Une vague de fond

L’Évangile est une force de changement pour le monde. Non pas parce qu’il inciterait à la révolution extérieure. Mais parce qu’il apporte une révolution intérieure : il invite à aimer l’autre, le patron, le trader, l’étranger, le terroriste, comme lui, le Seigneur Dieu, nous a aimés.

Il est frappant en lisant les lettres de Paul de voir avec quelle profondeur il apporte l’Évangile dans la société qui est la sienne sans révolutionner les structures sociales, mais en touchant et modifiant le point profond des rapports humains. Que ce soit les esclaves, les femmes ou les enfants, il ne leur commande pas de se lever pour briser les chaînes qui les entravent, mais il vient changer le rapport entre les esclaves, les femmes, les enfants et leurs maîtres. Un peu comme le Christ dans le Sermon sur la montagne qui commande : « si on exige de toi de marcher un mille, fais-en deux ; si on te demande ton manteau, donne aussi ta chemise … » Paul enjoint les esclaves, les femmes et les enfants, à respecter et à aimer leur maître et à être assidus à la tâche pour être une occasion de conversion de leur maître plutôt qu’un prétexte au durcissement de sa position de dominant.
Au-delà de la loi
L’Évangile que prêche Paul va plus loin que la révolution des structures sociales. Il apporte un autre angle de vision pour les rapports humains : voir en l’autre un frère ou une sœur en Christ. Est-ce à dire que l’Évangile serait alors, comme le disait Karl Marx entre autres, « opium du peuple » en ce qu’il retiendrait la révolte des oppressés en les « nourrissant » d’espérance à venir ? Non, car la force de cet Évangile, c’est qu’il rend, dès à présent, les opprimés libres malgré leurs oppresseurs ; il les rend libres de considérer leurs oppresseurs comme frères et sœurs en Christ et d’aller au-delà de leurs exigences pour les interpeller et les gagner à l’Évangile. Sans faire beaucoup de vagues en surface, cet Évangile fait tomber les murs qui s’érigent entre les sexes, les classes sociales, les générations. Tous participent du même pain et du même vin, rassemblés en une seule classe, une seule famille, un seul corps : celui de Jésus Christ.
Effet boomerang
Cette vague de fond revient, génération après génération, remettre fondamentalement en question toutes nos classifications des êtres humains en différentes catégories. Et, malgré tous les efforts de nos institutions humaines, cette vague de fond retravaille chaque temps de notre histoire pour nous faire prendre conscience que c’est déjà maintenant que nous sommes appelés à vivre comme les membres d’un même corps, d’une même famille, sans privilèges devant Dieu. Si, comme Paul, nous pouvons prêcher un Évangile qui fait changer radicalement les rapports humains, tout en respectant les structures, nous serons alors nous aussi porteur de cette Parole qui change radicalement la société et les rapports des êtres humains. Vivre au sein de ce monde, sans être de ce monde ; non pas en se retirant de notre monde, mais en vivant ces relations remplies d’amour, nourris par celui de Jésus Christ.
L’application ?
La théorie semble simple, mais comment vivre cela concrètement ? Voir en l’autre un frère ou une sœur en Christ, voir en celui qui m’oppresse, me terrorise ou menace la vie de mes proches un frère ou une sœur en Christ, cela peut sembler inatteignable. Le Christ nous enjoint de prier pour ceux qui nous persécutent, de remettre à Dieu ceux qui se manifestent comme nos ennemis. Voir en eux des êtres humains malgré tout, non des bêtes immondes. De ma sécurité apparente, cela semble possible. Comme me disait une femme marquée par les actes de terrorisme : « je prie pour que la haine ne m’envahisse pas ». Toute notre colère, nos peurs, nos révoltes, nous pouvons les porter devant Dieu dans la prière. Il nous donnera la force d’agir dans son amour.

 

 

 

 

 

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