Montagne du Tarn : un pays de tradition protestante

De Caraman à Angles, de Revel à Lacaune, de Saint-Amans à Réalmont, la montagne du Tarn a été et reste encore ce que l’historien Patrick Cabanel appelle une « poche de protestantisme ».

C’est un ensemble assez compact. Les paysages y sont ceux de moyenne montagne : immensité, silence, solitude, granit, végétal. Semis de hameaux. Territoire rude et modeste où l’on trouve une concentration de statues, menhirs et de mégalithes sculptés il y a sans doute plus de 5 000 ans, traces de vie cultuelle et sociale. La montagne du Tarn ouvre à l’histoire d’une différence et d’une fidélité religieuse, mouvementée, semée de drames, de tergiversations.  

Le climat rigoureux, la difficulté des communications, l’habitat dispersé, la nécessaire solidarité des hommes et femmes confrontés à ces obstacles expliquent qu’il a été plus difficile, voire impossible, de déloger le protestantisme de ces terres une fois qu’il s’y est implanté, dans les années 1530, grâce en particulier à des fabricants et des marchands de tissu, l’activité textile s’étant développée à Mazamet et à Castres. 

 

 

L’enracinement de la Réforme

 

Dans cette montagne, les chemins, les sentiers parlent des hommes et des femmes acteurs d’une histoire agitée, faite de drames, de ruptures, de réconciliations. Alors qu’une lecture rapide de l’histoire pourrait mener à penser que le monde paysan, plutôt du côté de la tradition, aurait repoussé la Réforme, nous constatons que là où elle a réussi à le faire, la Réforme s’est enracinée dans les campagnes comme dans les villes : Castres, par exemple, « est réformée comme une bonne partie de son bassin d’immigration montagnarde, autour de Vabre, Brassac, Lacaune… »(1). Autour de Castres va exister une «nébuleuse d’églises rurales »(2) portée par le réseau de relations économiques et administratives conduisant les paysans vers le protestantisme, et «ces noyaux […] se maintiendront contre vents et marées, par l’entêtement propre aux gens de la terre »(2). 

 

 

Transmission 

 

Ces gens ont façonné dans la montagne du Tarn un « paysage » protestant : de nombreux temples ont été rebâtis au XIXe siècle, certains monumentaux (Vabre), mais on trouve également des sépultures familiales au pied des maisons, dans un jardin, dans un espace dédié dans un pré, des cimetières toujours utilisés.

 

Ces gens, après des abjurations rapides, ont su résister, entretenir leur foi active, vivre une puissante restauration clandestine, en particulier par les assemblées du Désert dont beaucoup eurent lieu dans la forêt de Montagnol, où l’on peut voir la Pierre plantée, lieu-dit où le prédicant Corbières, dit La Picardié, fut tué par les soldats du roi, la tête brisée sur un rocher toujours visible…

 

Ces gens ont su, dans la discrétion, voire le secret, incarner leur religion dans ses aspects confessionnels et spirituels mais aussi dans une culture, une vision du monde, par la transmission de la connaissance des choses concernant leur religion, leur histoire.

 

La tradition est transmission. Aujourd’hui, dans cette montagne du Tarn, elle se fait aussi au musée du Protestantisme de Ferrières, consacré à l’histoire du protestantisme français à partir de son ancrage régional, local. L’histoire de ces gens est une porte d’entrée à l’intelligence des enjeux tels que le pluralisme et la paix religieuse, mais aussi la connaissance de son passé et de celui de l’autre, afin d’apprendre à vivre ensemble.

 

© Mairie de Fontrieu
Érigé à Fontrieu en 1922, le monument de la Pierre plantée rappelle le massacre de protestants par les dragons du roi, parmi lesquels le prédicant Corbière. Il est inscrit au répertoire des monuments historiques depuis 2015

 

 

1) Patrick Cabanel, Histoire des protestants en France, Fayard, Paris, 2012. 

2) Janine Garrisson-Estèbe, L’Homme protestant, Hachette, 1980.

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