« Qui me délivrera ? » (Épître aux Romains 7. 24)

« Ô Dieu ! ta loi est sainte et ton commandement saint, juste et bon. Mais, si tu comptes nos iniquités, Éternel, qui pourra subsister devant toi ? ». C’était dans Louange et Prière, le n° 505, répons pour le culte dominical réformé « après la lecture de la Loi de Dieu ». C’était ma jeunesse, qui passe… Mais c’est aussi l’épître aux Romains, qui, elle, ne passera pas !

 

 

La Loi de Dieu et le péché ont partie liée, tout le début de cette lettre le démontre. Parce que « ce qui est bon n’habite pas en moi », écrit Paul. « Nés dans l’esclavage du péché, enclins au mal, incapables par nous-mêmes d’aucun bien », confessera Jean Calvin… Sommes-nous donc tous méchants ? Non, certes, heureusement ! Mais tous, nous sommes naturellement tournés vers nous-mêmes et non pas vers Dieu, et nous prétendons faire sans lui. Ceux-là même, qui prétendent pratiquer les commandements font fi de la grâce de Dieu qui les en dispense.

 

Car Dieu n’a pas seulement donné une Loi afin que nous connaissions notre misère. Il nous a donné son Fils afin que nous connaissions son amour. Sa Loi nous enferme, son Fils nous libère : chrétien, choisis ton camp !

 

Tel est bien le deal de notre foi : savoir ce qui nous fait vivre, et en vivre ! La Loi de Dieu en moi ne fait vivre que mon péché, soit par désobéissance ainsi constatée, soit par orgueil d’y obéir. Elle fait de moi un être certes civilisé, mais pécheur. À mon propre plaisir comme unique guide de ma vie, elle substitue la morale et le respect des autres. Oui, « ta loi est sainte » !

 

Mais si elle me rend plus vivable, elle ne me fait pas vivre, elle me laisse mourir. À mon enterrement, on dira de belles choses sur ce que j’ai fait ; quelle belle jambe… ! « Malheureux que je suis, écrit Paul : qui me délivrera de ce corps mortel ? » Si la morale ne fait pas vivre, si ne pas embêter le voisin (ce qui n’est déjà pas trop mal) ne me gagne rien devant Dieu, que faire ?

 

La réponse évangélique est claire : rien. Ne rien faire. Shabbat. Depuis le premier chapitre de la Genèse, la Bible le clame : ne rien faire, laisser Dieu faire, profiter avec reconnaissance de ce que Dieu a fait. Vivre de sa grâce. Ce n’est pas se tourner les pouces, mais se tourner vers lui, cesser de contempler ses propres œuvres, mais vivre des siennes. Tel est le projet créateur de Dieu, tel est le fruit de sa grâce en Jésus-Christ : faire de nous les enfants du Père, ses héritiers, pas des serviteurs intéressés !

 

Ainsi, à la question de Paul : « qui me délivrera ? », il répond lui-même dès le verset suivant : « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! ». Pour un chrétien, la question n’était que rhétorique, car je sais, vous savez, quelle est la réponse : Jésus. Ne dites pas alors « oui, mais quelle était la question ? ». Car je suis, vous êtes, la question à laquelle Dieu a répondu ! Nos prisons, voilà la question à laquelle nous ne savons pas répondre, voilà la question à laquelle Jésus est la réponse. C’est lui qui a ouvert la porte, c’est son Esprit qui nous apprend à nous diriger vers la sortie.

 

Ainsi, contrairement au répons que j’aimais tant, Dieu ne compte plus nos iniquités. Il en a effacé le souvenir, et nous pouvons ainsi subsister devant lui au-delà de toute espérance, puisque dès maintenant il nous fait participer à la vie éternelle que Jésus a inaugurée pour ses frères et sœurs. Il n’est plus question d’obéissance, mais de vie libre. Et si, dans l’exercice concret de cette liberté, nous nous apercevons vivre ce que la Loi montrait, ce n’est peut-être pas par hasard. Mais cette fois, ça ne vient pas de nous, c’est le don de Dieu.

 

 
 

©Mbrunacr

 

 

 

 

 

 

 

 

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