Tu me vois !

Le 36e Kirchentag (Journée de l’Église en français) s’est tenu fin mai, à Berlin et à Wittemberg en Allemagne. Danielle Morel-Vergniol, ancienne rédactrice du Protestant de l’Ouest, nous raconte ce qu’elle a vécu durant ces cinq jours.

Dieu joue-t-il à cache-cache avec nous ? Lorsqu’Hagar prononce cette phrase (Genèse 16.13) il s’agit plutôt d’une confession de foi. Elle reconnaît que, quelles que soient les circonstances, Dieu est là, à ses côtés, face à elle… Et nous ? Est-ce que nous voyons Dieu ?

 

Tout a commencé le mercredi 24 mai. À 18h, trois cultes en plein air, à l’un des angles d’un grand quadrilatère dont la surface offrait la « soirée de la rencontre », c’est-à-dire qu’après le culte d’ouverture, on pouvait, en plein-air ou dans les paroisses, rencontrer les Berlinois, qui avaient tout préparé pour un accueil de l’autre, de l’étranger, de l’Allemand du nord ou du sud, du catholique ou du bouddhiste…

 

 
Une partie de la délégation française à Berlin (Danielle Morel-Vergniol est la deuxième personne en partant de la gauche, au premier rang) © Marianne von Allmen-Kohler

 

Êtres humains plutôt que chiffres

Les sites internet pré et post-Kirchentag déclinent à l’envi des chiffres invraisemblables pour nos critères hexagonaux : des millions d’euros, certes, mais surtout des dizaines de milliers de visiteurs, des milliers d’acteurs, depuis les petites mains des mouvements de jeunesse, qui facilitent le parcours à tous les coins de rue ou d’événements, jusqu’aux pasteurs, conférenciers, musiciens qui animent des tables rondes, des études bibliques, des réflexions, des ateliers… et jusqu’à la visite présidentielle, l’entretien inouï entre Barack Obama et Angela Merkel, interrogés pendant près de deux heures sur leur foi, leurs opinions sur bien des sujets dont, bien entendu l’accueil de l’étranger et l’abolition des murs… Berlin est si vaste que nul ne pourra prétendre avoir tout vu ! Alors quelques flashes pour souligner les moments intenses et donner envie à toutes et à tous d’aller, non seulement à Protestants en fête en octobre à Strasbourg mais aussi à Dortmund où aura lieu le prochain Kirchentag en juin 2019.

 

© Danielle Morel-Vergniol
Le verset du psaume 113, Louez l’Éternel du lever du soleil jusqu’à son couchant illustre parfaitement le rythme soutenu d’un Kirchentag. On se lève pour assister, dans une des églises de la ville, à la première prière, à 7h… enfin ! j’exagère un peu ! C’est la première mais les prières du matin s’échelonnent jusqu’à 9h30, heure à laquelle commencent les études bibliques. À 10h, en avant la musique, à 11h, les premières grandes conférences… et entre temps, les enfants et les jeunes ont rejoint les centres qui leur sont dédiés. Le programme compte 576 pages… je ne vais donc pas détailler toutes les thématiques, disons seulement que le verset Tu me vois a été envisagé sous toutes ses possibilités et a fourni toute sa richesse pour des animations diverses et variées. Beaucoup de caricatures de Luther, notamment de groupes plus ou moins identifiés un peu critiques par rapport au « maître », ont fleuri dans la ville.  
© Danielle Morel-Vergniol

 

Vivre des situations étonnantes

 

J’ai pu bénéficier, par hasard, d’une réflexion biblique découlant du thème mais basée sur Ésaïe 29, en particulier au verset 18 : En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre ; et, délivrés de l’obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. L’étude était menée par deux femmes, une théologienne protestante atteinte d’une maladie génétique et une rabbine circulant en fauteuil roulant. C’est bien beau de croire en un Dieu « qui me voit » mais si je suis aveugle, quand le verrai-je, moi ? Et que faire de la promesse de gambader un jour alors que, parfois, circulant dans Washington en fauteuil roulant, je suis abordée par des groupes bien-pensants qui me proposent de prier ensemble pour ma guérison… En fait, ce Dieu qui me voit mais que nul ne voit, comment le rencontrer dans notre quotidien où, indépendamment du handicap, on reste bien impatient de voir la réalisation des promesses…

