La confiance sans souci !

Comme n’importe quel texte littéraire, nos cantiques ont une histoire, un auteur, un contexte particulier. Souvent méconnus, d’ailleurs. Cette chronique souhaite rappeler cette histoire et attirer l’attention sur ce que nous chantons dimanche après dimanche. Ce mois-ci, un des plus grands succès de nos cantiques de nos recueils : Confie à Dieu ta route.

Ce cantique a été écrit par Paul Gerhardt (1607-1676). Cet auteur du 17e est un des plus prolifiques de ce siècle (un peu moins que Nicolas Louis de Zinzendorf, au siècle suivant). Il a signé 132 compositions, écrites « souvent dans des circonstances qui auraient amené bien des gens à pleurer plutôt qu’à chanter ». C’est là sans doute le plus connu de ses cantiques. Dans sa version originale, il compte 12 strophes ! La traduction française, effectuée par Charles Dombre, date de 1935. Il peut se chanter sur trois mélodies différentes. Celle de Hans Leo Hassler, en 1601 (ARC 616, Alléluia 47/04 ; une mélodie adaptée aux enterrements), une autre de la main de Bartholomäus Gesius, en 1603 (Alléluia 47/05 ; particulièrement adaptée aux obsèques) et une signée Melchior Teschner, en 1614 (cf. Alléluia 34/11 ; cette mélodie plus joyeuse s’adapte bien aux mariages et aux baptêmes).

 

Paul Gerhardt@wikimedia.org

Des épreuves

 

Ce cantique est très souvent chanté lors d’obsèques. Pourtant, ce n’est pas le seul cas où il est possible de recourir à ce chant. Mariage, baptême, épreuve de tous les jours, maladie les plus dures : ce chant est avant tout celui de la confiance. Son auteur, Paul Gerhardt, a traversé de multiples épreuves au cours de sa vie : il a perdu son père à 7 ans, sa femme à 50 ainsi que 4 de ses enfants. Malgré tous ces événements, Paul Gerhardt ne cessa de chanter la joie et la confiance en Dieu. Le chant Confie à Dieu ta route exprime cette idée. Elle ressort bien dans la traduction française même si seulement deux strophes ont réellement été traduites (les autres ont inspirées Charles Dombre).

 

Une force

 

La confiance en Dieu, dans la vie de Paul Gerhardt, a été une force. En la chantant, il voulait sans doute que chaque croyant la vive au quotidien. Pas facile. Comme le souligne É. Fuchs, « le croyant a le choix entre le souci et la confiance, ou plutôt précise le Christ, entre deux formes de souci : la recherche du Royaume de Dieu ou celle de sa propre survie. Le premier libère du second et le second enferme le [croyant] dans la quête infinie d’une sécurité qui ne cesse de reculer devant lui ». Alors pour plus de liberté, choisissons le bon souci !

 

 

 

Confie à Dieu ta route

 

1) Confie à Dieu ta route,

 

Dieu sait ce qu’il te faut ;

 

Jamais le moindre doute

 

Ne le prend en défaut.

 

Quand à travers l’espace

 

Il guide astres et vents,

 

Ne crois-tu pas qu’il trace

 

La route à ses enfants ?

 

 

2) Tout chemin qu’on t’impose

 

Peut devenir le sien ;

 

Chaque jour il dispose

 

De quelque autre moyen.

 

Il vient, tout est lumière ;

 

Il dit, tout est bienfait ;

 

Nul ne met de barrière

 

À ce que sa main fait.

 

 

3) Consens à lui remettre

 

Le poids de ton souci.

 

Il règne, il est le maître,

 

Maintenant et ici.

 

Captif, pendant tes veilles,

 

De vingt soins superflus,

 

Bientôt tu t’émerveilles

 

De voir qu’ils ne sont plus.

 

 

4) Bénis, ô Dieu, nos routes,

 

Nous les suivrons heureux,

 

Car toi qui nous écoutes,

 

Tu les sais, tu les veux.

 

Chemins riants ou sombres,

 

J’y marche par la foi :

 

Même au travers des ombres,

 

Ils conduisent à toi.

 

 

Texte : Ch. Dombre 1935.

 

Original : Paul Gerhardt 1653.

 

 

 

#Spiritualité

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