Du jugement à la grâce

Les mots « jugement » et « justice » ont, dans nos textes bibliques, des sens assez différents de ceux de notre vocabulaire courant.

Les expressions de la langue française ne manquent pas quand il s’agit d’évoquer la question du jugement. Il semblerait que nous soyons plus prompts à juger qu’à considérer de manière positive les agissements des autres. Je me suis demandée d’où nous venait cette aptitude toute particulière… En remontant aussi loin que ma mémoire le permet, je me suis souvenue que nous étions largement évalués à l’école et donc habitués tout petits à être soumis au jugement de l’acquisition ou non d’une compétence ; l’habitude d’être évalué finit par rendre familière l’évaluation d’autrui et toutes sortes de jugements faciles. Aujourd’hui, la pédagogie moderne évalue les progrès chez les écoliers, afin de leur permettre d’avoir une image positive d’eux-mêmes et des autres. La pédagogie de l’encouragement est assez remarquable dans les pays nordiques, où le jugement ne fait pas partie du système éducatif ou relationnel. D’où vient cette différence ? Je crois qu’elle vient du lien intime aux écrits bibliques, car le jugement n’est pas synonyme de sanction dans la Bible.

 

La justice humaine

 

Le plus célèbre jugement dans la Bible est celui de Salomon. Vous connaissez cette histoire : deux femmes se disputent un bébé et arrivent devant Salomon, roi-juge, afin qu’il détermine qui est la vraie mère. On assiste à une véritable tentative de vol de bébé, qui sera légitimé si Salomon se trompe dans son jugement.

 

Le premier jugement n’a donc rien d’une condamnation, il s’agit de discernement. La pratique du roi-juge s’est longtemps poursuivie ; les rois étaient habilités à rendre justice en prenant position dans des conflits de personnes.

 

C’est uniquement par l’intelligence et la connaissance de ce qu’est une vraie mère pour son enfant (celle qui souhaite qu’il vive) que Salomon s’en sort. Ce premier jugement est juste, car Salomon a discerné que la vraie mère est celle qui a de l’amour pour son enfant.

 

La justice divine

 

Un sondage dans un groupe de jeunes adultes protestants sur leur compréhension de la justice divine a révélé que le jugement dernier est encore une préoccupation contemporaine ; l’idée d’un Dieu juge est tenace malgré la Réforme, où la révélation de Jésus Christ a été remise à sa juste place dans la perspective de salut. Paul le détaille dans ses écrits, comme par exemple dans ce verset : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. En effet, la loi de l’Esprit de la vie en Jésus Christ t’a libéré de la loi du péché et de la mort » (Romains 8,1). La justice divine nous surprend toujours car son langage dépasse notre logique humaine ; en Jésus Christ, elle est don de la grâce, amour, espérance, paix et bien d’autres choses encore, pour que nous ayons la vie.

 

Pourquoi, alors que la Bible ouvre des perspectives de discernement et de salut, avons-nous tendance à réduire la justice divine à une crainte ou une condamnation ?

 

Nous pouvons esquisser deux pistes : l’être humain grandit dans un système de performance et de jugement. Il est également soumis au poids de la tradition de l’Église, qui a véhiculé l’image d’un Dieu juge et marchandé le salut.

 

Annoncer la grâce de Dieu et la recevoir est toujours d’actualité !

 

 

 

 

 

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