Du courage d’être a la force d’aimer !

Aujourd’hui, bien des dénonciations et des combats engagés par Martin Luther King Jr, il y a un peu plus de cinquante ans, demeurent encore d’une réelle actualité.

Souvent l’on se contente de retracer, dans une biographie, les grands moments de cette vie courte mais pleinement au service de l’Évangile et de l’humanité. Mais peu d’entre-nous, peut-être, ont pris le temps de se plonger dans ce qu’il a écrit et prêché en différents lieux… Ces sermons ont été heureusement rassemblés dans différentes compilations et parmi celles-ci il y a notamment La force d’aimer (Strenght to love – 1963), publiée en français en 1964. Il fait suite à The measure of a Man, 1959 et Why we can’t wait, de 1964, qui fut traduit en français, en 1965, sous le titre : Révolution non-violente.

 

L’ouvrage La force d’aimer se compose de 16 sermons, introduits par un verset biblique, prononcés durant ou après le boycottage des bus à Montgomery en Alabama. Trois ont été rédigés pendant qu’il était incarcéré dans les prisons de Géorgie. Le chapitre 17, ajouté à la fin de l’ouvrage, Pèlerinage à la non-violence correspond à une refonte d’articles où Martin Luther King raconte son itinéraire vers la non-violence. Chaque chapitre peut être lu séparément.

 

En quelques remarques, décryptons ce qui se dégage de la plupart de ces sermons. Celles-ci vous donneront sûrement envie de lire cet ouvrage. Arrêtons-nous sur ce qui m’est paru le plus saillant, au risque évident de laisser dans l’ombre bien d’autres points.

 

Dans le sermon intitulé Un esprit ferme et un cœur tendre, l’auteur considère que face aux tensions et oppositions qui peuvent nous atteindre ou toucher nos proches, il y a trois manières de réagir : on peut choisir la passivité et subir l’oppression ; s’engager dans la violence contre la violence ou enfin choisir la résistance non-violente. Cette dernière manière de réagir est pour lui la voie de l’espérance. Dans les temps de ténèbres, la justice créatrice de Dieu peut ouvrir à nouveau à la vie réconciliée. Il s’agit ici de combiner le difficile équilibre entre, être prudents comme des serpents et simples comme des colombes (Matthieu 10,16). Dans son second message, Non-conformisme transformé, il invite les chrétiens, quelle que soit leur origine ethnique à combattre toute tyrannie, à ne pas fermer les yeux. Il appelle à lutter contre les conformistes et les modeleurs de la mentalité conformiste. Il exhorte au renouvellement et à la transformation de l’esprit en se référant au texte de Romains 12 verset 2.

 

Ensuite, il s’interroge sur ce qu’est Être un bon prochain. Considérant que le mot amour est souvent mal employé et galvaudé, il propose une pédagogie dans la suite du bon Samaritain et nous convie à redécouvrir les fondements d’un réel altruisme. Un altruisme universel dont personne n’est exclu et ne peut être exclu, un altruisme dangereux, car celui qui le pratique s’expose et peut en retour être atteint par la violence et enfin un altruisme excessif qui trouve son accomplissement dans l’œuvre du bon Samaritain : un sentiment fraternel qui rejoint la personne dans son angoisse, son besoin, son fardeau.

 

Dans la prédication : L’amour en acte, il aborde le thème du pardon, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! (Luc 23,34) et la douloureuse et épineuse question de l’aveuglement humain. Toutefois pour avancer ensemble au-delà des conflits, il faudra bien un jour lâcher prise et entrer dans une dynamique du pardon. La croix du Christ demeure pour lui le symbole magnifique de l’amour vainqueur de la haine.

 

Lorsqu’il évoque Aimer vos ennemis à partir de Matthieu 5,43 à 45, Martin Luther King explique que pardonner, ne signifie pas ignorer ce qui a été fait en collant une fausse étiquette sur un acte mauvais. Cela signifie plutôt que cet acte mauvais cesse d’être un obstacle aux relations. Le pardon est un catalyseur, qui crée l’ambiance nécessaire à un nouveau départ et à un recommencement. En deuxième lieu, nous devons reconnaître que dans l’acte mauvais de notre « prochain-ennemi », ce qui nous a blessés, n’exprime jamais adéquatement, ce qu’il est lui-même. C’est cela qui peut ouvrir la voie à la réconciliation.

