Samuel Amédro
Faites un test simple. Prenez une pièce, un billet, votre appli bancaire. Et demandez-vous : qu’est-ce que j’attends vraiment de toi ? Du pain, oui. Mais aussi de la sécurité. De la reconnaissance. Du pouvoir. Le droit de choisir. Le droit d’être quelqu’un.
L’Évangile appelle cela une puissance : « Mammon ». Pas une monnaie. Un maître possible. Un rival de Dieu. Parce que l’argent promet une chose énorme : « Avec moi, tu ne manqueras pas. » Et il réclame en échange une chose énorme : ta loyauté.
On peut faire semblant avec beaucoup de choses. Avec ses mots. Avec ses émotions. Avec sa religion. Mais pas avec son argent. Là, nos priorités s’écrivent en chiffres.
Alors la question n’est pas : « As-tu trop ou pas assez ? » La question est : « Qui décide en toi quand il s’agit d’argent ? » Ta peur de perdre ? Ton besoin de paraître ? Ton ressentiment ? Ou ta liberté ?
Dans le livre des Actes, Ananias et Saphira ne sont pas condamnés parce qu’ils n’ont pas tout donné. Ils sont jugés parce qu’ils ont voulu acheter une réputation spirituelle avec un geste qui n’était pas vrai. L’argent devient mensonge.
La question n’est pas d’abord morale, elle est spirituelle. Je vous propose un exorcisme très concret : donnez ! Pas pour « payer Dieu », pas pour se donner bonne conscience, mais pour casser le pouvoir de l’argent sur moi. Donner, c’est dire : « Tu n’es pas mon maître. »
Puis vient le second geste : consacrer. L’argent peut être sanctifié, c’est-à-dire, consacré à Dieu pour donner corps et réalité à son projet : pas seulement pour colmater l’urgence, mais pour investir dans la vie, créer du commun, relever les fragiles. Pour Dieu, la justice est la face concrète de l’amour. L’amour est l’aiguillon de la justice.
Alors, regardez vos dépenses comme une liturgie : à quoi rendez-vous un culte ? Et posez un acte libre, petit ou grand, qui dit la vérité de ce qui compte vraiment pour vous. Sans contrainte. Avec joie. Parce qu’au fond, la question n’est pas « combien », mais « à qui appartiens-tu ? »
Et si vous êtes responsable d’Église, la même question vaut pour nos réserves et nos bâtiments : sont-elles un matelas de peur ou une réserve de mission ? Ce qui dort au coffre endort souvent le cœur. Ce qui circule, au service du commun, peut devenir bénédiction. L’argent, comme le fumier, ne fructifie que s’il est répandu – à bon escient.
