La Passion de Stefan Zweig

L’été dernier, un film a retracé les dernières années de Stefan Zweig. Cet exil loin de l’Europe a beaucoup à nous dire en ce temps où de nombreuses personnes sont contraintes à l’exil. Stephen Zweig

En 1936, l’écrivain juif autrichien Stefan Zweig quitte l’Europe. Avec sa secrétaire Lotte qu’il vient d’épouser en secondes noces, il parcourt l’Amérique, du Sud au Nord. Il se passionne pour le Brésil, pays où foisonne une diversité humaine qui se perd en Europe dans les passions nationalistes et antisémites. Adulé pour ses écrits, Zweig cherche la tranquillité nécessaire à la création. Pressé de prendre position contre la barbarie qui monte, il craint d’être entraîné dans une haine en miroir. Sollicité par ses compatriotes, il se sent acculé, obligé d’ouvrir les yeux jusqu’au bout sur l’horreur qui se déroule dans son pays d’origine. Son désarroi, sa détresse intérieure deviennent palpables. Jusqu’au suicide avec Lotte, un jour de 1942.

 

Une dimension christique
Il y a quelque chose de christique dans cette évocation des dernières années de Zweig. Cette émotion simple, et trop fugace, partagée avec des gens humbles. Cette itinérance permanente. Cette façon d’être rattrapé par sa popularité, d’y consentir en partie tout en voulant s’en extraire, de sentir sa liberté de sujet menacée par les passions et les intérêts des autres. Cette montée vers la souffrance, comme un refus d’être quitte du drame absolu dans lequel est plongé le monde qu’il a quitté. Il meurt en exil, il meurt de devoir être exilé d’un monde qu’il a aimé : celui de l’Europe multiculturelle, cultivée, humaniste… Il meurt de voir cette Europe-là disparaître.

 

Espérance ?
Stefan Zweig n’est pas Jésus. Il a son égoïsme, ses aveuglements, sa difficulté à vieillir, sa dépression sans doute… Il se donne la mort pour ne pas affronter plus loin ce qui est devenu pour lui intolérable. Mais il nous laisse une question vivante. Une attente qui voit plus loin que celle de ses contemporains, et qui me semble proche d’une certaine espérance. Une espérance qui passerait par le désespoir, mais qui pointerait dans ces paroles étranges et magnifiques qui concluent le mot qu’il laisse à ses proches, près de son lit de mort : « Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux ».

 

Quelle espace pour la poésie ?
J’entends ces mots et ce film dans le contexte actuel de montée d’une autre barbarie que celle de 1936 : celle de l’islam radical et violent. Aujourd’hui, sommes-nous assignés à des positionnements fermes, des manifestations courageuses et entières de notre identité pour qu’elle perdure, pour contenir les élans barbares par toutes les forces et tous les moyens possibles ? Ceci tant dans la société que dans les discours d’Église ? N’y aurait-il pas aussi place pour la poésie ? Pour l’aspiration un peu folle à ce qui pourrait advenir après cette barbarie, et qui ne saurait se contenter d’une victoire des « bons » ? Un monde où les musulmans s’entretiendraient en paix avec leurs racines et avec les autres ? Un monde à imaginer, à encourager dès aujourd’hui avec ceux qui, musulmans, chrétiens, non croyants… peuvent entendre cette poésie ? Aujourd’hui, si Stefan Zweig était un réfugié syrien en France, serait-il encore conduit au suicide ?

 

 

 

Titre : « Stefan Zweig : Adieu l’Europe ».
Pays : Allemagne, Autriche, France.
Année : 2016.
Réalisation : Maria Schrader.
Scénario : Maria Schrader, Jan Schomburg.
Acteurs : Joseph Hader (Stefan Zweig), Barbara Sukowa (Fridericke, sa première épouse), Aenne Schwarz (Lotte, sa seconde épouse).
Genre : Drame.
Résumé : En 1936, Stefan Zweig décide de quitter définitivement l’Europe. Le film raconte son exil, de Rio de Janeiro à Buenos Aires, de New York à Petrópolis.

 

 

 

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