Éric Louvet

Ce conseiller presbytéral-là a de l’or dans les doigts. Éric Louvet est le seul en France à créer des tableaux en utilisant la technique de la marqueterie de parquet. Si vous passez par Briançon, une visite de son atelier et de son exposition s’impose !

Éric Louvet« Pour rentrer chez moi, il faut mettre des chaussons », dit-il en cherchant, parmi les vingt paires rangées dans le meuble adéquat, votre pointure. Ce serait presque banal, Briançon étant alors couverte d’un épais manteau de neige. Mais il ouvre la porte de son appartement, et là on s’arrête, en poussant un cri de surprise. Au milieu du parquet de l’entrée, une rosace de fleurs en marqueterie, aux couleurs délicates, vous accueille. Dans le vaste séjour, c’est un jeu de chercher les 22 autres motifs insérés dans le parquet : sous une table, des roses éparpillées autour d’un vase cassé ; entre deux meubles, un chien courant après un renard ; plus loin un échiquier entouré des quatre figures des cartes à jouer ; un de ces visages de femme que Cocteau dessinait sans lever la plume, et qu’Éric a découpé d’un seul trait de scie…

 

 

Aux sources de la création

 

Dans les étagères, évidemment fabriquées maison, sont classés les revues et livres, anciens ou nouveaux, où il trouve ses modèles : oiseaux, fleurs, photos, affiches… Mais c’est son atelier qui est le plus impressionnant. Le long des murs couverts de rayonnages sont empilées avec soin des centaines de planches d’essences et couleurs différentes. Lire leur nom suffit à partir dans un monde infini d’odeurs et de couleurs : patawa (palmier), ébène de Madagascar, cytise, palosanto (bois sacré d’Amérique du Sud qui devient vert en vieillissant) ou simplement cerisier, loupe de peuplier, mélèze, marronnier échauffé (commençant à pourrir !), acacia, érable, poirier… Comme pour un caillou dans l’eau, il suffit de mouiller le bois pour savoir la couleur qu’il prendra.

 

Si possible, Éric préfère abattre puis découper lui-même l’arbre dont il va utiliser le bois. Cela lui permet de scier les troncs en biais. Il obtient ainsi des planches beaucoup plus grandes et avec une plus grande variété de dessins formés par les fibres du bois. Il sait quasi exactement où trouver tel dessin, tracé dans les fibres d’un reste de planche entreposé un jour sur une étagère et qui lui servira pour des cheveux ou une aile d’oiseau…

 

Un outillage impressionnant, rangé scrupuleusement, accompagne chaque étape. Un réchaud lui permet de chauffer le sable avec lequel il marque une ombre sur un visage, en déposant plusieurs fois de suite le sable juste à la bonne température sur la pièce de bois, à l’aide d’un entonnoir ou d’une petite pelle. Il a inventé et fabriqué une scie à chantourner, lui permettant de travailler sur des planches allant jusqu’à 1,10 m de longueur.

 

 

Un parcours atypique

 

Éric Louvet est l’un des conseillers presbytéraux de Freissinières-Briançon-Queyras qui font vivre leur Église locale, sans pasteur pour la troisième année consécutive. C’est sa famille maternelle, originaire du Pays de Montbéliard, qui a ancré Éric dans le protestantisme, mettant la Bible au cœur de sa vie. Sa mère menait des études bibliques en région parisienne auxquelles il aimait assister. Au cours de sa vie professionnelle, où il travaillait sept jours sur sept, il était un fidèle auditeur de France Culture, le dimanche matin, qui lui offrait un aperçu de l’histoire, des réflexions et convictions des grandes religions.

 

Est-ce cet ancrage qui lui a permis de rebondir dans des situations difficiles ? Le problème de santé qui le conduira à Briançon lui vaut une scolarité pénible. À 14 ans il doit passer un CAP. L’électricité s’impose, car compatible avec l’asthme, mais il n’y a plus de place dans cette section. En attendant, on le met en ébénisterie. Ça lui plaît : « Pour la première fois de ma vie, un prof ne me met pas à l’index. » C’est là qu’il découvre la marqueterie. Puis un patron ébéniste le dégoûte du boulot en ne lui laissant que du travail subalterne alors qu’il suivait des cours pour ne pas rester ouvrier toute sa vie.

 

Allant d’un métier à l’autre (17 en tout !), il continue des travaux de marqueterie sur ses temps de loisirs. Un jour, il va montrer son travail à des professionnels. Une femme l’embauche immédiatement dès son premier mois d’essai, alors que six mois de stage étaient prévus initialement.

 

 

La joie de partager

 

Quand Éric Louvet arrive à Briançon « avec un vélo et un landau », il ouvre rapidement un atelier de réparation mécanique et un magasin de machines et outils agricoles. Il y adjoint une animalerie (poissons, oiseaux et autres rongeurs). Pendant trente ans, il ne touchera plus à la marqueterie. Un jour, lassé de la moquette du salon, il décide de la remplacer par un parquet, avec une frise en décoration… Le virus de la marqueterie d’art ne le quittera plus.

 

Éric participe à de nombreuses expositions autour du bois et prend des stagiaires en formation. Il accueille volontiers toute personne désirant découvrir son univers. Au-delà de la technique elle-même, très particulière, qu’il maîtrise remarquablement, ce qui frappe le plus c’est la patience infinie avec laquelle il crée chaque pièce. Son plus grand tableau, qui représente la Création, lui a demandé trois mois d’exécution, sans compter le temps de recherche du dessin.

 

Bien sûr, ses compétences techniques sont souvent mises au service de l’Église locale. Et il est un grand-père de rêve. Il a construit pour sa petite-fille une maison de poupée et des meubles à sa taille qui donnent envie de retourner en enfance !

 

Contacts :

Site : louvetmarqueterie.fr

 

La marqueterie dite massive ou de parquet, ne juxtapose pas des plaquages de différents bois pour obtenir un tableau. Le travail se fait dans l’épaisseur du bois. Dans une planche épaisse de 16 à 30 mm, Éric évide à la scie à chantourner chaque élément de son dessin, aussi fin soit-il. Chaque élément évidé sera comblé par un élément découpé dans l’essence choisie pour sa couleur ou sa texture, et glissé dans le vide qui lui correspond, après avoir été enrobé de colle à bois. À chaque découpe, il faut prévoir une marge de sécurité, car une fois découpé, le bois va travailler. Auparavant, Éric a fait tout un travail de dessin et de numérotation très précise de chaque pièce, pour s’y retrouver…

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