Beaucoup de temps

Il faut beaucoup de temps sous les lilas, sur les plateaux sauvages et dans les chapelles pour trouver sa juste place.

Enfant, j’étais souvent commise d’office à m’occuper des « petits » et à aider aux travaux de la ferme. J’en garde de bons souvenirs : à la campagne, on perçoit bien les saisons et le travail des hommes. Je soupirais beaucoup, mais j’obtempérais quand même. On connaît l’histoire… Pourtant, j’aspirais très fort à ce qu’on me « fiche la paix » : à connaître, expérimenter la vacance, suivre ma propre pensée pour accueillir… Dieu saurait bien quoi !

 

J’ai fini par dénicher un coin sous les lilas, tout au fond du jardin, et m’y réfugiais : ne plus être en tête de cordée, sentir la brise amie, pas le vent qui cuit la sueur sur la peau comme quand on fait les foins, la brise pour moi seule, et surtout, connaître le silence.

 

Cette longue allée jusqu’aux lilas, c’était ma première allée de paix !

 

 

 

Il a fallu beaucoup d’années, une vie très pleine, d’engagements familiaux, associatifs, ecclésiaux, avant de discerner ce que pouvait bien vouloir Dieu pour moi… et moi pour Lui : pour entendre la réponse, il faut quelque disponibilité, beaucoup de temps sous les lilas, dans les déserts, dans les randonnées solitaires en montagne et quelques rencontres providentielles… Été 1991, je me replie discrètement sur l’office du soir à Saint-Voy, où quelques sœurs de Reuilly inaugurent une présence estivale : un jour, je serai là. Quant à savoir comment abandonner tout ce que je croyais représenter puis muter en « docile servante » – sans me faire interner par les miens, s’entend ! –, je n’en avais pas la moindre idée. Je décidais qu’il était urgent d’attendre sereinement, de vivre plus intérieurement, pour y voir plus clair.

 

Du Mézenc à l’office du soir… (© JO)

 

 

 

La communauté du Moûtier est à une petite heure de chez moi : pas de randonnée au Lisieux, Mézenc, Gerbier de Joncs, qui ne soit conclue par un l’office du soir à Saint-Voy. Jusqu’à une première retraite de Pâques. À ce moment-là, je comprends que je suis ferrée !

 

Ce que j’ai découvert au tiers-ordre de Reuilly, c’est non seulement des « lieux de paix » – le Moûtier-Saint-Voy ou Versailles –, c’est aussi un rythme de vie, ponctué par les rendez-vous liturgiques. Ce sont des temps de beauté et de paix, de profondeur, de présence à Dieu qui relèvent de la rencontre intime. Pas de répétitivité, chaque office vous accueille là où vous en êtes et vous fait cheminer. Les lectures bibliques et celle de la Règle prennent du relief, vous êtes comme happés par cette longue cohorte de témoins montée du fond des temps ; les silences sont habités de tous les cris du monde, remis à Dieu. Je suis en paix quand je réalise, à travers la prière de l’Esprit, que le Christ a tout traversé : je découvre Dieu tout proche, aimant, et sacrément patient !

 

À partir de ce moment, je ne peux plus dire que je travaille les Écritures, c’est l’Écriture qui me travaille ! Et le travail prend une autre saveur, il n’a rien à prouver, il est offrande. Je comprends enfin que je ne suis que « le choc en retour de la parole de Dieu ».

 

Mais il faut bien redescendre de la montagne… Dieu merci, la Paix en Dieu, une fois trouvée, infuse heureusement en tous lieux et tous temps.

 

 

 

 

 

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