Vivants souvenirs

Ce qui m'a marquée le plus, dans le temple de ma petite enfance, c'est... le gros poêle à bois et sa chaleur intense quand on s'approchait trop.

 Un homme, que je jugeais très courageux, en ouvrait parfois la gueule rougeoyante pour y ajouter une bûche. Je me souviens aussi de cette jeune dame, assise sur le banc juste derrière moi. Chaque fois que je me retournais, elle me souriait, et je ne cessais de me retourner pour voir si cela déclencherait encore son sourire.

 

Je me souviens que plus tard, dans un autre temple, je rêvais de me glisser dans les larges manches de la robe pastorale, quand mon père et pasteur levait les deux mains pour donner la bénédiction. Je me souviens qu’il parlait souvent de l’amour du prochain. Je me souviens du pain qui restait après la sainte cène que nous avions le droit de finir après le culte, nous les enfants. Je me souviens aussi de l’harmonium, de son odeur de bois et de cuir, de l’impression que donne la grosse pédale quand elle remonte en repoussant le pied avec force, comme un organisme vivant et soufflant. Je me souviens de la vieille demoiselle qui me laissait en jouer et qui apportait des fleurs tous les dimanches.

 

La place du mobilier dans nos temples a son importance théologique, c’est ce que permet de (re)découvrir le dossier de ce mois. Mais l’essentiel reste ce qui s’y vit : la chaleur d’un poêle préparé par quelqu’un qui s’est levé tôt. Le sourire d’un-e inconnu-e qui dit que l’on est vu, que l’on compte, même si l’on est tout petit. La Parole proclamée et commentée. Le pain qui prend un sens spirituel parce qu’il est partagé autour d’une même table. La bénédiction sur chaque personne présente, sans condition. La force quasi physique qu’apporte le fait de chanter, avec d’autres, vers ce Dieu dont la présence n’est jamais aussi palpable que dans la communauté rassemblée.

 

C’est ce bagage là, auquel une simple tente suffirait ou même quelques gradins en plein air, qui permet de se sentir chez soi, partout où l’on aime Dieu et les enfants de Dieu.

 

Doris ZIEGLER

 

 

 

 

 

 

 

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