Lundi 29 décembre, la Fédé des jeunes protestants (FFACE) a animé un jeu de piste, du Luxembourg à l’Oratoire du Louvre. Il se déroulait en 1591, à la fin des guerres de Religion. Cela n’a pas manqué de soulever des questions sur les réseaux sociaux : n’était-ce pas paradoxal d’évoquer cette période de déchirement à un rassemblement œcuménique ?
En janvier 1591, la capitale de la France est assiégée par son propre roi, Henri IV. Le roi précédent, Henri III, a été assassiné deux ans auparavant par un dominicain fanatique. La couronne est alors passée du dernier des Valois au premier des Bourbons, d’un roi catholique à un roi protestant. Henri IV ne s’est pas encore converti, il n’a pas été sacré ; la Ligue soulève les provinces et retient Paris confiné. Ils refusent qu’un « hérétique » règne sur la « fille aînée de l’Église ». Ils fantasment une France monolithique, qui a assimilé ou déporté les minorités. Ces « ultras » attisent la haine, raniment la guerre civile, souhaitent une épuration plus meurtrière encore que le massacre de la Saint-Barthélemy, il y a vingt ans.
De son côté, Henri IV rallie « sous son panache blanc » des huguenots et des catholiques « politiques » qui estiment que la paix et le droit priment sur les considérations religieuses. Le roi promet amnistie, tolérance et réconciliation. Chaque parti est soutenu militairement par des pays européens.
Jeu de piste géant sur Paris pendant la rencontre de Taizé
Dans le jeu de piste, nous étions une équipe de jeunes cachés dans Paris, membres des forces françaises de l’intérieur. La milice patrouillait dans les rues de Paris, terrorisant la population. Une société occulte, le Conseil des Seize, avait préparé une catastrophe environnementale pour accuser Henri IV d’empoisonnement, manipuler l’opinion et le discréditer définitivement. Pour déjouer le complot, il a fallu emprunter des souterrains et des passages secrets, déchiffrer des lettres cryptées, interpréter des blasons et des symboles ésotériques.
Une des épreuves pendant le jeu de piste
C’était en fait une réflexion sur les dérives religieuses du xxie siècle. Nos contemporains sont déboussolés par la modernité, l’individualisation des croyances, la sécularisation de la société, et opèrent un repli identitaire. Aux États-Unis, l’extrême-droite trumpiste instrumentalise le christianisme évangélique, comme le font en France les milliardaires Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré avec le catholicisme. Ils sont rétrogrades, nationalistes, climatosceptiques, antiféministes, homophobes, contre les mouvements de réduction des inégalités. Ils croient que la fin justifie les moyens, détruisent les valeurs de vérité et de justice. Ils se servent de la foi comme d’une carapace, qui enferme.
Face à eux, des chrétiens comme les frères de Taizé résistent. La foi est pour eux une colonne vertébrale qui redresse, permet d’aller vers l’autre, s’ouvrir au dialogue interculturel et interreligieux. Nous pensons qu’ils défendent ainsi le message des Évangiles. Jésus, le Christ, parlait et soignait les exclus de la société ; il a prêché un Dieu qui aime chacune et chacun sans condition et nous a invités à faire de même.
Livret de jeu à télécharger sur www.jeunesprotestants.fr/double-jeu-de-seine
