Dans les pas des huguenots de Londres

La grande ville de Londres fut le plus important lieu d’accueil pour les émigrés huguenots de l’ouest de la France du XVIe au XVIIIe siècle. On estime à plus de 20 000 le nombre de ceux qui s’y fixèrent. Que subsiste-t-il de cette arrivée massive ? Enquête sur les pas des huguenots de Londres.

C’est dans l’East end (à l’est de la Tour de Londres) que l’on peut relever le plus grand nombre de souvenirs huguenots. En effet, une séparation sociale et de compétences s’effectuait à l’arrivée à Londres. 

 

À l’ouest, en plein centre, dans le quartier de Soho, on retrouvait les professions bourgeoises : notables, artistes, intellectuels, juristes, joailliers, banquiers (certains contribuèrent à la création de la banque d’Angleterre). C’est dans cet espace (Soho square) que se situe l’église protestante française actuelle (voir l’article Cap au large du PO de juin/juillet/août 2018). On peut y assister à un culte en français tous les dimanches.
Mais il faut se transporter à l’est, au-delà de la tour de Londres et de la grande gare de Liverpool station, pour se trouver au cœur de la population huguenote des émigrés du XVIIIe siècle. Cet espace se nomme l’East end, avec un ensemble de rues très évocatrices autour du quartier de Spitalfields.

 

Une installation accompagnée

 

Ici s’établirent les émigrés de l’ouest de la France venus de Normandie, Bretagne, et surtout du Poitou. Arrivés par les ports de La Rochelle et Granville, et en plus grand nombre encore à pied depuis le Poitou vers la Normandie ou la Manche. Ils sont pris en charge par les autorités anglaises.

 

 
L’église protestante française à Soho square © DR

 

Tout un système d’aide et d’assistance est mis en place qui se poursuivra jusqu’au XIXe siècle avec la Société de Poitou et Saintonge. D’abord avec le roi Charles II puis Guillaume III et la reine Anne grâce à des aides à l’installation aux plus démunis, et même un hôpital.
Des rues entières sont peuplées de protestants français. Leur activité principale est le textile pour des productions ordinaires pour lesquelles les Français apportent tout leur savoir-faire, mais aussi pour l’industrie de la soie aux productions plus prestigieuses (c’est dans un de ces ateliers que fut tissée la robe de couronnement de la reine Victoria en 1837). Les rues bruissaient de centaines de métiers à tisser français. L’activité était intense.
Ils firent construire plusieurs lieux de cultes (au moins 25 sur le grand Londres) dont la plus belle réalisation est l’église neuve de Fournier Street en 1743. Les artisans et entrepreneurs, qui avaient réussi, employaient des dizaines d’ouvriers et se faisaient construire les belles demeures en briques que l’on peut encore admirer dans ce quartier de Spitalfields.
Les plus pauvres logeaient dans des rues ordinaires qui annonçaient le sinistre XIXe siècle. Jack l’éventreur, qui n’était pas un huguenot, fréquentait les lieux…

 

Un exemple de réussite

 

La famille Ogier (de Sigournais en Vendée) associée à une famille Courtauld (de l’île d’Oléron) réussirent à former un empire industriel du textile (Courtelle). Le musée Courtauld rassemble un nombre important de peintres impressionnistes. Leur maison au 19 Princelet Street est le siège d’un musée de l’immigration.
À la deuxième ou troisième génération, les huguenots ont de la peine à conserver leur pratique religieuse calviniste. La pression de l’Église anglicane se fait sentir. Ceux qui subsistent sont nommés les non conformistes. Mais beaucoup adhèrent à l’anglicanisme sans pour autant renier leurs origines françaises. C’est là que se produit une autre coupure : ceux qui conservent et cultivent une origine huguenote et les autres.

 

Des lieux de souvenirs aujourd’hui

 

Les lieux huguenots ont connu de nombreuses transformations. Ils ont été recouverts par les immigrations d’Europe centrale (juifs) et d’Irlande, puis, au XXe siècle, indienne et pakistanaise (l’Église neuve est devenue une mosquée…). Quelques cimetières conservent des sépultures françaises (Christchurch, Wandsworth).
La recherche généalogique est très active et arrive à reconstituer des descendances complètes parfois sur plus de 300 ans. La Huguenot society conserve des archives colossales et publie des études fort utiles (Govern Street). Mais des associations et des descendants de huguenots se sont mobilisés dans les années 2000 avec un certain succès. Le quartier, proche du centre, conserve son charme avec ses rues huguenotes authentiques (on y tourne des films). Les maisons y sont très recherchées, élégantes et rénovées. L’une d’elles est un musée (Folgate Street) qui reconstitue un intérieur authentique qui se visite.
Un musée huguenot s’est ouvert récemment à Rochester dans la banlieue est où l’on conserve des archives et de nombreux objets. C’est aussi une clinique-maison de retraite où l’on peut être admis sur preuve de ses origines huguenotes.
Ensuite un festival huguenot est organisé en octobre pour faire revivre le passé français avec de nombreuses animations et visites (spitalfieldslife.com). C’est peut-être le meilleur moment pour retrouver nos huguenots et nos racines. 

 

Reconstitution d’un groupe d’enfants huguenots © London.anglican.org

 

 

 

 

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