Luther et les Juifs

Luther est un homme qui a marqué son temps par la nouveauté de ses idées, mais sur certains sujets, comme celui de la relation avec le judaïsme, il reste aussi marqué par la société à laquelle il appartenait.

La société du Moyen Âge est une société de chrétienté exclusive, qui pourchasse l’hérésie. L’Église enseigne depuis les premiers siècles de son existence que les Juifs falsifient les Écritures, qu’ils méprisent le Christ et qu’ils sont les premiers responsables de sa mort.

 

Bienveillance à l’égard des Juifs

 

Le jeune Luther découvre la richesse de la culture hébraïque. Il s’initie à la langue hébraïque et à sa grammaire avec un ancien rabbin converti, ce qui lui permet plus tard de traduire la partie juive de la Bible. Luther fait preuve d’une certaine compréhension à l’égard des Juifs. Il souligne que leur présomption à croire que le salut s’obtient par l’obéissance à des commandements est partagée par de nombreux chrétiens. Il s’inscrit en faux contre l’accusation de déicide. Pour lui ce sont les péchés de l’humanité tout entière qui ont provoqué la mort de l’envoyé de Dieu. Luther est animé par l’espoir que la nouvelle manière de comprendre l’Évangile qu’il propose va pouvoir attirer de nombreux Juifs vers la conversion à la foi chrétienne.

 

Rembrandt, buste d’un jeune juif
(c) Commons Wikimedia

 

Le ton se durcit

 

1530 marque un tournant dans l’attitude de Luther à l’égard des Juifs. Il constate qu’ils ne se tournent pas vers la foi chrétienne, mais qu’ils font même œuvre de prosélytisme pour attirer à eux des chrétiens. Luther se fait un devoir de défendre les fondamentaux de la foi réformée. La justification par la foi n’est pas compatible avec l’autojustification par les œuvres que prône le judaïsme. Les Juifs ne doivent pas non plus croire qu’ils sont sauvés parce qu’ils sont le peuple élu de Dieu. La théologie de Luther est centrée sur le Christ et sur son œuvre expiatoire. Il ne peut supporter que le judaïsme se moque de Jésus, le présente comme un bâtard ou un magicien. Luther estime que les Juifs blasphèment le Seigneur et son œuvre à travers tout leur enseignement et leurs rituels. Il prône des mesures extrêmes : mettre le feu aux synagogues, détruire les écoles et les maisons, confisquer les écrits talmudiques, interdire aux rabbins d’enseigner, interdire le prêt à usure, obliger tous les Juifs à travailler de leurs mains et si possible les expulser du pays. Luther imagine que la meilleure place pour les Juifs, c’est en Palestine.

 

Luther antisémite ?

 

Le propos de Luther est souvent outrancier et grossier à l’égard des Juifs, mais il en est de même à l’égard des chefs de l’Église catholique. Par contre, jamais Luther n’accrédite l’idée d’une inégalité des races humaines : « Il n’y a aucune différence concernant la chair et le sang, comme nous le dit la raison (…), car nous partageons la même origine, une même chair et un même sang. » Sa seule crainte semble de nature religieuse : une judaïsation de la société chrétienne.

 

 

 

 

 

#Spiritualité

À la découverte des protestants en région

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Choisir la non-violence
Choisir la non-violence
Alors que les conflits ne cessent d’éclater dans le monde, la non-violence peut-elle endiguer leur prolifération ?
Souffrances et vie
Prier pour et avec la création
Souffrances et vie
Ce mois-ci, c'est Michel Bourguet (à Mulhouse) qui nous propose une prière pour et avec la Création.
De la peur à la vie ! (Marc 16)
Spiritualité
De la peur à la vie ! (Marc 16)
« Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Dans les plus anciens manuscrits que nous ayons retrouvé de l’évangile de Marc, son récit s’achève sur ces mots : « Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur ». Point Final.
Pour rien ? Job 1.9
Au fil de la Bible
Pour rien ? Job 1.9
À Dieu qui lui vantait l’intégrité et la droiture de Job, homme craignant Dieu et s’écartant du mal, l’adversaire, le « satan », répondit : « Est-ce pour rien que Job est fidèle à Dieu ? » (Job 1.9) On aurait aussi pu traduire ce « pour rien » par « en vain », « sans raison », « gratuitement », « sans sujet ». Avoir cet échange en tête donne un éclairage particulier à la lecture que nous pouvons faire du début de la lettre aux Éphésiens que le calendrier de la FPF propose à ses utilisateurs ce mois-ci.
Choisir la non-violence
Agenais
Choisir la non-violence
Alors que les conflits ne cessent d’éclater dans le monde, la non-violence peut-elle endiguer leur prolifération ?
Une loyauté critique
Actualité du protestantisme
Une loyauté critique
La place des religions dans l’espace public et leur relation au politique ont toujours été d’une actualité sensible. Qu’en est-il du protestantisme, particulièrement dans le cadre d’un état laïque ? La question se pose tant au sein de l’Église que de la société.
Carêmer ou pas ?
Spiritualité
Carêmer ou pas ?
Le Carême parle peu aux protestants réformés, même si depuis les années mille neuf cent septante, des tentatives de réappropriation voient le jour dans certaines paroisses, souvent à l’initiative des groupes œcuméniques… La création des Conférences du Carême dans les années 1930 semble répondre aux Conférences de Notre-Dame de Paris (1835).
À Pâques, Jésus est vivant !
Enfants
À Pâques, Jésus est vivant !
Pour Pâques de cette année, l'équipe de rédaction vous a concocté un florilège de textes, prières et ateliers à réaliser à la maison.
S’encorder à Dieu
La montagne, un refuge à défendre
S’encorder à Dieu
Dans cette cordée d’alpinistes en route vers un sommet indéfini, la corde qui les relie tous est, selon les hommes et les écarts, lâche ou tendue. Mais qu’elle soit en tension ou pas, cette corde nous rappelle que les premières ascensions de presque tous les sommets majeurs (du mont Blanc en 1786 à l’Everest en 1953) furent des œuvres collectives.