Pour un label de bonne conduite numérique

Les réseaux sociaux offrent un espace de communication, d’échanges et de collaboration fantastique. Mais ils sont aussi le théâtre des déviances les plus extrêmes qui nourrissent un climat de violence virtuelle de plus en plus prégnant. Nos Églises peuvent-elles rester indifférentes ? Et si nous imaginions un « label de bonne conduite numérique » ?

Twitter, Facebook, Instagram, Snapchat, WhatsApp, Telegram, etc. Tous ces noms font partie de la conversation courante. Avec l’utilisation grandissante des smartphones et des tablettes numériques, chacun finit par créer son compte pour entrer dans les « réseaux sociaux » et rester connecté avec ses amis, ses enfants ou petits-enfants. Ne voit-on pas proliférer des groupes de familles « WhatsApp » ? Parents et enfants, cousins et cousines, descendants d’un même ancêtre, préparation d’un événement de famille… Parfois même, plutôt que se téléphoner on se WhatsAppe !

 

Pour le pire

 

Mais derrière ce côté sympathique, l’utilisateur qui ajoute peu à peu des « amis » dans son réseau (c’est particulièrement vrai avec Facebook et Twitter) découvre un univers sans pitié où se côtoient le meilleur et le pire. Et nous ne traiterons ici que de la partie visible du « pire ». Dans un autre article, il nous faudrait évoquer la face cachée des réseaux sociaux et nous intéresser aux traces de nos utilisations qui sont immédiatement mémorisées, stockées, décryptées à grand renfort d’algorithmes puis réutilisées pour influencer nos modes de vie.
Bienvenue dans un monde où se côtoient à longueur de temps le vrai et le faux (les fake news) avec la recherche permanente de l’information – sensation qui sera aimée et dupliquée sans la moindre analyse critique. Dans ce monde, chacun devient, parfois à son insu, complice d’une désinformation virale qui vient polluer l’espace médiatique.
Dans ce monde, chacun peut avancer masqué derrière un « pseudo », un profil virtuel, une photo fausse, des données personnelles fausses, des opinions fausses, pour le simple plaisir de laisser libre court aux agissements les plus délirants.
Ce monde virtuel facilite une expression débridée sans filtre ni retenue comme si ceux et celles qui s’y expriment pouvaient tout publier en toute impunité. Un lieu où des hypocrites et des « sans-courages » se moquent, invectivent, jugent, condamnent et lynchent ceux et celles devant lesquels ils n’auraient jamais eu le courage de se tenir en chair et en os.
Dans ce monde, des communautés naissent et disparaissent, laissant croire à ceux qui en font partie qu’ils sont connectés avec le monde lorsqu’ils s’enferment avec ceux et celles qu’ils « aiment » (virtuellement) ou qu’ils choisissent parce qu’ils pensent comme eux. Loin d’être des espaces de dialogues et d’ouverture, les réseaux sociaux deviennent facilement des communautés fermées dans lesquelles chacun cherche à conforter ses opinions ou à se faire reconnaître. Hélas, ces communautés sont aussi les lieux des excès verbaux les plus grands, d’une désinformation extrême et parfois aussi le ferment d’une violence rhétorique non maîtrisée. Je me demande d’ailleurs si les violences physiques qui se déchaînent depuis plusieurs mois lors des manifestations dans notre pays ne résultent pas d’un mimétisme avec les réseaux sociaux. Plutôt que de rechercher le dialogue, l’écoute et la compréhension mutuelle, on préfère l’agression directe en espérant porter le coup le plus violent.

 

 

Pour le meilleur

 

Pourtant, loin de moi l’idée de diaboliser les réseaux sociaux. Ils sont aussi les instruments du meilleur ! Lieux de liberté, lieux d’expression démocratique, lieux de mise en relation, lieux de contre-pouvoir, lieux d’information rapide, les réseaux sociaux sont des outils essentiels pour des collaborations fructueuses, pour de la co-création, pour accompagner des initiatives citoyennes et permettre de tisser des liens au-delà des frontières. Mais il me semble urgent d’imaginer des initiatives pour encourager des comportements vertueux qui permettraient d’enrayer la violence et de remettre un peu de civilité et d’humanité au cœur d’une jungle virtuelle où tous les débordements sont possibles. Les Églises pourraient y apporter leur contribution. Elles sont aujourd’hui largement utilisatrices des réseaux sociaux d’une part, et nombreux sont les membres de nos Églises actifs sur les réseaux sociaux d’autre part avec, nous l’espérons, un souci minimum de bienveillance et d’honnêteté ?
Nous pourrions donc créer un label de bonne conduite numérique (BCN… mais finalement peu importe le nom !) qui proposerait à ceux qui revendiqueraient l’utilisation de ce label l’adhésion à une charte de « bonne conduite ».
Chaque utilisateur de Facebook, d’Instagram ou de Twitter pourrait ainsi faire référence dans sa présentation à l’utilisation de ce label et signifier son adhésion explicite à la charte de « bonne conduite numérique » (accessible à tous !).

 

Pour une charte vertueuse

 

Dans cette charte, nous pourrions retenir quelques convictions en accord avec les valeurs que nous portons et la bienveillance à laquelle nous aspirons dans nos relations sociales. À titre d’exemple, nous proposons ici quelques affirmations :

 

1-Je m’engage sur des réseaux sociaux avec mon identité réelle. J’utilise un vrai profil ou je m’abstiens.
2-Je relaye une information après l’avoir vérifiée ou identifié sa source.
3-Je publie des informations qui ne portent pas atteinte à la dignité d’autrui.
4-Si je publie des informations (propos, photos, détails intimes, etc.) concernant la vie privée d’une personne, je lui demande son consentement explicite.
5-Lorsque je publie des photos de mineurs, j’obtiens le consentement de leurs représentants légaux.
6-Si je m’exprime sur les réseaux sociaux, je reste loyal vis-à-vis des institutions pour lesquelles je travaille ou dans lesquelles je suis engagé·e.
7-Lorsque je publie un message, j’utilise un vocabulaire respectueux, mesuré et bienveillant, même pour exprimer un mouvement d’humeur.
8- Lorsque je suis témoin de propos violents, sexistes, racistes, extrémistes, etc., je ne reste pas indifférent.
9-Etc.

 

Cette charte de bonne conduite numérique devrait être le simple reflet de ce que nous essayons de vivre en Église. L’Église, comme lieu de rencontre, comme lieu d’apprentissage de l’accueil de l’autre, comme lieu d’écoute réciproque, comme lieu du face-à-face, à visage découvert, comme lieu de vie dans la différence partagée, comme lieu de vérité, et parfois même comme lieu de fraternité et de communion.
Je me surprends à rêver que nos Églises puissent aussi accompagner les conversions nécessaires pour préserver l’avenir des réseaux sociaux.

 

 

 

 

 

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