 

Minuit… quelqu’un frappe à la porte, est un sermon assez sombre et dramatique. Il évoque tout ce qui ne se passe pas bien dans le monde et souligne la crise morale, sociale, psychologique, familiale, politique et internationale qu’il constate à son époque. Il considère que les églises ont peut-être failli à leur mission face à ce climat généralisé. Alors plutôt que d’encourager chacun à l’affirmation de soi face à autrui, il nous faut entendre ceux qui frappent à la porte et partager le pain en ce temps d’immoralité, en montrant le chemin selon lequel cette vie terrestre est une ouverture à une nouvelle existence. Pour Martin Luther King, la conversion est une étape essentielle pour chacun, car elle engendre un regard nouveau sur nous-mêmes, sur la vie et sur les autres. De plus, elle nous arrache aux déceptions quotidiennes et aux illusions de nos sociétés matérialistes. Même si les ténèbres sont écrasantes, Dieu fait venir un jour nouveau.

 

Le onzième sermon, Qu’est ce que l’homme ? souligne que les systèmes politiques peuvent réduire les humains à n’être que des pions sur un échiquier où notre liberté et notre pouvoir de décision sont sacrifiés. À cela, il oppose dans le treizième chapitre la présence de Dieu. Dieu a le pouvoir de tenir l’univers dont il est le seul maître, la capacité de nous donner les ressources intérieures pour affronter, dépasser et vaincre les difficultés de la vie. Il est celui qui aide à traverser la tempête même s’il ne la fait pas cesser. Alors, nous sommes rendus capables d’affronter les incertitudes de l’avenir. Dans Antidotes de la peur, il se base sur un texte de la première épître de Jean (1 Jean 4,18) et met en avant ce qu’écrit l’évangéliste : l’amour parfait bannit la crainte. Il considère que nous devons faire face à nos peurs et nous demander pourquoi nous sommes effrayés. C’est, dit-il, en regardant nos peurs en face que nous pourrons les dompter et les surmonter. Nous pouvons maitriser la peur par le courage. Il se réfère ici à l’excellent ouvrage de Paul Tillich : Le Courage d’être ; la peur est maitrisable par l’amour et par la foi.

 

Dans Réponse à une question embarrassante, il ne s’aventure pas dans des spéculations sur l’identité du diable, réelle ou symbolique, mais il prend le temps de nous interroger sur la présence du mal. Alors, pourquoi n’avons-nous pas réussi à vaincre le mal ? Selon lui, il y a plusieurs raisons : premièrement parce que nous avons voulu écarter le mal par le mal, ensuite parce que nous avons trop fait confiance à la science alors que celle-ci ne change pas le fond du cœur de l’homme. Peut-être encore avons-nous permis au mal de triompher en attendant passivement que Dieu agisse. Il nous faut, certes, prier, mais nous avons le devoir d’agir en conjuguant notre volonté avec celle de Dieu.

 

Le chapitre 17, Pèlerinage à la non-violence, retrace brièvement les étapes de son cheminement aussi bien intellectuel que spirituel. Martin Luther King écrit : « Pendant ma dernière année au séminaire de théologie, j’entrepris la lecture excitante de diverses théories théologiques. J’avais été éduqué dans une tradition fondamentaliste assez stricte ; il m’arriva donc d’être choqué, lorsque mon voyage intellectuel me faisait traverser des pays doctrinaux nouveaux pour moi et parfois complexes. Mais le pèlerinage fut toujours stimulant ; il me donna une estime nouvelle pour le jugement objectif et l’analyse critique, il me réveilla de mon sommeil dogmatique. Le libéralisme me procura une satisfaction intellectuelle que je n’avais jamais trouvée dans le fondamentalisme. Je m’entichai tellement de l’optique libérale que je faillis tomber dans le piège et accepter sans esprit critique tout ce qu’englobait le libéralisme. J’étais absolument convaincu de la bonté naturelle de l’homme et du pouvoir de la raison humaine. » Mais, tout en persévérant dans la recherche de la vérité, en insistant sur un esprit d’ouverture et d’analyse et en refusant de renoncer aux meilleures clartés de la raison, un changement fondamental se produit dans sa pensée : il remet en question la doctrine libérale de l’homme. La lecture notamment des œuvres de Reinhold Niebuhr lui fait prendre conscience de la complexité des motivations humaines et sociales de l’homme et de la réalité évidente du mal collectif.

 

Martin Luther King sera profondément marqué entre autres par la pensée et l’œuvre de Gandhi. Il verra dans la non-violence active une manière de lutter contre le mal qui oppresse, trouvant là de grandes convergences avec le message de Jésus-Christ.

 

Alors, si vous vous décidiez à lire La force d’aimer… bonne lecture à tous !

 

 

 

 

 

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