Le Foyer de l’Âme : « ici, on enseigne l’humanité »

C’est avec cette formule aussi riche de sens qu’annonciatrice d’un lieu de grand bouillonnement intellectuel, que nous sommes accueillis lorsque nous pénétrons dans ce temple parisien, haut lieu du libéralisme.

© DR

À l’aube du XXe siècle, la France est agitée par bien des débats politico-religieux. La situation du protestantisme français est celle d’une minorité profondément renouvelée et enrichie par les mouvements de Réveil, mais aussi d’une grande famille divisée. En effet, depuis le milieu du siècle, les courants libéraux et orthodoxes s’affrontent à travers des joutes théologiques. Ainsi, trois unions d’Églises se disputent les paroisses et l’influence lors des élections presbytérales : l’Union des Églises réformées évangéliques (de tendance orthodoxe), majoritaire en France ; l’Union des Églises réformées unies (libérale) ; et l’Union nationale des Églises réformées (dite « Union de Jarnac »). 

 

Parmi les pasteurs de cette dernière union, qui a pour but une unité, figure Charles Wagner (1852-1918). Issu d’une famille pastorale luthérienne, il est pasteur en Alsace lorsqu’il est repéré par les libéraux parisiens, qui veulent reprendre l’avantage après avoir perdu les élections presbytérales à Sainte-Marie (actuel temple du Marais). 

 

Wagner ouvre, à l’automne 1881, au 2 rue des Arquebusiers (proche du boulevard Beaumarchais), un local libéral où il anime une école du dimanche, une société de jeunes gens, puis célèbre le culte à partir de 1885. Son œuvre se développe, en parallèle de l’avancée orthodoxe à Sainte-Marie, réunissant à la fois des intellectuels et des ouvriers des faubourgs. La communauté s’installe dans un local plus grand sur le boulevard Beaumarchais et devient alors une paroisse à part entière. 

 

L’œuvre littéraire de Wagner est largement diffusée : Justice (1890), Jeunesse (1892), L’Ami (1902) et, surtout, La Vie simple (1895), qui lui vaut d’être reçu à la Maison-Blanche par Théodore Roosevelt, lequel déclara : « S’il y a un livre que je souhaite voir lire par notre peuple entier, c’est La Vie simple de Charles Wagner. » 

 

De retour de cette tournée américaine, Wagner a récolté suffisamment de fonds pour bâtir un lieu de culte digne de ce nom. Un nom est d’ailleurs donné à ce nouveau temple : « le Foyer de l’Âme », car, écrit le pasteur : « Tu seras l’hôte de Dieu et ton âme sera chez elle ! » 

 

Inauguré le 17 mars 1907, ce temple se distingue par sa sobriété et son élégance. Inspiré par l’esthétique des grands magasins parisiens, il offre un décor Art nouveau où les feuillages se mêlent aux vertus chrétiennes – « Charité » – et à des versets bibliques : « Je suis le cep et vous les sarments. » Une tribune qui fait le tour de l’édifice est surmontée d’une verrière zénithale. À l’étage, un dispensaire rappelait le souci d’un christianisme social. 

 

Au centre, la chaire, massive, souligne la centralité des Écritures. Elle est dominée par un orgue Cavaillé-Coll de 1907, restauré en 2009 par la manufacture Blumenroeder. 

 

La postérité du pasteur Wagner est telle qu’il fait partie des trois pasteurs – avec Calvin et Marc Boegner – à avoir une rue à son nom dans la capitale. 

 

Après sa mort, le Foyer de l’Âme est resté fidèle à sa vocation libérale. Les grands noms du libéralisme s’y sont succédé et ont fait rayonner cette paroisse, notamment par ses conférences. 

 

Depuis 2022, le temple du Foyer de l’Âme est inscrit à la liste des monuments historiques pour sa façade, son clocher et surtout sa salle de culte.

 

https://www.foyerdelame.fr/

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