Quand l’interculturel transforme nos paroisses

La question de l’interculturalité traverse la vie de nombreuses paroisses de l’Église protestante unie de France. Elle touche à l’essence même de ce que nous croyons être l’Église. Je propose ci-dessous quelques éléments de cette réflexion, nourris par une enquête menée dans quatre paroisses de la région parisienne et la conviction que l’Église universelle se joue d’abord ici, dans nos assemblées locales.

Accueillir l’autre est une confession de foi © DR

Qu’est-ce que l’interculturalité ?

 

Ni laisser chacun dans son coin sans vraiment se rencontrer : c’est le multiculturalisme. Ni demander à celui qui arrive d’effacer ses racines pour ressembler à ceux qui sont déjà là : c’est l’assimilation. L’interculturalité, c’est un troisième chemin : des personnes différentes qui s’écoutent vraiment, se laissent transformer mutuellement et construisent ensemble quelque chose de nouveau. Dans l’Église, ce chemin n’est pas une mode. C’est une vocation qui traverse toute la Bible (d’Abraham quittant sa terre à la Pentecôte, jusqu’à la vision de l’Apocalypse : une foule de toutes nations devant le trône). L’interculturel n’est pas un ajout à l’Évangile. Il en est le cœur battant.

 

 

Une réalité déjà là, une communion à construire

 

Dans les paroisses enquêtées, plus d’un tiers des fidèles sont nés sous d’autres cieux. La cohabitation y est réelle. Mais elle ne fait pas encore la communion. Le cahier post-synodal de Dourdan (13ème synode de la région parisienne) le dit franchement : « La présence de l’autre apporte une altérité que nos communautés n’arrivent pas à intégrer spontanément. » 

L’enquête le confirme : si la grande majorité se sent à l’aise, près de six personnes sur dix perçoivent des inégalités dans la manière d’exprimer la foi, et près d’une sur trois a vécu une situation d’exclusion. Il y a une porte invisible, celle des habitudes non dites et des codes non communs, que le nouveau venu ressent dès le premier dimanche. 

 

 

L’accueil : une confession de foi

 

Dans la tradition réformée, l’accueil n’est pas de la politesse. C’est une confession de foi. Accueillir l’autre, c’est dire avec ses actes : le corps du Christ est incomplet sans toi. 

Chaque personne qui franchit la porte du temple apporte un visage du Christ que nous n’avions pas encore découvert. 

Et cet accueil ne peut être à sens unique. Celui qui est reçu est lui aussi appelé à devenir accueillant. On s’accueille mutuellement ou on ne s’accueille pas vraiment. Le risque, nommé avec justesse par le pasteur Samuel Amédro, est celui de « l’esprit de propriété » : quand notre attachement à nos formes liturgiques devient une porte qui se referme sans qu’on s’en aperçoive. Ce n’est pas un reproche. C’est une invitation à rester vigilants. 

 

 

Vers l’Église universelle

 

Des cultes bilingues, des conseils presbytéraux qui s’ouvrent à des voix nouvelles : il y a des signes réjouissants. Le synode l’a reconnu : « … expériences d’interculturalité où l’on découvre que l’autre élargit notre foi au lieu de la menacer. » Le texte synodal rappelle que « c’est en Jésus-Christ que nous trouvons le lien de communion » et que nous sommes appelés à nous « laisser transformer par l’Esprit qui change notre regard ». Ésaïe l’annonçait : « Élargis l’espace de ta tente ! » Élargir, ce n’est pas perdre son âme. 

C’est reconnaître que le corps du Christ est incomplet sans ceux qui ne nous ressemblent pas. C’est devenir, ensemble, l’Église que Dieu rassemble – ici et maintenant. 

 

Interculturalité : Rodolphe GOZEGBA, nouveau chargé de mission

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