Donnez… Dieu vous le rendra

Pour la première fois en 500 ans les protestants de France vont enfin pouvoir célébrer le jubilé de l’affichage des 95 thèses par Martin Luther. Un événement spirituel et culturel.

Ah, les fameuses 95 thèses de Martin Luther « contre » les indulgences placardées il y a – presque – 500 ans sur les portes de l’église de Wittenberg et qui sont à l’origine de ce qui deviendra la Réforme protestante, nous en discutons, nous les extrapolons, nous les contextualisons, mais finalement : pourquoi ce document, pourquoi en parler encore aujourd’hui?

 

Alors que Martin Luther, relisant l’Épître aux Romains, s’ouvre au salut par la foi, l’Église catholique de son côté fait commerce des indulgences, s’appuyant sur la terreur suscitée par l’enfer et le purgatoire auprès des braves gens. L’objectif de cette rentrée d’argent est pourtant bassement matérielle : finir la construction de la Basilique Saint-Pierre-de-Rome – idée de Léon X voyant les caisses vides.

 

La conversion intérieure de Luther est confrontée de manière brutale à cette pratique et, en tout jeune converti, il veut rendre publiques sa découverte, son espérance, ainsi que son dégout face aux mensonges proférés.

 

Provoquer le débat

 

Son affichage avait pour objectif de convoquer théologiens et universitaires à une dispute sur la place publique afin de débattre du sujet. Rectifions un point : ces thèses que l’on désigne « contre » les indulgences sont en réalité « sur la vertu » des indulgences. Un titre neutre pour un contenu qui ne l’est pas tant. Luther se moque, ironise, provoque, tacle et interroge ! Non, on ne peut pas acheter son salut (thèse 27) ni celui d’un mort. D’ailleurs, celui-ci ne souhaite peut-être pas être délivré ! (thèse 29). Le Pape a besoin de ferventes prières plutôt que d’argent (thèse 48). S’il en avait connaissance, le Pape serait outré du comportement des vendeurs d’indulgences (thèse 50) qui sont pourtant ses émissaires. Le Pape n’a-t-il pas compétence à délivrer toutes les âmes ? (thèse 82).

 

Toucher au nerf de la guerre

 

La dispute n’aura pas lieu, tout du moins pas de suite sur la place de Wittenberg, mais l’affaire fera grand bruit et son écho résonne encore aujourd’hui. En se portant sur le terrain des indulgences, et même si il n’était pas le premier à le faire – John Wyclif et Jean Hus l’ayant précédé sur le sujet – Luther met les pieds dans le plat car il touche au nerf de la guerre : l’argent! L’argent et tous les mensonges et autres vilenies qui vont avec. Luther s’attendait-il à de telles conséquences? Prévoyait-il de déclencher un tel tsunami?

 

On pourrait presque reprocher à Luther d’avoir été un peu trop tendre avec le Pape. Mais 95 sentences d’opposition aux pratiques de l’Église, ce n’est pas rien. Peut-on imaginer que Luther règle, dans cet écrit, ses comptes avec cette Église devenue machine politique et économique qui lui a causé tant d’angoisses dans sa jeunesse, confronté à un salut qu’il estimait inaccessible ?

 

Toujours est-il que Luther s’est délivré de ses tourments mortifères et, en jetant ces 95 pavés dans la mare, il a permis a un grand nombre de vivre cette même libération et à l’Église de retrouver quelques fondamentaux dont elle s’était éloignée en servant Mamon plutôt que Dieu.

 

 

 

 

 

#Spiritualité

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