Zwingli

Ce mois d’octobre marque le début du 500e anniversaire de la Réforme. C’est l’occasion de se rappeler que le 16e siècle fut celui de Luther, certes, mais de beaucoup d’autres à la pensée et à l’œuvre originales. Ce mois-ci Ulrich Zwingli.

Zwingli naquit le 1er janvier 1484 à Wildhaus, en Suisse. À la suite de ses études, il devient curé. En 1519, il est nommé à Zurich et va entreprendre de faire passer ses idées. La première d’entre elles étant que la messe doit avoir un fondement biblique, et donc être rattachée aux Écritures. Petit à petit, Zwingli va faire glisser Zurich vers les idées de la Réforme. Pour lui, la Bible est la Parole de Dieu. Pour autant, l’intervention humaine est évidente dans le processus d’écriture de la Bible (il écrit que Marc est un résumé de Matthieu et pointe dans ses commentaires les différences voire les contradictions entre les évangiles). Si la Bible est la Parole de Dieu, il convient tout de même de l’interpréter. Pour cela, le réformateur de Zurich va ériger des principes, notamment qu’on ne peut se référer à la Bible pour confirmer nos propres points de vue. En effet, « avant de dire quoi que ce soit, ou d’écouter l’enseignement d’un homme, je ferai d’abord appel à l’intelligence de l’Esprit de Dieu […] alors seulement allez aux paroles écrites de l’évangile ».
Dieu souverain
De sa lecture de la Bible, Zwingli va tirer des convictions profondes, notamment concernant la providence de Dieu : toute sa pensée est modelée par le sens qu’il donne à la souveraineté de Dieu et par sa conviction que l’homme dépend totalement de lui. Pour Zwingli, notre salut, et de fait notre vie tout entière, vient de Dieu et dépend de Lui. De sa foi en la providence de Dieu, Zwingli va tirer la doctrine de la prédestination ou élection. Pour lui « la providence est la mère de la prédestination ». Cette doctrine vient répondre aux questions relatives à la liberté de l’homme, la justice de Dieu, le fait que Dieu est la cause de toutes choses, et que l’homme est un instrument avec lequel Dieu œuvre. Au cœur d’une doctrine qui peut paraître obscure sinon d’un autre temps, Zwingli me semble pourtant avoir une fulgurance qui donne à la prédestination (et à Zwingli) une modernité étonnante.

 

Zwingli@en.wikipedia

Zwingli en effet attaque ceux qui font dépendre le salut du baptême ou de la circoncision : sont sauvés « ceux élus par Dieu et non ceux qui font ceci ou cela. » Par conséquent, et c’est là la fulgurance de Zwingli, ceux qui ne sont pas chrétiens et les enfants qui ne sont pas baptisés ne sont pas forcément damnés : « Que savons-nous de la foi inscrite par la main de Dieu dans le cœur de chacun ? ». Dieu seul sait qui est sauvé et, de ce fait, personne n’a la légitimité de juger l’autre en fonction de ses convictions, de ses croyances.
Le repas du Seigneur
Si Zwingli est considéré comme un des trois grands Réformateurs (avec Luther et Calvin), il est surtout connu pour s’être opposé à Luther sur la compréhension de la Cène. Au sujet des sacrements, Zwingli n’en reconnaît que deux, et encore : il n’aime guère ce terme qui est pour lui mal compris par le peuple. Il préfère parler de signe. C’est de là que vient peut-être sa compréhension de la Cène, compréhension qui va l’opposer à Luther. Zwingli considère en effet que la présence du Christ est symbolique dans le pain et le vin, tandis que Luther argue qu’elle est bien réelle. Cette dissension entre les deux va connaître son point d’orgue avec le dialogue religieux de Marburg en 1529 où les différents réformateurs vont trouver un point d’accord sur 14 articles relatifs à la Cène, le quinzième manifestant la persistance du désaccord sur la question de la forme de la présence du Christ lors de la Cène. Zwingli mériterait d’être davantage lu et connu, car il occupe une place toute particulière dans ce bouillonnement qu’est la Réforme.

 

 

 

 

 

#Spiritualité

NEWSLETTER

Pour aller plus loin

Le royaume est en germe
Spiritualité
Le royaume est en germe
Je me souviens lors d’une visite de ce que m’avait dit une vieille dame de 99 ans : « vous faites le métier le plus difficile du monde, vous ne voyez jamais le résultat de ce que vous semez ».
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Prier pour et avec la création
Dieu d’amour, Dieu créateur, nous venons à Toi
Pour prier avec et pour la Création, ce mois-ci c'est Charlotte Mijeon, de la paroisse de Laval, qui nous propose une prière :
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Au fil de la Bible
Jean 13.1-11 « Être aimé jusqu’… ? »
Il est parfois important, notamment avec des textes qui nous semblent connus (je dis bien « semblent » !) de prendre le temps nécessaire pour s’y replonger. Vraiment. Pas seulement rapidement pour se précipiter sur « la morale de l’histoire ». D’autant plus que bien souvent, de morale, il n’est pas question dans les histoires bibliques.
Dieu seul est Dieu
Actualité du protestantisme
Dieu seul est Dieu
« À Dieu seul la gloire. » Ce principe du protestantisme est parfois méconnu ou oublié, dans l’ombre des trois autres : la grâce seule, la foi seule, l’Écriture seule. Peut-être parce que l’on n’en saisit pas immédiatement la portée concrète et existentielle, pour la vie du croyant, de l’Église, et même de la société.
La montagne au cœur de la spiritualité
Spiritualité
La montagne au cœur de la spiritualité
Pourquoi, malgré les conditions parfois si difficiles, malgré la fatigue, et parfois de graves incidents, pourquoi part-on en montagne ? Qu’allons-nous chercher là-haut lorsque l’on est des amateurs, sportifs certes, mais pas des professionnels de haut niveau ? Et que trouvons-nous finalement, en quoi cela nous fait-il avancer et nous construit-il intérieurement ?
Déplacer les montagnes
Enfants
Déplacer les montagnes
Toujours dans le thème de la montagne comme lieu de spiritualité, voici une page dédiée aux enfants.
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
Actualité
Par les psaumes, « Que notre cœur vienne à l’école de Dieu »
On a peine à imaginer l’impact produit par l’œuvre conduite durant 25 ans par le réformateur Calvin dans l’élaboration du Psautier de Genève (l’appellation « Psautier huguenot » est plus tardive). Il fait mettre en rimes et en musique les psaumes pour les faire chanter par toute l’assemblée des fidèles.
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Actualité
Pourquoi chanter ensemble les psaumes dans le respect de nos diverses traditions ?
Chanter ensemble les psaumes, c’est faire l’expérience d’une prière partagée à partir d’un héritage biblique commun. L’Amitié judéo-chrétienne de Besançon invite catholiques, protestants, orthodoxes, juifs et syriaque-chaldéens à se rencontrer dans l’écoute, le respect et l’amitié, au service du dialogue interreligieux et de la lutte contre l’antisémitisme.
Pain quotidien : lectures de la Bible
Bible
Pain quotidien : lectures de la Bible
Les textes pour la lecture quotidienne de la Bible suivent la liste proposée par la Communauté de travail œcuménique pour la lecture de la Bible. Elle permet de parcourir une fois l’Ancien Testament et deux fois le Nouveau Testament en huit ans.