 

Un culte étonnant dans l’Église du souvenir, la fameuse Gedächtnis
kirche, a été le lieu d’une célébration pendant laquelle des contestataires allemands ont fait irruption avec banderoles et revendications. Ils ont pu s’exprimer grâce à l’intervention d’une des célébrantes qui n’était autre… que la ministre allemande de la Défense. La délégation de l’aumônerie protestante aux armées (invitée par l’aumônerie militaire allemande) qui accompagnait la délégation française a pu apprécier cette situation impensable en France.

 

Une sainte cène franco-allemande, une parmi les soixante-et-une célébrations dans toutes les églises, sur tous les podiums érigés pour l’occasion, nous a rassemblés autour d’Exode 24.9-11, là où, précisément, Moïse, Aaron, Nadav, Avihou et soixante-dix anciens virent Dieu sur un saphir transparent avant de manger et de boire… Nous étions dans la « cathédrale française », rappel s’il en est de tous les Huguenots accueillis à Berlin après la révocation de l’édit de Nantes. La prédication était assurée par la ministre allemande de la Défense, événement impensable en France…

 

Faire partie des « possibles » !

 

L’espace animé par une équipe de vingt-cinq personnes venues de France, était situé dans le « Marché des possibilités » où, sur plusieurs niveaux, se déployaient des dizaines de stands, regroupés par grands thèmes. L’EPUdF, l’UEPAL, la Fondation Bersier et le Foyer Le Pont, occupant un espace dans le quartier œcuménique, voisinaient avec les Églises vaudoises d’Italie et un collectif d’associations britanniques d’un côté, avec la Fédération luthérienne mondiale de l’autre. Les aumôniers militaires, au-delà de leur programme spécifique, se sont joints spontanément à l’équipe.

 

De nombreux visiteurs se sont arrêtés pour lire l’histoire de la Réforme côté français, boire un sirop cévenol et déguster une bêtise de Cambrai entourée d’un verset biblique (à traduire avant de consommer !), prendre les flyers de Protestants en fête ou du Foyer Le Pont, écrire un message aux protestants de France sur des signets qui seront ressortis pour les cultes de la Réformation, à Strasbourg et ailleurs. Moments émouvants lorsque des descendants de Huguenots viennent essayer leur français perdu au fil des siècles et emportent toute la littérature que nous proposons pour s’entraîner…

 

La pelouse qui s’étendait autour du podium et face à l’orchestre de cuivres (6 000 musiciens, excusez du peu !…) était prévue pour 300 000 participants (il n’y en eut « que » 120 000…). 2 000 tables réparties dans cet espace avec chacune douze desservants pour distribuer le pain et le vin le moment venu… Certains avaient passé la nuit à la belle étoile, pour ne rien rater des répétitions des chants dès l’aube. Ce n’est pas tous les dimanches que l’on marche 5 à 7 kilomètres pour aller au culte !

 

Vous l’avez compris, il y a trop à dire ! Il faudrait encore parler des contestataires, des blasés, des Berlinois qui ont ignoré l’événement, car c’est tout cela la vraie vie. Nous Français, nous nous étonnons de trouver des « signes religieux » partout dans la ville, de pouvoir chanter le Notre Père en place publique sans être inquiété… Toute une expérience à partager avec l’idée d’un avant-goût de Protestants en fête… Allons-y nombreux !

 

 
Le culte final avec Steinmeier, le président du land qui accueillera le KIrchentag l’année prochaine © Danielle Morel-Vergniol

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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