Un synode constructif

Le synode régional de l’Église protestante unie de France en Sud-Ouest s’est tenu du 16 au 18 novembre à Orthez. Le thème principal en fut la révision des textes de référence de notre Église. Peu engageant a priori, le synode n’en fut pas moins constructif.
Laurent Barreau, CP de Bordeaux, et le pasteur
M. Jacob, formaient la table de la modérature
@C. Jacon

Sous un soleil radieux, les synodaux sont arrivés des quatre coins du sud-ouest. Les synodaux sont des pasteurs, des laïcs de la région et des invités. En tout, environ 160 participants et 112 voix délibératives. Chacun prend place dans le théâtre d’Orthez, après une collation aimablement préparée et servie par les locaux de l’Église et un message d’accueil. Le bureau du synode est élu : Laurent Barraud est modérateur, le pasteur Michel Jacob est vice-modérateur. Ils vont veiller à ce que les débats et votes se passent bien.

 

Montée du populisme

 

Dans son message d’inauguration, le pasteur Alain Pelissier, président du Conseil régional de l’Église protestante Unie en Sud-Ouest, a pointé quelques inquiétudes actuelles et proposé quelques outils d’analyse pour se tourner vers l’avenir avec lucidité et courage. Nous sommes devant la montée du populisme.

 

Jésus ne dresse pas des murs mais des ponts, il honore la différence

 

Le synode a voté des modifications de la
constitution@C. Jacon

L’éclosion du populisme dans divers pays est corrélée à un sentiment de ras-le-bol dont les manifestations sont une colère radicale et violente. L’Église peut-elle rester silencieuse devant la montée des populismes, expression de hargne et d’exclusion ? Non, bien sûr, nous protestants avons à proposer des pistes de réflexion, des textes bibliques, nous devons oser une parole qui résiste à la haine et à l’exclusion, et promouvoir les actions en faveur de l’accueil. Ensuite, nous sommes interpellés par l’analyse du fonctionnement des médias, qui relatent des événements marquants, à savoir toutes les catastrophes d’ici et d’ailleurs. Cela participe à développer ou entretenir un climat d’inquiétude permanent. Or, d’après Steven Pinker, et son analyse dans Le triomphe des lumières, nous nous faisons une fausse idée du monde, qui ne tourne pas moins bien qu’autrefois. Pour autant, il faut bien reconnaître que la montée du populisme est réelle et inquiétante avec son leitmotiv qui est la lutte contre les flux migratoires.

 

Les synodaux heureux de leur vote et du
culte à venir@C. Jacon

Construction de ponts

 

Les différents mouvements populistes fonctionnent avec des systèmes similaires. La propagande horizontale : elle fait passer une idée pour vérité. Il nous faut nous méfier des fausses vérités, notamment en nous souvenant de la manipulation de la foule qui a demandé la libération de Barabbas au lieu de Jésus. La stigmatisation d’un bouc émissaire : elle dérive des dissensions internes. Aujourd’hui, le bouc émissaire est souvent l’étranger. Souvenons-nous de Jésus qui a toujours lutté contre la stigmatisation et l’exclusion, et qui a redonné une place à l’exclu au sein de la communauté. Je cite cette phrase centrale du message du pasteur Alain Pelissier : « Je crois que nous avons à redire que Jésus réhabilite la personne jugée impure par et dans la société. Il ne dresse pas des murs mais des ponts, il honore la différence. » Et de souligner ensuite que la violence n’est pas un moyen d’action, mais plutôt une carence de parole. Et c’est là que l’Église a la responsabilité de proclamer son message ! Elle doit redonner de la profondeur au débat en sortant des raccourcis tellement réducteurs qu’ils sont des pièges. Enfin, une politique-spectacle populiste ou l’art de divertir et d’amuser les foules en proposant des recettes simplistes.

 

Les synodaux@D. Laborde

L’Église doit rester vigilante au fait que éthique et politique restent liés, et demander que les principes éthiques auxquels nous sommes attachés, que ce soit l’intégrité, la solidarité et l’ouverture à l’altérité, soient des valeurs politiques. Le pasteur Alain Pélissier a ensuite exhorté l’assemblée et l’Église à diffuser ses convictions évangéliques : « Il y a donc bien pour l’Église un message à annoncer, un combat à mener, un point de vue à apporter, un discours à faire entendre, des convictions à diffuser. C’est un réel éclairage qui change les rapports humains, qui donne au monde une espérance évangélique. Notre Église doit y prendre part ».

 

Maire, pasteur et modérateur@D. Laborde

Travail de bonne constitution

 

Le travail sur le dossier synodal a été conduit par Pauline Jeanmougin et le pasteur Magalie Schvartz. Ce fut un travail studieux, le thème nécessitait à la fois rigueur et patience. La révision des textes de référence de l’Église peut surprendre seulement 5 ans après leur adoption en 2013, lors de la création de l’Église protestante Unie. Mais il s’agissait d’ajuster ces textes, d’insérer la nouvelle déclaration de foi, de revoir, par exemple, les modalités de gestion des conflits et les possibilités de ressourcement de ses membres, dont les ministres. Les discussions ne furent pas enflammées, mais nécessaires. Les propositions de modifications vont maintenant être examinées au synode national qui votera la version définitive en juin prochain. Comme l’a souligné Laurent Barraud, il faut une constitution bonne pour que l’Église demeure de bonne constitution ! L’aumônerie est très importante au cours d’un synode.

 

Claire SIx-Gateuille a assuré l’aumônerie
du synode et présidé le culte final avec
Anne-Marie Feillens@C. Jacon

Elle permet à chacun de se nourrir spirituellement. Elle a été animée par la pasteure Claire Sixt-Gateuille, chargée des relations internationales dans notre Église. Elle nous a conduits à méditer sur le rapport à la Loi, à dépasser le cadre pour suivre un chemin de justice, de paix et d’espérance.

 

Dons des membres de l’Église

 

Les finances sont le talon d’Achille de notre Église ; fragilité financière qui conduit à revoir à la baisse le nombre de postes pastoraux dans la région pour tenter d’équilibrer le budget. La trésorière régionale, Christiane Iribarren, a présenté des comptes clairs et précis qui nous rappellent un peu douloureusement que l’existence de notre Église repose sur les dons de ses membres et que la solidarité entre les diverses Églises locales est une nécessité. Un synode, c’est aussi des rencontres et des stands : la librairie Carève de Toulouse, le journal Ensemble qui a apporté les livres de Noël « Les cadeaux de Dieu », Foi et vie, le musée Jeanne d’Albret…

 

Les KT ont aidé lors des pauses pour le
plus grand plaisir des synodaux@D. Laborde

Partage de talents

 

La soirée « partage des talents » a mis en lumière des initiatives locales avec des petits films, afin que chacun élargisse son champ d’action en s’inspirant d’autres pratiques. Bref, ce fut un synode constructif duquel chacun est reparti plein d’entrain pour exercer son ministère dans la joie.

 

 

 

Pour tout savoir sur le synode : https://www.eglise-protestante-unie.fr/region-sud-ouest-r9/actualite/synode-regional-2018-15508

 

 

 

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Cela fait 11 ans que je suis arrivée avec ma famille dans la région Sud-Ouest pour occuper le poste pastoral d'Orthez. Auparavant j'ai exercé 14 ans dans une paroisse de la région Est, à Besançon. C'était mon premier poste. J'y ai fait mon proposanat après mes 5 années d'études de théologie (3 ans à l'IPT – Paris pour la licence, puis 2 ans à l'IPT – Montepellier pour la maîtrise).