comme un appel, face à la violence, la guerre, l’injustice et la misère :
« Je crois en la possibilité d’une paix juste.
Je crois en la possibilité pour tous de mener une vie qui ait du sens.
Je crois à l’avenir de ce monde qui est le monde de Dieu. »

